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    Performance et photographie

    Les images de Jennifer Campbell, plutôt que de se présenter comme des documents, se lisent comme des petites fantasmagories

    27 novembre 2004 |Bernard Lamarche | Arts visuels
    Chez Dazibao, l'actuelle exposition est en droite ligne avec un programme double tenu l'an dernier au même endroit, deux expositions qui tentaient d'explorer les liens entre la photographie et la performance. De fait, les deux pratiques étant liées par des notions de temps qui font contrepoids l'une par rapport à l'autre — grosso modo, la «perf» tient à l'éphémérité et la photographie lutte contre cette dernière —, elles font bon ménage. Les photographies de Jennifer Campbell pourraient être des documents de performance. En effet, elles montrent un corps retranché dans ses limites physiques, en plein travail, et ces images, plutôt que de se présenter comme des documents, se lisent comme des petites fantasmagories. Confusion volontaire des genres.

    Sur les images de Campbell, l'artiste se met en scène. Des assiettes sont accrochées sous ses yeux. Son oreille se trouve coincée dans une bague, devenue fort inappropriée. L'artiste est suspendue par les bras, comme au cirque, et son visage rougi semble vouloir éclater. Sur des colonnes lilliputiennes, l'artiste tente de garder l'équilibre, portée uniquement sur ses gros orteils. On se dit alors que ces épreuves ont dû être souffrantes, que son corps, en matière d'endurance, a dû être poussé dans ses derniers retranchements.

    Dans ce cas précis, par contre, les cadrages des images photographiques extraient ces actions de tout contexte. Cette stratégie, toute simple, a comme effet de rendre ces images plus inconfortables comme photographies et non comme images de performance. La nuance peut être subtile, mais elle tient à ceci: rien, dans ces images, ne permet de croire qu'on est devant une réelle performance physique. La photographie, dans son histoire, a ce don d'avoir été séparée, à la naissance, entre deux genres: la photographie de studio, théâtrale à différents degrés, et une autre, plus volontiers tentée par les coups du sort, vers l'instantané. Or les images de Campbell appartiennent sans conteste au premier groupe.

    Du coup, indique le communiqué de presse qui accompagne l'exposition, c'est moins comme «instrument performatif» que ce corps peut intéresser qu'à titre d'instrument, à la limite, esthétique. Puisque la photographie découpe le temps en petits morceaux, ce qui reste, ce sont de toutes petites particules de performance, autant dire des poses (quoique prendre la pose peut devenir pénible, il faut le concéder, même avec les appareils sophistiqués d'aujourd'hui). En cela, ces images sont aussi intéressantes, sinon plus, comme photographies de studio que comme instantanés, puisque la valeur de performance des actions qu'elles représentent ne compte finalement que pour peu. Si l'artiste performe réellement, cela reste un secret d'atelier.

    Pourquoi ce chichi? Parce que ces images, au bout du compte, fonctionnent par leur degré d'étrangeté, par les références qu'elles établissent parfois avec la photographie de maquettes et parce que, finalement, elles profitent d'un effet de déréalisation qui finit par l'emporter sur le fait que, dans le fond, elles n'offrent rien de plus de nouveau sous le soleil qu'un ton, ce qui est déjà très bien.

    Sur deux vidéos également comprises dans l'exposition, la poésie inhérente aux images fixes est déployée avec encore plus de portée. Sur une de ces bandes, un cygne en porcelaine est ballotté sur les flots d'un ventre. Sur l'autre, ce sont des bonnets de douche qui sont transformés en espèces de méduses qui flottent dans les airs. C'est la manière de recharger ces objets d'une grande banalité qui l'emporte ici, comme pour le corps dans les images précédentes.

    Le Devoir












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