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    Les réalisateurs Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, éternels associés

    28 décembre 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    «Storyboard» de Caro pour «La cité des enfants perdus» et polas de maquillage de Nathalie Tissier
    Photo: Collection Nathalie Tissier «Storyboard» de Caro pour «La cité des enfants perdus» et polas de maquillage de Nathalie Tissier

    Caro et Jeunet, les auteurs de Delicatessen, véritable bombe visuelle sortie en 1991, ce sont deux indissociables. Ils sont au cinéma ce qu’Uderzo et Goscinny sont à la bédé, ce que Plamondon et Berger sont à la comédie musicale : une paire à la tête des plus belles aventures.

     

    Pour beaucoup, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet ne feront toujours qu’un, ce que l’exposition Caro/Jeunet du centre d’art brut parisien Halle Saint Pierre entretient avec doigté. Le duo peut n’avoir signé que deux longs métrages, et aucun depuis La cité des enfants perdus (1995), l’expérimental musée de Montmartre les rend inséparables.

     

    Joint chez lui, à Nantes, quelques semaines après le vernissage, Marc Caro se marre lorsqu’on lui signale que même leurs têtes sont identiques. « Je ne sais pas qui a eu la barbichette en premier, mais c’est d’abord moi qui ai perdu les cheveux », signale le réalisateur et designer répondant au nom de Made in Caro.

    Photo: Made in Caro
     

    « Ça me fait rire, poursuit-il, parce que c’est moi qui ai fait l’affiche de l’exposition. J’ai tout de suite eu l’idée d’un visage [avec nos deux têtes]. Il y a des gens qui ne découvrent ça qu’après qu’on leur a dit que c’est moitié-moitié. »

     

    Cette heureuse confusion traverse l’exposition de la Halle Saint Pierre, qui revient sur quarante ans de cinéma. Peu chronologique et toute circulaire, la scénographie met sur un pied d’égalité, ou presque, chaque oeuvre sortie de ces têtes. Qu’elle ait été réalisée à quatre mains ou en solo. L’exposition rend quand même à chacun ce qui lui appartient.

     

    « On ne s’est jamais vraiment quittés, assure Marc Caro. On se voit de temps en temps. On se voyait déjà parce que Jean-Pierre produit un petit film d’animation que je suis en train de réaliser. Sinon, on se croise, on s’invite à nos premières. On ne s’est jamais perdus. »

     

    Que les retrouvailles publiques se passent dans un musée n’annonce pas le retour du duo sur le plateau de tournage. La collaboration a pris fin en 1995 parce que chacun avait « des trucs personnels à explorer », selon Caro, qui n’a pas connu la carrière solo de son compère. Rappelons que Jean-Pierre Jeunet est derrière, notamment, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001), le plus grand succès en langue française dans le monde, d’après les documents de la Halle Saint Pierre.

     

    Sur un nouveau Caro et Jeunet, notre interlocuteur est clair : « On n’a pas de projet sur le feu. C’est vrai que, comme Jean-Pierre le disait, si on nous propose 180 millions pour faire La cité des enfants perdus 2… C’est exceptionnel, faire des films ensemble. Il faut un projet dans lequel les deux s’éclatent. »

     

    Marc Caro a apprécié de se retrouver sur la même scène que son pote. Sans nostalgie ni jalousie. Oui, l’exposition a plus de Jeunet que de Caro, mais il ne peut être jaloux. « Je n’aurais jamais pu faire Amélie. Je suis super content de son succès, il le mérite », dit l’auteur d’un seul long métrage depuis 1995 – Dante 01 (2008), avec Lambert Wilson.

    Il y a un socle commun entre Jean-Pierre et moi, celui du travail d’artisan. On est comme un cuisinier. On met de tout petits ingrédients pour faire un film, comme on ferait pour un plat. Après, le plaisir, c’est de donner à goûter le plat.
    Marc Caro, réalisateur et designer
     

    Fantastique cuisinier

     

    « J’ai un aspect plus fantastique, note cet instinctif, un genre de truc qui vient de ce que j’ai fait précédemment, dans la bande dessinée. Mes films avec Jean-Pierre étaient tous fantastiques : Le bunker de la dernière rafale [1981], Delicatessen, La cité des enfants perdus… Après, Jean-Pierre est devenu plus poétique. »

    Photo: Collection Jean-Pierre Jeunet
     

    Accessoires et décors, storyboards et dessins, claps et photos, tout ce qui a été rassemblé par le petit musée parisien semble être tiré du même univers fantasque. Comme si Amélie Poulain…, puis Un long dimanche de fiançailles (2004) ou Micmacs à tire-larigot (2009), films de Jeunet, ne pouvaient être précédés que par Delicatessen.

     

    Marc Caro considère l’exposition comme juste sur un point : tous les objets, dont l’illustre « instrument à recueillir les larmes » vu dans La cité des enfants perdus ou le monstre d’Alien la résurrection (Jeunet, 1997), honorent l’univers de la brocante et le plaisir exploratoire des… saveurs.

     

    « Il y a un socle commun entre Jean-Pierre et moi, celui du travail d’artisan, affirme-t-il. On est comme un cuisinier. On met de tout petits ingrédients pour faire un film, comme on ferait pour un plat. Après, le plaisir, c’est de donner à goûter le plat. »

     

    Les deux anciens complices n’ont exigé qu’une chose à la commissaire de l’exposition et directrice du musée, Martine Lusardy : éviter la surabondance de textes.

     

    « Souvent, dans les expositions, il y a des tartines de choses à lire. Nous, c’est uniquement visuel et sonore. On n’avait pas besoin de plus », dit Marc Caro.

     

    À la Halle Saint-Pierre, dans ce Montmartre qu’Amélie Poulain a longuement parcouru, l’accent est mis sur « le rêve enfantin [qui] côtoie le conte noir, l’absurde et le cocasse, le réalisme poétique », selon les mots de Martine Lusardy. Peu importe si ce rêve a été court ou long, musical (le vidéoclip Zoolook de 1985, pour Jean-Michel Jarre) ou même classé parmi les « films que vous ne verrez jamais », dont la version de Life of Pi imaginée par Jeunet.

     

    Caro/Jeunet est à l’affiche jusqu’en juillet 2018.













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