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    Le Saint-Laurent vu par le photographe Charles-Frédérick Ouellet

    22 décembre 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Charles-Frédérick Ouellet a d’abord tourné son objectif vers les pêcheurs avant de regarder au-delà, vers l’environnement qui les entoure.
    Photo: Charles-Frédérick Ouellet/Éditions du Renard Charles-Frédérick Ouellet a d’abord tourné son objectif vers les pêcheurs avant de regarder au-delà, vers l’environnement qui les entoure.

    Par instinct, sans programme, hors des champs de bataille. Charles-Frédérick Ouellet n’est pas un photographe militant auteur d’images-réclames. L’argentique et le noir et blanc, il les a adoptés sans parti pris. Le numérique et la couleur viendront en leur temps.

     

    Sa seule cause serait celle de la poésie. Mais l’homme à la voix douce ne monte pas aux barricades. Il laisse parler ses images. Avec raison : elles résonnent avec force, longtemps.

     

    Sous le titre Le naufrage, Charles-Frédérick Ouellet signe une quarantaine de photographies tirées d’expéditions en mer. Cette plongée dans l’univers des chalutiers, qui a pris la forme d’expositions en 2015 et en 2016, a atteint l’état final et immuable du livre. Livre de photographies, de ceux qui se passent de mots. Les images font le récit.

     

    Poésie et récit. C’est à ces deux enseignes que loge le photographe de Chicoutimi, aujourd’hui basé à Québec. Le naufrage, son troisième livre, raconte certes une histoire, des histoires, mais celles-ci sont aussi nébuleuses que les images, brumeuses, mouvantes, mystérieuses.

    Photo: Charles-Frédérick Ouellet/Éditions du Renard Les images du photographe enracinent le Québec dans des eaux mouvementées, entre des scènes sur le chalutier et des vues de la côte.
     

    « Le reportage a un but précis : véhiculer de l’information. La photo doit témoigner pour l’ensemble d’une situation. Personnellement, j’essaie de créer des images qui ne se révèlent pas entièrement, difficiles à situer dans le temps », explique l’artiste qui se dit de tradition documentaire.

     

    Charles-Frédérick Ouellet est membre de Kahem, collectif « né, lit-on sur Internet, d’une nécessité d’échange et de réflexion sur la photographie documentaire et ses pratiques ». Ses collègues, parmi lesquels Yoanis Menge et le collaborateur du Devoir Renaud Philippe, forment une nouvelle génération de photographes de terrain, indépendants et affranchis des dogmes.

     

    Ils se sont rencontrés à Matane, au cégep, puis sont partis apprendre auprès des meilleurs en Europe. Ouellet a fréquenté les Luc Choquer et autres Marie-Paule Nègre. Il a depuis gardé des liens en France, à travers l’agence Hans Lucas. Sa caméra, elle, l’a mené en Inde et en Chine.

     

    Chez Kahem, le long terme, l’inconnu et la prise de risque drainent les projets. Le naufrage découle de six ans de travail (2010-2016) et d’innombrables voyages sur le Saint-Laurent. Son auteur, qui assure ne pas avoir le pied marin — « j’ai le mal de mer comme tout le monde » —, s’est plié aux conditions imposées.

     

    « Avec les pêcheurs, raconte-t-il, tu es mieux d’avoir du temps devant toi. Tu peux partir dans les trois heures [suivantes], comme dans une semaine. C’est la même chose pour le retour : cinq jours si le quota y est, sinon plus. »

     

    Charles-Frédérick Ouellet ne milite pas pour la cause de la pêche — contrairement à l’ami Yoanis Menge, qui a fait sienne la survie de la chasse au phoque. Ouellet s’est lancé dans le projet maritime, comme il l’a fait ensuite pour celui mené, dans les bois, sur les traces de l’explorateur Louis Jolliet (1645-1700) : en quête de récits en « périphérie », sorte de patrimoine immatériel oublié.

     

    « Quand je vois que la seule référence à Louis Jolliet, c’est le bateau de croisière à Québec, je me dis qu’on ne connaît pas notre histoire », explique ce fils de travailleurs du transport maritime.

     

    Charles-Frédérick Ouellet ne tient pas à faire la morale. Ses images sur le fleuve ne commentent ni le déclin de la pêche ni un quelconque naufrage social. Tout au plus, elles enracinent le Québec dans des eaux mouvementées, entre des scènes sur le chalutier et des vues de la côte, « lieux de naufrage qui portent les marques invisibles du passé », précise le photographe.

     

    « Au début, je photographiais l’activité de la pêche, les hommes au travail, mais je restais à la lisière du photoreportage. À un moment, avec les pêcheurs, j’ai réalisé que nous parlions constamment des éléments. J’ai commencé à voir le littoral, l’horizon, l’effet du vent, les vagues, le mouvement des oiseaux et le ciel, comme des éléments actifs de l’environnement. »

     

    À la source du Naufrage : les archives familiales de Ouellet, dont une correspondance entre ses grands-parents qui détaille le climat, le trafic fluvial et autres faits absents des livres.

     

    « Le projet de l’explorateur s’est défini autrement, dit celui qui a consulté les archives des jésuites. Ce qui m’intéressait, c’était la notion de frontière. Je me sers de Jolliet pour parler de frontières sociales, géographiques, culturelles, axes qui définissent le continent, mais très abstraits. »

     

    L’instinct a poussé Charles-Frédérick Ouellet vers ces figures identitaires que sont le pêcheur et le coureur de bois. Loin de lui cependant l’idée d’en faire des exemples de virilité. C’est davantage la nature qui le fascine, lui, ce paysagiste non déclaré qui s’est trouvé un autre sujet (les Basques) pour relier mer et ciel, Amérique et Europe. Cet hiver, il parcourra autant la Côte-Nord que le littoral entre Bayonne, en France, et San Sebastián, en Espagne.

    Le Naufrage
    Charles-Frédérick Ouellet, Éditions du Renard, 108 pages.












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