Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    L'écrivaine Sylvia Plath envisagée par ses oeuvres picturales

    Sylvia Plath, «Triple-Face Portrait», tempera on paper, c. 1950-1951. Gracieuseté The Lilly Library, Indiana University, Bloomington, Indiana, © Estate of Sylvia Plath
    Photo: Marielba Alvarez (Smithsonian) Sylvia Plath, «Triple-Face Portrait», tempera on paper, c. 1950-1951. Gracieuseté The Lilly Library, Indiana University, Bloomington, Indiana, © Estate of Sylvia Plath

    Jusqu’au 20 mai prochain à Washington, la National Portrait Gallery du Smithsonian consacre une importante rétrospective à l’oeuvre picturale méconnue de l’écrivaine Sylvia Plath.

     

    Lorsqu’elle se suicide en 1963, Plath laissa derrière elle un roman, La cloche de détresse. Ce livre semi-autobiographique, publié quelques semaines avant son décès sous le pseudonyme de Victoria Lucas, lui donnera une immense notoriété. À titre posthume, sous le titre d’Ariel, parurent en 1965 ses poèmes, organisés par son mari, le poète Ted Hughes. Depuis, les lecteurs se sont aussi plongés dans ses essais, ses carnets, ses nouvelles. Mais on connaît beaucoup moins son oeuvre picturale, ses dessins, peintures, photographies.

     

    Pourtant, cette écrivaine devenue une icône après sa mort affirmait que son imagination était visuelle et qu’elle se tournait « instinctivement vers la peinture et non la musique ». Sans cesse, on lit chez elle son besoin de dessiner, de peindre. Elle dit : « De ma balade d’hier, j’ai rapporté à la maison du chardon pourpre et un bouquet de pissenlits, que j’ai dessinés avec amour et attention. » Où qu’elle se trouve, en Angleterre, en France, en Espagne ou aux États-Unis, elle dessine inlassablement. Son premier poème est publié à l’âge de 8 ans. Son premier dessin, un an plus tard. Sylvia Plath va bénéficier d’une remarquable éducation libérale qui lui donnera un large accès aux arts visuels. À sa mère, elle écrit en 1956 : « Je crois que je suis en train de concevoir une sorte de style primitif bien à moi. »

     

    Sylvia Plath apparaît fascinée par le symbolisme de la couleur, autant dans son oeuvre écrite que dans des oeuvres picturales éclatantes de sa main.

     

    Intitulée One Life : Sylvia Plath, l’exposition du Smithsonian constitue le premier événement consacré par un grand musée à ce versant de l’oeuvre de l’écrivaine.

     

    Comme l’a déjà expliqué Frieda Hughes, fille de Sylvia Plath et du poète et peintre Ted Hughes, la poésie passait avant tout chez elle, mais « les arts plastiques n’en ont pas moins toujours été très importants dans sa vie ».

     

    Frieda Hughes avait déjà publié un recueil des encres de sa mère. Des livres et diverses manifestations publiques ont aussi pu montrer des portions de toiles très colorées qui font quelque peu songer à des murales mexicaines. Plath réalisait aussi des collages en plus de dessins à la plume. Ses carnets de notes et ses journaux sont remplis de dessins à la fois fantaisistes et réalistes. L’exposition du Smithsonian présente en plus des photos originales.

     

    Dans sa correspondance et son journal, Plath parle régulièrement de ses oeuvres picturales. L’écriture emprunte pour elle la voix du dessin. L’un et l’autre vont de conserve, main dans la main.

     

    Figure du double

    Photo: Marielba Alvarez (Smithsonian) Sylvia Plath, Autoportrait «A War to End Wars», paper, 26 février, 1946. Mortimer Rare Book Collection, Smith College, Northampton, Massachusetts, © Estate of Sylvia Plath.
     

    Sylvia Plath peint et dessine dès son enfance. Au chic Smith College, une prestigieuse institution d’enseignement pour filles, elle va réaliser une thèse consacrée à la figure du double chez Dostoïevski. L’exposition du Smithsonian mise sur ce rapport au miroir, à cette identité double qui traverse toute l’oeuvre de l’écrivaine. Plath, rappelle l’exposition, se présentait à dessein, selon les besoins, sous les traits de ce qu’elle nommait sa personnalité « brune » ou « blonde ».

     

    Plath va dessiner tout au long de sa vie. Durant son voyage de noces en 1956, elle dessine les toits, la borne d’une rue, une bouteille, des maisons, des paysages ainsi que Ted Hughes, son jeune époux. Cette activité incessante suscite chez elle une sorte d’apaisement, selon ce qu’en dira Hughes.

     

    Tout en enseignant au Smith College, Plath suit des cours d’histoire de l’art. Et pour expliquer son oeuvre littéraire, elle évoque volontiers l’inspiration de plusieurs tableaux ainsi que ses peintres préférés. Elle dit en 1958 : « J’ai trouvé ma source d’inspiration la plus profonde dans l’art des primitifs Henri Rousseau, Gauguin, Paul Klee, De Chirico. […] Je déborde d’idées créatives, comme si j’avais contenu un geyser dans une bouteille pendant un an. » Elle écrira effectivement une suite de poèmes basés sur ces oeuvres.

     

    Aurait-elle souhaité pour autant être peintre ? Dans un entretien accordé en 1962, Plath affirmait qu’elle aurait voulu au contraire être docteure. « Mes bons amis ont toujours été des docteurs. » Elle affirme se méfier beaucoup des écrivains autant que des artistes, même si plusieurs de ses amis le sont. « Mais je dois dire que j’admire par-dessus tout la personne qui domine un champ d’expérience pratique, et qui peut m’apprendre quelque chose. J’entends : ma sage-femme locale m’a appris à élever des abeilles. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.