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Un appui de taille pour Roadsworth

Dans une lettre envoyée au maire, Yves Sheriff considère que la police «commet une grave erreur de jugement en arrêtant Roadsworth pour vandalisme»

Bernard Lamarche   16 décembre 2004  Arts visuels
Les appuis à l'artiste du pochoir Roadsworth (RW), arrêté la semaine dernière parce que ses oeuvres sur le bitume sont considérées comme des méfaits publics, commencent à se faire entendre. Dans une lettre envoyée au maire de Montréal, Yves Sheriff défend l'artiste. L'appui est de taille dans la mesure où Sheriff a été invité par Culture Montréal pour discuter de l'identification des atouts particuliers de la région montréalaise en matière culturelle, technologique, économique et sociale.

L'auteur de la lettre, entre autres associé au Cirque du Soleil comme dépisteur artistique mais qui signe la lettre en son nom propre, considère que la police «commet une grave erreur de jugement en arrêtant Roadsworth pour vandalisme». Sheriff dit ne connaître l'artiste que par ses oeuvres, qu'il juge «loin d'être choquantes ou dangereuses», celles-ci le faisant plutôt «sourire car elles ajoutent une vision artistique originale à la vie de tous les jours».

Selon Sheriff, «ces oeuvres ne publicisent pas son nom, ne déforment pas la signalétique, elles s'offrent simplement au regard des passants en proposant un second degré pictural aux signes urbains». Le signataire rappelle que New York a ses bornes-fontaines décorées, et Paris, ses pochoirs de Rimbaud. «Si j'étais vous, continue Sheriff dans sa lettre au maire Gérald Tremblay, qui voulez faire de Montréal une capitale culturelle, je me porterais pleinement à sa défense puisqu'il propose une belle identification culturelle unique et sympathique au mobilier urbain. [...] Pourquoi Montréal n'aurait-il pas autre chose à offrir que les sempiternels graffitis hip-hop communs à toutes les villes, que vous soutenez par ailleurs par des programmes de subvention?»

Joint par téléphone avant-hier, Sheriff a aussi donné l'exemple de Zïlon qui, après avoir tapissé les murs de la ville de ses graffitis dans les années 80, a mené une carrière dans le réseau des galeries du pays. Il a ajouté que si RW déformait les signes urbains pour les rendre dangereux aux yeux des automobilistes, il comprendrait qu'on empêche l'artiste de peindre des fermetures éclair, des vignes et autres prises de courant électrique sur le pavé. Mais loin de constituer un danger, ces oeuvres sont «novatrices dans le secteur des arts graphiques». De plus, «dans la mesure où ça ne dérange pas trop», on devrait laisser faire RW, selon Sheriff. «Le Montréal culturel devrait être permissif. Il cultive une façon de vivre unique au pays, bohème, différente de Toronto et de Vancouver.» Selon l'auteur, Montréal est propice à l'épanouissement d'activités culturelles, et l'arrestation de l'artiste demeure «un geste exagéré, nuit à l'image de la ville».
 
 
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