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    Une oeuvre d’art censurée dans le métro à Toronto

    8 janvier 2018 |Caroline Montpetit | Arts visuels
    «Lightspell» aurait épelé des mots à l’aide de néons géants, installés dans la station de métro Pioneer Village, à Toronto. 
    Photo: Source realities : united «Lightspell» aurait épelé des mots à l’aide de néons géants, installés dans la station de métro Pioneer Village, à Toronto. 

    Une oeuvre d’art censée donner la parole au public dans une nouvelle station de métro de Toronto est muselée par la Toronto Transit Commission (TTC) jusqu’à nouvel ordre. L’installation interactive, intitulée Lightspell, n’a pas été allumée depuis l’ouverture du nouveau segment de métro de la ville de Toronto, inauguré en grande pompe en compagnie de Justin Trudeau le 15 décembre dernier.

     

    Conçue par les artistes allemands Tim et Jan Edler, du groupe realities:united, Lightspell a été créée pour illuminer la station Pioneer Village et pour permettre aux passants d’y inscrire l’expression de huit lettres de leur choix, grâce à cinq claviers mis à la disposition du public. Cette inscription serait ensuite projetée en lettres géantes, à plusieurs reprises à travers la station, sur les 130 mètres de néons installés à cet effet. « On peut y inscrire du texte, mais aussi des dessins », a expliqué Jan Elder, joint par le Devoir en Allemagne.

     

    Déjà approuvée

     

    L’oeuvre, qui a obtenu l’aval d’un jury en 2011, au moment de la conception de la station, se veut « une expérience de communication ouverte et d’interaction dans l’espace public », précisent les artistes. Elle « transforme l’espace public classique des stations de métro en un endroit de réflexion de la sphère publique numérique ». Or, il semble que la société de transport de Toronto n’approuve pas ce principe.

     

    Les artistes ont en effet appris la veille de l’inauguration de la station que leur oeuvre ne serait pas allumée.

     

    « Nous avons appris qu’un employé est venu sur le site pendant que nous faisions des tests et qu’il a pris des photos qu’il a envoyées à la direction de la TTC, a dit Jan Edler. Alors, la direction a décidé de ne pas allumer l’installation. »

     

    La société de transport de Toronto dit notamment craindre d’être tenue responsable de ce que les gens décideront d’écrire sur l’installation : grossièretés, menaces, insultes, etc. « Nous attendons d’obtenir un avis juridique à ce sujet », dit Stewart Green, porte-parole de la TTC. Le conseil d’administration de la TTC doit cependant se réunir le 18 janvier prochain pour prendre une décision finale sur le sujet. Mais, jusqu’à nouvel ordre, si les artistes n’acceptent pas de modifier l’installation, l’oeuvre d’art des Edler restera éteinte, précise M. Green.

     

    De leur côté, les artistes ont expliqué que toute inscription jugée offensante pourrait immédiatement être remplacée par une autre, dictée par n’importe quel individu. Jan Edler ajoute que les usagers du métro comprendront bien qu’il s’agit d’une oeuvre d’art et non de messages dictés par la TTC.

     

    « La TTC craint que si quelqu’un écrit le mot “bombe” par exemple, les usagers croient qu’il s’agit d’un avertissement de la TTC et qu’il y ait un effet de panique », a dit Jan Edler.

     

    Stewart Green ajoute que la TTC craint aussi que les inscriptions créent des tensions entre les usagers, qui pourraient dégénérer en disputes. « Nous sommes pour la liberté d’expression, mais nous sommes contre les discours haineux », a-t-il souligné. Or, les solutions présentées à ce jour par la TTC ne conviennent pas aux artistes.

     

    « Un peu avant Noël, nous avons reçu un appel du président-directeur général de la TTC, qui nous a proposé des modifications », a raconté Jan Edler. La TTC aurait alors proposé d’établir soit une liste noire de mots bannis sur l’installation, soit une longue liste blanche de mots permis. La liste noire a été jugée difficile à réaliser parce que les mots peuvent être évoqués par différentes orthographes. La liste blanche, quant à elle, « allait complètement à l’encontre de l’esprit de l’installation », proteste Jan Edler. Lightspell avait en effet pour objectif de permettre la flexibilité des échanges entre récepteur et émetteur, et d’ouvrir de nouveaux espaces d’interaction entre les individus. « Les intentions de censure de la TTC sont en contradiction avec les objectifs du coeur de notre travail, qui sont d’établir un équilibre entre les nouvelles possibilités d’expression personnelle et les mécanismes subtils du contrôle de l’espace public », écrivent les artistes dans un communiqué intitulé La censure au lieu de la célébration.

     

    L’oeuvre a coûté 500 000 $ depuis sa conception en 2011. Elle avait alors été sélectionnée par un jury, mais n’avait pas été officiellement approuvée par la TTC, a affirmé M. Green. C’est l’architecte Will Alsop qui a quant à lui conçu la station de métro Pioneer Village.













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