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    Sortir la peintre impressionniste Berthe Morisot de l’oubli

    Une rétrospective sera vue à Québec, puis à Philadelphie, à Dallas et à Paris

    21 novembre 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Arts visuels
    «Eugène Monet à l’île de Wight», 1875, huile sur toile de Berthe Morisot
    Photo: Musée Marmottan-Monet «Eugène Monet à l’île de Wight», 1875, huile sur toile de Berthe Morisot

    Elle compte parmi les moins connus des impressionnistes. Est-ce parce qu’elle était une femme ? Toujours est-il que c’est à Québec que commencera la tournée internationale de la première rétrospective récente de ce maître de l’impressionnisme que fut Berthe Morisot.

     

    Élève de Corot, belle-soeur de Manet, amie de Mallarmé, Berthe Morisot est pourtant une artiste incontournable du mouvement des avant-gardes impressionnistes. Proche du scandaleux Manet, elle rompt avec le classicisme et fonde le groupe des Artistes Anonymes Associés avec Monet, Renoir, Sisley, Pissarro et Degas qui la considéraient comme leur égale. On sait que ses extérieurs, ses blancheurs et ses clartés influencèrent Manet, dont elle fut aussi l’un des principaux modèles.

     

    C’est grâce à l’initiative du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) que cette figure un peu oubliée de l’impressionnisme devrait bientôt retrouver la place qui lui revient. Une cinquantaine de toiles représentant des figures et des portraits a été rassemblée dans plusieurs institutions publiques, mais aussi des collections privées, notamment aux États-Unis. Après Québec, l’exposition pourra être vue à Philadelphie, à Dallas et à Paris.

     

    Une idée du MNBAQ

     

    L’idée de cette exposition, Berthe Morisot, femme impressionniste, dont le vernissage international se déroulera le 21 juin prochain, revient à la direction du MNBAQ. C’est elle qui, en 2014, a convaincu la conservatrice française Sylvie Patry de s’engager dans l’aventure. Sylvie Patry avait déjà fait une première exposition Morisot à Lille en 2002. Puis, celle du musée Marmottan, à Paris, en 2012. Il était temps de proposer une véritable rétrospective et « de redonner à cette artiste sa juste place » dit la présidente du Musée d’Orsay, Laurence des Cars. Cette monographie sera la première en Amérique du Nord depuis 1987 et en France dans un grand musée national depuis 1941.

     

    « Morisot a souvent été présentée dans des expositions thématiques ou sur l’impressionnisme, dit Line Ouellet, directrice du MNBAQ. La présenter enfin seule, c’était un véritable défi. Il a d’abord fallu convaincre les descendants, qui ont dit oui justement parce qu’il s’agissait d’une exposition qui lui était entièrement consacrée. »

     

    Même si Sylvie Patry devint ensuite directrice adjointe des collections de la Fondation Barnes, avant de revenir en juin dernier au Musée d’Orsay, le projet a survécu. Ces excursions à l’étranger permettront même d’associer deux institutions américaines, le Musée d’art de Dallas et la fondation Barnes, à l’exposition qui s’ouvrira à Québec.

     

    À travers Berthe Morisot, c’est toute l’aventure de l’impressionnisme qui s’exprime. À une époque où l’École des beaux-arts n’était pas ouverte aux femmes, cette femme indépendante associée aux scènes de la vie domestique peint la vie moderne. À partir de 1874, date de la première exposition de ceux qu’on allait bientôt appeler les impressionnistes, elle fut de toutes les rétrospectives. Elle sera même parmi les premiers artistes, avec Renoir, à être achetés par l’État français. À sa mort, Renoir dira que dorénavant, « la vie est un désert ».

     

    Une artiste avant tout

     

    Pour le directeur de la Fondation Barnes, Thom Collins, il s’agit essentiellement de sortir l’artiste de cet oubli dans lequel elle aurait été enfermée « à cause de son sexe et de la dynamique des genres » à cette époque. Sylvie Patry se veut plus nuancée en affirmant qu’« il ne faut pas réduire Morisot à son seul statut de femme. Si ça aide à comprendre l’artiste, ça n’explique pas tout. Elle-même voulait être avant tout considérée comme une artiste ».

     

    Pour cela, l’exposition limitée aux portraits et aux figures mêlera la chronologie et les thèmes chers à Berthe Morisot. Parmi les sujets explorés, l’exposition s’attardera sur le lien souvent flou entre les personnages et le paysage, sur l’expression d’une féminité moderne à la fin du XIXe siècle, sur les femmes au travail et le caractère achevé ou inachevé de ses toiles.

     

    Il est arrivé, comme pour les autres impressionnistes, que l’on dise que les toiles de Berthe Morisot n’étaient pas terminées, dit Sylvie Patry. « Cette oscillation entre le fini et le non-fini est une décision de l’artiste. C’est l’artiste qui décide quand il s’arrête. »

     

    La fin de l’oeuvre de cette artiste que l’on disait profondément nostalgique sera marquée par le symbolisme. Certaines toiles peuvent même se rapprocher du Norvégien Edvard Munch, dit Sylvie Patry. Chez les femmes, Berthe Morisot fera école. Après elle, on trouve Mary Cassatt, parrainée par Degas, ainsi que Louise Breslau. Une Américaine et une Allemande qui s’épanouiront en France. Berthe Morisot, elle, disait n’avoir eu pour seule ambition que de « fixer quelque chose de ce qui passe, oh ! quelque chose, la moindre des choses, un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre […]. Cette ambition-là est encore démesurée. »













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