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    Critique

    Szilasi et la scène artistique

    Gabor Szilasi tire le portrait d’une époque effervescente au Québec

    9 décembre 2017 |Nicolas Mavrikakis | Arts visuels
    Doreen Lindsay et Gabor Szilasi au vernissage de l’exposition de Jeremy Taylor au Studio 23, à Montréal, en novembre 1969
    Photo: Musée McCord Doreen Lindsay et Gabor Szilasi au vernissage de l’exposition de Jeremy Taylor au Studio 23, à Montréal, en novembre 1969

    Ah les mystères du milieu de l’art ! Presque aussi complexes que ceux du milieu de la finance ou de la politique. Ces jours-ci, une exposition petite en dimension, mais grande en raison de son sujet et de l’artiste qui la présente, permet de lever le voile sur certains aspects historiques de la mécanique du réseau artistique québécois.

     

    Durant de nombreuses années, Gabor Szilasi a pris des photos lors de vernissages d’expositions. C’est d’ailleurs dans un de ces vernissages qu’il rencontra en 1960 sa future femme, Doreen Lindsay, qui deviendra une photographe réputée. Pour cette présentation au Musée McCord, Szilasi et la commissaire Zoé Tousignant ont choisi 43 images prises entre 1960 et 1980, images presque toutes inédites, sélectionnées dans plus de 3600 négatifs, dans une centaine de rouleaux de film 35 mm ! Szilasi a donc monté une documentation fabuleuse sur notre histoire de l’art, sur une époque où, comme l’écrit Tousignant, « les vernissages étaient des événements semi-privés voués principalement au développement du marché de l’art local pour un groupe exclusif de personnes intéressées ». Szilasi a ainsi réalisé des photos d’une qualité esthétique indéniable en prenant des images sur le vif.

     

    Szilasi fut de presque tous les vernissages à cette époque. Il était — et il est toujours — très fréquent de voir Szilasi présent dans ces fêtes, comme s’il s’agissait de sa famille élargie. Comme le souligne sa femme dans une vidéo réalisée pour cette expo, quand Gabor n’est pas là dans un vernissage, les gens se demandent où il peut bien être… Il faut dire que, comme Szilasi le raconte, « il y avait moins de vernissages à l’époque… un ou deux par mois ». De nos jours, il pourrait en faire deux ou trois par semaines. Gabor Szilasi nous montre une époque où la création artistique était bouillonnante, mais où il y avait peu de galeries d’art contemporain.

     

    Dans les années de la Révolution tranquille, à Montréal, il y avait les galeries Denyse Delrue, Libre, Soixante, Dresdnère, qui semblait un peu trop commerciale aux yeux de certains. Szilasi nous montre des images de la galerie Agnès Lefort, fondée en 1950, et qui deviendra Mira Godard en 1961 avant de se transformer en 1968 en la galerie Godard Lefort. Par la suite se développèrent d’autres galeries comme la galerie Martal, fondée en 1972, et qui exposa entre autres Irene F. Whittome en 1973. Et il y avait encore moins de galeries ou de lieux qui présentaient de la photo. Szilasi se souvient de l’époque où Claude Haeffely avait commencé à en exposer dans le sous-sol de l’ancien bâtiment de la Bibliothèque nationale.

     

    Puis il y eut la galerie privée Yajima, qui ouvrit ses portes en 1974… Dans la sélection présentée au McCord, le visiteur pourra entre autres voir des images de la première exposition du projet Disraeli réalisé par le Groupe d’Action Photographique aux Galeries de photographie du Centaur en décembre 1972. Cette exposition de photos de Szilasi permet donc de revenir sur ces lieux qui sont devenus célèbres, mais aussi sur d’autres lieux qui ont été oubliés, comme le Mansfield Book Mart, librairie logée au 2065, rue Mansfield.

     

    C’est donc à un panorama d’événements artistiques importants pour notre histoire de l’art que nous convie cette présentation. Des documents d’une valeur inestimable.

     

    Les limites de la photo

     

    Malgré ce que l’on pense en général dans la population, la photographie ne sert pas mieux la mémoire que d’autres types de documents d’archives ou d’autres formes d’arts. Après quelques années, les images que l’on a prises deviennent vite mystérieuses et silencieuses. Même Gabor Szilasi ne se souvient pas de tous les gens présents dans ses photos. D’où l’importance de monter une telle exposition et de documenter ces images du vivant des différentes personnes que l’on peut y voir.

     

    La commissaire Zoé Tousignant a d’ailleurs réalisé un court métrage intitulé Vernissages qui permet d’en apprendre plus sur l’atmosphère et les gens qui constituaient ce milieu de l’art. Elle raconte comment il est plus difficile de retrouver le nom des femmes que celui des hommes qui sont présents dans ces photos. Dans son film, on retrouvera le commissaire et historien de l’art Normand Thériault, l’artiste Claude Tousignant, la traductrice Judith Terry, la collectionneuse et marchande d’art Michico Yajima-Gagnon…

     

    Comme l’explique Zoé Tousignant, « ce film permet de conserver une mémoire orale » et de retracer plus finement la participation d’acteurs importants à la scène artistique montréalaise. On émettra uniquement une réserve envers cette exposition : l’absence de catalogue. Une telle documentation mérite absolument qu’un éditeur s’y intéresse et publie un ouvrage de référence sur le sujet. Nous avons une histoire de l’art très riche qui mérite d’être expliquée et rendue publique.

    Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980
    Gabor Szilasi, au Musée McCord jusqu’au 29 avril












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