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    Dans l'oeil de Pierre Dury, photographe de célébrités

    29 novembre 2017 |Jean-François Nadeau | Arts visuels
    «Quand je suis devenu photographe, j’ai appris à tout démystifier, du mythe de la beauté à celui de la vedette», dit Pierre Dury. 
    Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir «Quand je suis devenu photographe, j’ai appris à tout démystifier, du mythe de la beauté à celui de la vedette», dit Pierre Dury. 

    Le Centre d’art Diane-Dufresne, à Repentigny, présente jusqu’au 14 janvier cinq décennies de photographies de Pierre Dury. C’est la plus grande rétrospective consacrée à cet oeil qui a donné à voir au Québec tout entier ses personnalités.

     

    Pierre Dury a aujourd’hui 72 ans. En 1967, il fréquente l’École des beaux-arts. La peinture le passionne. « J’en rêve encore », confie-t-il en entrevue. Le peintre Jean-Paul Mousseau l’invite à travailler au projet de décoration d’une discothèque. Il fait alors la rencontre de Michel Gontran, un photographe français. « J’ai été d’abord fasciné par son Nikon, puis par les filles qui sortaient de chez lui… »

     

    Dury découpe tout ce qui l’impressionne dans des magazines de mode comme Vogue et Vanity Fair. « La grande influence sur mon travail est alors Richard Avedon. Les meilleurs photographes travaillaient pour ces magazines. Je n’essayais pas de les copier, mais j’étudiais leurs éclairages, les poses, les mouvements, les robes, les décors… » Dans ses premières photos, quelque chose évoque cette sophistication du travail d’Avedon. Mais il y aura plusieurs styles Dury.

     

    « J’ai travaillé presque toujours gratuitement ou pour pas grand-chose. Ce qui m’a fait vivre, c’est le cinéma. » Il sera photographe de plateau pour plus de 150 films. Il se fera même passer pour un figurant, histoire de s’approcher du réalisateur italien Sergio Leone. Pierre Dury va travailler avec Gilles Carle, dont il deviendra un ami proche. Une photo forte le montre, quelques heures avant sa mort, Chloé Sainte-Marie couchée à ses côtés.

     

    « Je n’ai jamais trouvé que la photographie était valorisée au Québec. Aujourd’hui, je pense juste à la peinture », dit-il à l’heure d’inaugurer son exposition. Quelques-unes de ses acryliques sont présentées en marge de cette exposition, dans un corridor étroit. Ce sont pour la plupart des quasi-abstractions, des couleurs franches qui ne se touchent pas et qui sont pourtant vouées à explorer le thème du baiser.

     

    Beauté et vedettariat

     

    « Quand je suis devenu photographe, j’ai appris à tout démystifier, du mythe de la beauté à celui de la vedette. » Alors pourquoi ce culte de la beauté plastique et des vedettes dans sa photographie ? « Si j’avais photographié des gens de la rue, ça intéresserait cent fois moins les gens. Les gens préfèrent voir Jean Cocteau que son beau-frère… Mais aujourd’hui, j’aimerais mieux photographier les itinérants, avec leurs gueules incroyables. »

     
    Photo: Pierre Dury Yvon Deschamps et Diane Dufresne photographiés par Pierre Dury
     

    Une photographie géante du mannequin Marie O’Hara, photographiée en 1970, témoigne de l’influence initiale des poses de la mode sur son travail. « Quand elle est arrivée à mon studio, j’ai fait semblant d’avoir une conversation au téléphone, histoire de me donner une contenance. Je me sentais si petit devant cette femme si belle. Après quinze minutes avec ce mannequin, je me suis rendu compte qu’elle était encore plus nerveuse que moi. La photographie impressionne. » Cette photo, plantée au milieu de la salle d’exposition, est imprimée sur un support surdimensionné. Comme quelques autres images imprimées dans ce format, elle a un côté excessif qui touche à notre présent.

     

    Pierre Dury a vécu quelques années avec Marjolène Morin, avant que tous ne connaissent la chanteuse sous le nom de Marjo. L’affiche de l’exposition, c’est elle, étendue de tout son long. Ses portraits sont presque toujours calmes, posés, attentifs. Les mises en scène sont limitées. Un fond de scène. Un éclairage. Et voilà. Mais pour Diane Dufresne, avec qui le photographe collabore longtemps, ce sera le contraire : l’excès, la surcharge, la chanteuse attifée en femme de maison, prête à faire le ménage, empêtrée dans des symboles religieux, avec à ses pieds des fourrures, de l’or, du feu et un valet qui lui peint les ongles des doigts de pied…

     

    « Quand la personne que je dois photographier arrive, je n’ai plus aucune idée ! On parle de tout et de rien. Je veux que les gens soient à l’aise. Je devrais mieux préparer mes conversations, mais je ne le fais jamais. À Jean Chrétien, en le photographiant, j’ai dit que ma mémoire me faisait souvent défaut. « Il faut apprendre des poèmes par coeur », m’a-t-il répondu. Je lui ai raconté que je ne savais que la fable de La cigale et la fourmi. Et il me l’a récitée au complet ! »

     
    Photo: Ginette Clément Ville de Repentigny Le Centre d’art Diane-Dufresne, à Repentigny, présente jusqu’au 14 janvier cinq décennies de photographies de Pierre Dury.
     

    En 1969, il n’y a guère de photographes portraitistes bien installés à Montréal, hormis Gabriel Desmarais, dit Gaby. « Michel Gontran travaillait pour Échos Vedettes. Il m’a dit d’aller voir du côté de ces petits journaux jaunes, Photo-Vedettes, Nouvelles illustrées, tout ça. Ils m’ont engagé. » Une partie du travail de cette époque est perdue. « Les journaux s’appropriaient les photos comme les négatifs. Je suis allé dans les archives de Québecor. Il ne reste presque rien. J’ai retrouvé une petite photo du bed-in de John Lennon et Yoko Ono à Montréal. » Il l’a rephotographiée, certain qu’elle est bien de lui. Elle trône entre deux projections contiguës de dizaines de photographies.

     

    « Quand on a travaillé pour de petits journaux, on nous snobe. » Mais les artistes l’apprécient. Diane Dufresne et plusieurs autres le demandent pour leurs pochettes de disque. Son objectif avale aussi bien Ginette Reno et Donald Lautrec qu’Yvon Deschamps et Jean-Guy Moreau, quand ce n’est pas Robert Plant, Ian Anderson ou Robert Charlebois. Il les photographie en studio, mais aussi sur scène, en pleine nuit, dans des fêtes. Voici par exemple Claude Dubois au petit matin, marchant avec Véronique Sanson.

     

    Au temps de la chambre noire, son premier agrandisseur lui est offert par l’architecte Ernest Cormier, dont il est le locataire. « Il avait toute une collection d’appareils Leica. » Mais le travail d’impression des photographies ne l’intéresse pas vraiment. « C’est faire la vaisselle. »

     

    Et aujourd’hui, la photographie ? Elle ne le passionne plus autant. « La peinture, c’est ce que je veux faire pour le reste de mes jours. »













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