Le MBAM propose une vaste installation sur l'entourage de Napoléon

François-Pascal-Simon Gérard (1770-1837), «Portrait de Napoléon en grand habillement» (détail), 1805, huile sur toile, château de Fontainebleau, musée Napoléon Ier
Photo: RNM-Grand Palais/Art resource, NY/Gérard Blot François-Pascal-Simon Gérard (1770-1837), «Portrait de Napoléon en grand habillement» (détail), 1805, huile sur toile, château de Fontainebleau, musée Napoléon Ier

Il a instauré l’Empire après la monarchie, à la tête d’une chaotique France postrévolutionnaire. Homme de terrain, de nature peu friand de mondanités, Napoléon Bonaparte tenait tout de même maison, c’est le moins qu’on puisse dire. Il logeait donc avec ses suites dans cinq demeures différentes, entretenues et habitées par quelque 3500 personnes de son entourage. En matière de campagne de relations publiques, on peut dire que le pari a été réussi. Après seulement 10 ans de règne, et près de 200 ans après sa mort, l’image de l’empereur et son nom sont toujours célèbres. L’entourage de Napoléon, qu’on appelle « la Maison de l’empereur », était dirigé par six grands officiers de la Couronne et se déployait dans cinq châteaux ayant jadis été habités par des rois de France.

C’est donc à cette vie de cour, qui se déroulait 20 ans après la Révolution française, que nous convoque le Musée des beaux-arts de Montréal, avec la grande exposition Napoléon : art et vie de cour au palais impérial.

Cette vaste exposition, qui réunit 400 peintures et objets de quelque 50 prêteurs, est aussi l’occasion pour le MBAM de célébrer les 10 ans de l’acquisition par le Musée de plusieurs oeuvres de la collection napoléonienne de Ben Weider, cet homme d’affaires d’origine polonaise, vivant à Montréal, qui a fait fortune dans le culturisme. Passionné de Napoléon, il a écrit une douzaine d’ouvrages sur l’empereur, dont plusieurs démontrant son empoisonnement à l’arsenic, rappelle la directrice du MBAM, Nathalie Bondil, dans le catalogue La Maison de l’Empereur, qui accompagne l’exposition. Weider aurait notamment apprécié le fait que Napoléon avait libéré les juifs des ghettos lors de sa campagne en Italie.

Parmi les oeuvres et objets que Weider a donnés au Musée, on retrouve notamment le célèbre bicorne de l’empereur, « le seul en Amérique du Nord », précise Nathalie Bondil, et le portrait en buste de Napoléon en grand habillement, réalisé dans l’atelier de François Gérard. On dit que c’est « l’image la plus aboutie de l’autorité impériale ». Napoléon y trône, la tête cerclée d’or, les épaules couvertes d’hermine, et son portrait est encadré d’un ovale surmonté d’un aigle, symbole de son empire. Cette image a aussi été utilisée pour illustrer des pièces de porcelaine de Sèvres, qu’on peut voir dans l’exposition.

Napoléon en uniforme de colonel, la main droite cachée dans son gilet, Napoléon jeune, plus beau que nature, cheveux au vent, Napoléon à cheval sur le champ de bataille ou recevant les clefs de Vienne. L’empereur, qu’on ne voyait par ailleurs pas si souvent en public, est toujours montré ici sous un jour favorable.

Nathalie Bondil et Sylvain Cordier, commissaire de l’exposition et conservateur des arts décoratifs du MBAM, y voient les prémisses de la propagande promotionnelle des politiciens modernes. C’est pourquoi ils suggèrent de lire cette exposition à l’aune des réalités politiques d’aujourd’hui.

« Responsable du spectacle de la cour, la Maison l’est aussi de l’élaboration et de la diffusion de l’image politique de Napoléon. Son action auprès des artistes et son rôle dans la production de la propagande visuelle du régime sont d’ailleurs un point essentiel de son rôle politique », lit-on dans les notes du Musée accompagnant l’exposition.

Ainsi, bien que l’empereur ait eu l’habitude d’expédier ses repas en 15 minutes, on peut admirer une grande table montée de vaisselle de vermeil. Le « service de la bouche » de l’empereur est l’une des responsabilités du grand maréchal, sans l’accord duquel aucun objet n’est commandé, déplacé, restauré ou retiré. Le grand maréchal dirige 450 personnes, gouverneurs, préfets du palais, de nombreux domestiques, concierges, garçons d’appartements, portiers et pompiers… À ses côtés officie également le grand véneur, chargé de l’organisation des chasses impériales. Le grand écuyer s’occupe quant à lui de l’organisation des transports et des écuries. Le grand aumônier supervise l’exercice du rite catholique. Le grand maître des cérémonies officie dans la salle du trône, et le grand chambellan est responsable de l’intimité de la famille impériale, mais également de sa garde-robe, de la musique, des théâtres, de la bibliothèque et du cabinet de travail de Napoléon.

Mais cet empire, tout flamboyant fût-il, fut, on le sait, de courte durée.

En 1814, Napoléon est déchu de son pouvoir par le Sénat français. Il ne régnera plus que sur l’île d’Elbe, au large de l’Italie, tandis que Louis XVIII tente de restaurer la dynastie des Bourbons sur le trône de France. En 1815, Napoléon reprend le pouvoir, mais pour trois mois seulement, avant d’être finalement vaincu par les Anglais à Waterloo. Napoléon se rend à l’Angleterre et prend le chemin de l’île Sainte-Hélène, où il vivra durant six ans. Dans la dernière pièce de l’exposition, on peut admirer une très métaphorique cage à oiseau, de fabrication chinoise, que l’empereur déchu avait apportée sur l’île.

Alors que son règne est terminé, la « Maison de l’Empereur » poursuit son oeuvre, écrit Émilie Robbe, auteure de plusieurs livres sur Napoléon, dans le chapitre qui clôt le catalogue.

À Sainte-Hélène, « il faut désormais vaincre sur le terrain de l’histoire, écrit-elle. En tenant bon face aux demandes du gouverneur, en assumant pleinement le rôle que le maître a écrit pour eux, les officiers de sa Maison contribuent à transformer son échec en victoire, son geôlier en tyran, son exil en martyre ».

C’est une affirmation qui fait mentir le principe voulant que l’histoire soit écrite par les vainqueurs.

Napoléon : Art et vie de cour au palais impérial

Musée des beaux-arts de Montréal, du 3 février au 6 mai 2018