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Exposition - Le maître de la ligne noire

Albrecht Dürer n'était pas considéré comme un simple graveur mais occupait une place importante dans le mouvement des idées de la Renaissance

Michel Hellman   26 juin 2004  Arts visuels
Le célèbre graveur allemand Albrecht Dürer est connu pour son style particulier et sa grande habileté à rendre la finesse des détails et des textures. Érasme, son contemporain, disait de lui qu'il était «l'Apelle de la ligne noire», faisant référence à l'artiste grec Apelle, célébré comme le plus grand peintre de l'Antiquité mais dont seule la réputation nous est parvenue. (On raconte qu'il avait peint un cheval si réaliste que Bucéphale, le cheval d'Alexandre le Grand, s'était mépris... ) Ce compliment très élogieux de la part d'un humaniste épris de culture classique montre bien que, déjà à son époque, Dürer n'était pas considéré comme un simple graveur traditionnel mais occupait une place importante dans le mouvement des idées de la Renaissance.

L'exposition présentée au Musée des beaux-arts permet de suivre les grandes lignes de la carrière de cet artiste. Le parcours rassemble 24 impressions de ses oeuvres les plus célèbres, de ses premières estampes de la fin du XVe siècle aux oeuvres de sa «maturité» artistique, vers le milieu des années 1520. Il s'agit de gravures sur bois, de burins et d'un rare essai de gravure à l'eau forte, provenant essentiellement de la collection du Musée des beaux-arts du Canada.

On découvre en entrant quatre

gravures de sa célèbre série de l'Apocalypse (une série de 15 gravures sur bois destinées à l'illustration de l'Apocalypse selon saint Jean), dont La Grande Prostituée de Babylone et Les Quatre Cavaliers; la représentation des symboles de la guerre, de la discorde, de la famine et du mal y est remarquable.

Dans La Descente du Christ aux limbes (de la série La Passion sur cuivre), la composition surprend puisque la perspective de l'oeuvre place le spectateur avec les damnés, du côté de l'enfer... L'artiste a représenté aussi des épisodes de l'Évangile assez nouveaux pour l'époque, comme Le Fils prodigue parmi les pourceaux, oeuvre dans laquelle le traitement du paysage témoigne de la grande maîtrise de l'artiste pour la représentation de la perspective.

Le style de Dürer oscille entre des préoccupations esthétiques gothiques et l'influence de la Renaissance italienne. Dans l'épreuve Adam et Ève, par exemple, les corps sont dessinés selon les canons rigoureux de la proportion et correspondent au concept de la Renaissance de «la figure idéale».

Cette influence de la Renaissance italienne apparaît aussi dans les représentations de sujets allégoriques. La très célèbre gravure intitulée La Mélancolie représente une émotion qui est, selon une conception néo-platonicienne de la Renaissance, le propre des grands penseurs et des artistes: la «mélancolie» apparaît donc sous les traits d'une femme entourée de nombreux attributs symboliques de la création intellectuelle et de la recherche scientifique (un sablier, un compas, une sphère... ).

Ces allégories peuvent également prendre pour l'artiste une dimension très personnelle, dont le sens nous échappe parfois. L'étrange gravure intitulée Quatre sorcières, par exemple, demeure encore de nos jours un mystère. On voit aussi percer l'obsession de Dürer pour le mal et la mort — en particulier dans l'oeuvre Le Chevalier, la Mort et le Diable, mais aussi dans le lugubre memento mori intitulé Le Blason de la mort.

Albrecht Dürer, maître graveur de la Renaissance allemande

OEuvres de la collection du Musée des beaux-arts du Canada, pavillon Jean-Noël Desmarais, 1380, rue Sherbrooke Ouest, du 7 avril au 8 août 2004.






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