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Patrimoine - Fermeture de l'église Erskine & American

Il faudra maintenant un petit miracle pour que le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) s’étende dans la très belle église Erskine & American. La congrégation ferme l’établissement du centre-ville après y avoir célébré une dernière messe, dimanche, devant quelques dizaines de fidèles. Le musée n’a toujours pas trouvé les quelque 5,5 millions nécessaires pour acheter l’immeuble qui comprend les plus grands vitraux de Tiffany du monde.

«Nous n'avons aucune nouvelle sur le plan financier, dit Catherine Guex, porte-parole du MBAM, interrogée hier. Le dossier n'a pas évolué de notre côté. C'est le statu quo.»

L'église Erskine & American est située à l'intersection Sherbrooke et avenue du Musée, juste à l'est de l'ancien pavillon du Musée des beaux-arts. La direction du MBAM rêve toujours d'y développer une nouvelle aile consacrée à l'art religieux.

Les négociations entre les deux institutions ont débuté il y plus de deux ans. Au départ, les deux parties ne s'entendaient pas sur un point crucial: les membres de la communauté souhaitaient toujours tenir leurs célébrations dominicales dans l'église, même après que celle-ci aurait été transformée en musée. L'idée n'emballait pas le MBAM qui se voyait mal fermer les salles d'exposition durant les offices.

Finalement, les quelque 80 fidèles de la congrégation ont convaincu leurs dirigeants de vendre l'immeuble sans obligation d'occupation religieuse partielle. Une fois le point de litige réglé, le MBAM a donc fait une proposition officielle à l'Église. L'offre d'achat était conditionnelle au financement par les gouvernements fédéral et provincial qui n'ont donc pas appuyé le musée.

«Le Musée était à la recherche d'un financement gouvernemental et puis les gouvernements ont changé et un autre gouvernement sera peut-être formé à Ottawa, alors personne ne sait à quoi s'en tenir», a déclaré dimanche à la radio de CBC le révérend Ralph Watson, responsable de l'église. Le pasteur a même publiquement envisagé la possibilité de vendre l'église à des promoteurs qui pourraient y installer des logements en copropriété, si le musée ne trouve pas rapidement l'argent pour l'acquérir.

L'église Erskine & American résulte de la fusion de deux cultes protestants. La branche presbytérienne Erskine a été fondée en 1832. Son appellation fait référence au nom de Ralph et Ebenezer Erskine, dirigeants de la Secession Church d'Écosse. L'American Presbytherian Church fut fondée à Montréal en 1823 par des expatriés des États-Unis. Elle conserva ses liens avec la maison mère de New York pendant une centaine d'années, puis fusionna avec l'Église Unie du Canada, en 1925, avant de rejoindre The Erskine United Church of Canada, une dizaine d'années plus tard. L'Erskine & American s'installa dans l'église de la rue Sherbrooke en 1934.

L'immeuble de pierre taillée fut érigé en 1894. Les vitraux constituent la plus grande richesse de ce lieu de culte. La série d'une vingtaine de grandes oeuvres fut réalisée par la célèbre maison américaine Tiffany. Il s'agirait de la plus importante collection du genre dans le monde.

Dans une étude réalisée en 1997, une équipe d'architectes et d'urbanistes de l'université de Montréal classait le joyau en deuxième place des églises du centre-ville ayant la plus grande valeur patrimoniale. La Erskine & American arrivait ex aequo avec l'église Saint-Pierre Apôtre, la pôle-position appartenant à la St. James United. La liste comprenait 24 églises jugées selon l'importance historique, les caractéristiques architecturales distinctives, le patrimoine artistique et la relation visuelle avec le milieu.

La menace de transformation en habitation pesant maintenant sur ce lieu religieux exceptionnel n'est pas la seule, loin de là. Sur les quelque 300 églises montréalaises, environ 125 jouissent d'une valeur patrimoniale plus ou moins importante. Il faut aussi compter avec les synagogues, d'autres temples et pas moins de 50 ensembles conventuels. Or, jusqu'à maintenant, Québec n'accorde pas un seul sou en 2004-05 à la Fondation du patrimoine religieux chargée de restaurer ces lieux partout au Québec.

Les besoins pour les réparations urgentes sont évalués à environ 50 millions par année. Le secteur attend aussi des inventaires complets qui permettraient aux différents ordres de gouvernement de prendre des décisions, par exemple en sauvant les joyaux mais en laissant des promoteurs transformer en appartements des dizaines d'autres immeubles sacrés.






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