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    Critique

    Quand l’Open University était liée à la BBC

    Le CCA décortique le cas d’un cours d’architecture donné à la télévision

    16 décembre 2017 |Marie-Ève Charron | Arts visuels
    «L’université à l’antenne: diffuser l’architecture moderne.» Vue d’installation, 2017.
    Photo: Centre canadien d’architecture «L’université à l’antenne: diffuser l’architecture moderne.» Vue d’installation, 2017.

    L’idée moderne de faire de la télévision un agent d’émancipation sociale semble bien révolue. Son offre se discute désormais en termes de fragmentation des marchés, de divertissement et d’adaptation pour les plateformes numériques. Une exposition en cours au Centre canadien d’architecture (CCA) rappelle cependant que le petit écran a déjà été le véhicule d’une telle utopie en s’arrêtant sur le modèle de l’Open University, pionnière en matière d’éducation à distance.

     

    Le cas particulier du cours A305, History of Architecture and Design (1890-1939), est examiné pour avoir été diffusé sur les ondes de la télévision britannique BBC 2, ainsi qu’à la radio, entre 1975 et 1982. Son intérêt historique est d’avoir conjugué l’enseignement de l’architecture moderne et l’utilisation d’un média de masse pour démocratiser l’accès au savoir.

     

    Comme phénomène socioculturel touchant la population dans son quotidien, l’architecture trouvait dans les médias de masse un espace tout indiqué de visibilité. C’est particulièrement vrai pour un des 24 épisodes du cours qui porte sur le logement social et où un gigantesque ensemble immobilier, situé à Leeds, est filmé au moment de sa démolition. Le funeste événement, souligne le commissaire dans ses notes, n’était pas le signe de l’échec du projet d’architecture moderne dont il était l’incarnation, mais le symptôme d’un courant politique peu friand en matière de logement social. Au moment de la diffusion du cours sur les ondes, l’architecture moderne était en effet en pleine mutation, et son contexte sociopolitique aussi.

     

    Recul critique

     

    Si l’exposition ouvre sur le contenu des cours, elle étudie surtout les mécanismes mis en place pour mener à bien un enseignement à distance à un public élargi, regroupant des étudiants en architecture et un auditoire non averti. De section en section, les innovations sont présentées, de même que les apories posées par la formule. Le recul critique se manifeste de diverses façons dans l’élégant design de l’exposition qui place en exergue les réflexions du commissaire, l’architecte portugais Joachim Moreno, et qui présente des entrevues menées avec les acteurs clés de l’époque.

     

    C’est ainsi que la parole est entre autres donnée à Tim Benton, professeur émérite de l’Open University. Les écrans diffusant ces entrevues sont situés dans les espaces transitoires du carrefour menant aux salles. Leur position en marge souligne avec à-propos le contrepoids offert par les récits actuels des protagonistes d’hier, mais rend leur présence secondaire dans l’exposition. Les perspectives critiques sur l’état actuel de l’enseignement universitaire à distance, en ce qui concerne les conditions de production et de diffusion des savoirs avec les technologies numériques d’aujourd’hui, sont par ailleurs menées en dehors de l’exposition, dans une série de conversations publiques déjà amorcée et qui se poursuivra jusqu’en 2018.

     

    Invitée dans les salons

     

    L’exposition s’ouvre sur un mobilier qui rappelle le contexte domestique de diffusion de l’émission, qui était alors perçue comme une « invitée » dans les salons. Dans ses premières années, le rendez-vous attendu avait lieu aux heures de grande écoute. En plus des épisodes de 25 minutes, les étudiants inscrits recevaient du matériel pédagogique, des livres dont les couvertures sont sous vitrine et dont chacun des thèmes orne les murs. Voulant profiter des ondes et de sa dématérialisation, le cours a en fait donné lieu à une véritable usine de production, devant assurer la conception, l’impression et l’envoi par la poste du matériel.

     

    D’un côté apparaît l’impossible délestage de la matière, y compris la bibliothèque centrale Jennie Lee, située dans le campus central de Milton Keynes. De l’autre, les outils pour rendre possibles la circulation et la diffusion de masse. Les livres, avec leurs plans, et les images en mouvement de la télévision devenaient les outils efficaces pour étudier l’architecture dans ses diverses composantes en se rapprochant de son expérience. Derrière ce matériel, c’était une armada de professeurs produisant les savoirs et devant répondre à des tonnes de courrier ainsi que des tuteurs nomades se rendant dans les centres d’études répartis sur le territoire du Royaume-Uni.

     

    Au terme du cours, les étudiants devaient remettre un rapport dans lequel ils étudiaient un bâtiment d’architecture moderne. L’Université en compilait les résultats dans une archive, offrant ainsi un panorama étendu de l’architecture britannique, en profitant du fait que les auteurs de ces recherches provenaient d’endroits variés et y demeuraient toujours. La relation d’enseignement se faisait donc ici bidirectionnelle et s’animait dans un réseau, anticipant sur les médias sociaux actuels où tout le monde peut fournir du contenu.

     

    L’Open University, toujours active d’ailleurs et même dans plusieurs endroits dans le monde, assurait toutefois une qualité et délivrait des diplômes reconnus. Par sa capacité à l’époque de rejoindre les gens éloignés ou isolés (comme les prisonniers et les femmes au foyer, est-il donné en exemple), cette formation à distance présentait des atouts incontestables. Il reste qu’elle créait des « classes de solitude », provoquant une certaine uniformisation des savoirs pour les besoins de sa diffusion de masse. En cela, elle ne saurait, même dans ses déclinaisons actuelles, remplacer la classe physique comme lieu d’apprentissage collectif au coeur d’une relation pédagogique.

    L’université à l’antenne : diffuser l’architecture moderne Royaume-Uni/1975-1982
    Au Centre canadien d’architecture, 1920, rue Baile, Montréal, jusqu’au 1er avril 2018.












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