Lynda Gaudreau l’exploratrice

«OoS», une installation participative et hybride à la croisée de la performance, du théâtre, du cinéma, mais en galerie
Photo: Paul Litherland «OoS», une installation participative et hybride à la croisée de la performance, du théâtre, du cinéma, mais en galerie

La chorégraphe Lynda Gaudreau nous convie à un autre volet d’une série qu’elle a inaugurée en 2009 et qui s’intitule OUT. Déjà en 2010, dans cette même galerie Leonard et Bina Ellen, elle avait présenté Out of Grace, à la fois « exposition chorégraphiée et chorégraphie mise en exposition ». Des interventions par des artistes en arts visuels — Alexandre David, Jérôme Fortin, Aude Moreau, Yann Pocreau et Chih-Chien Wang — entraient alors dans un dialogue évolutif avec des chorégraphies développées par cinq interprètes — Karina Iraola, Anne Thériault, Émilie Morin, Amélie Bédard-Gagnon et Marilyne St-Sauveur.

Revoilà Gaudreau dans la galerie universitaire de Concordia avec une autre création qui porte cette fois le nom de Out of Sight (OoS). La chorégraphe exploratrice et hors norme nous invite à prendre part à une expérience où se rencontrent encore divers univers de création. OoS est une installation participative et hybride à la croisée de la performance, du théâtre, du cinéma, tout en prenant encore aussi par moments les apparences d’une exposition d’art plus traditionnelle… En effet, vous y retrouverez un certain nombre d’oeuvres tirées de la collection de la galerie Leonard et Bina Ellen, des tableaux de Rita Letendre, Guido Molinari, Ulysse Comtois, Françoise Sullivan, Jean McEwen… Mais ces oeuvres servent ici de matériaux à une expérience interdisciplinaire et intertextuelle complexe et intellectuellement stimulante…

Et la danse dans tout ça ? Une actrice-interprète, Karina Iraola — celle-là même qui participait à Out of Grace —, dans le rôle de K (Kassandra), entraînera le spectateur dans une déambulation orchestrée à travers les diverses salles de la galerie Leonard et Bina Ellen. Il s’agit en fait d’un parcours dans un récit spatialisé dans les diverses salles de cette galerie d’art… Vous voyagerez ainsi dans les étapes — remises en scène — du tournage d’un film réalisé par Gaudreau mais qui aurait été interrompu, et dont on n’aurait que quelques plans, un générique et une bande-annonce…

À ce film, il manquerait encore un début et une fin, des pans entiers du scénario seraient encore à être mis en images. Sur un mur d’une des salles de la galerie, transformées en plateau photo ou en plateau de tournage, le visiteur pourra d’ailleurs voir différents fragments du scénario et des photos des scènes qui restent à réaliser, à développer, scènes où le personnage de K, une espionne, se déplacerait à travers le monde. Agente secrète, elle explorerait en fait la transdisciplinarité de la création artistique et de la pensée actuelles en allant à la rencontre de divers individus, dont le philosophe et écrivain transgenre Paul B. Preciado.

Ouvrir la galerie au « hors-limite »

Comme nous l’a expliqué Gaudreau, avec OoS, elle voulait ainsi amener dans l’espace de la galerie d’art des formes d’expression qui sont habituellement laissées en dehors de celle-ci. D’où l’usage du mot anglais « Out »… Lorsque Le Devoir est passé expérimenter cette installation, le dispositif n’était pas bien rodé, il y avait même encore quelques problèmes techniques. Cela donnait à l’ensemble une structure très décousue, au-delà de ce que ce dispositif ouvert souhaite créer.

Mais il y a dans cette oeuvre expérimentale tous les ingrédients d’une réflexion sur la nature même de l’oeuvre d’art. En créant cette pièce expérimentale et évolutive, le but de Gaudreau « n’était pas de montrer un work in progress, non terminé pour l’instant ». Son but « était de montrer une forme en train de se transformer et qui n’atteint jamais un état final ».

« Car c’est le temps qui est le propre du chorégraphique », expression artistique qui permet ici de relire d’autres formes de création. Une oeuvre qui se veut avant tout une expérience physique et temporelle — un peu différente chaque fois — et où ce ne serait pas, paradoxalement, le discours qui l’emporterait.

Out of Sight

De Lynda Gaudreau, à la galerie Leonard et Bina Ellen, Université Concordia, jusqu’au 17 février.