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    L'œuvre de Jean-Pierre Raynaud détruite par la Ville de Québec renaîtra

    25 septembre 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    L’œuvre «Dialogue avec l’histoire», de Jean-Pierre Raynaud, située à Québec, a été détruite en 2015.
    Photo: Ville de Québec L’œuvre «Dialogue avec l’histoire», de Jean-Pierre Raynaud, située à Québec, a été détruite en 2015.

    Deux ans après la destruction par la Ville de Québec de son oeuvre Dialogue avec l’histoire, Jean-Pierre Raynaud a traversé l’océan pour divulguer sa réponse : une nouvelle sculpture, similaire, mais pas identique. Elle sera plus haute, plus large, plus imposante.

     

    Dimanche, dans un hôtel de Québec, l’artiste français de 78 ans a présenté à la presse les plans de la future oeuvre, baptisée Autoportrait. Lundi en soirée, il refait l’exercice à l’École nationale d’administration publique, lors d’une séance ouverte à tous. À ses côtés : ses alliés québécois, dont l’avocat et collectionneur Marc Bellemare.

     

    « J’ai réfléchi pendant un an et j’ai décidé de financer moi-même le projet, dit le fondateur du Club des collectionneurs de Québec. J’ai conclu une entente avec M. Raynaud et il m’a cédé tous ses droits. Je deviens l’unique propriétaire de l’oeuvre. »

     

    Avec un coût de réalisation évalué entre 200 000 $ et 300 000 $, le projet fera 7,5 m de haut et 9 m de large. « Des oeuvres Autoportrait, [Raynaud] en a partout dans le monde, mais celle-ci sera la plus grande de toutes », soutient Marc Bellemare.

     

    On n’a pas pu valider son affirmation, mais selon les esquisses dévoilées, la sculpture épousera la même apparence carrelée que les autres et le même personnage géométrique, soit un cube (en guise de tête) sur une structure verticale (le corps). Elle ne sera pas en céramique, matériau distinctif de la signature Raynaud, mais en Corian, un matériau composite utilisé dans la confection de cuisines.

     

    Si l’artiste de grande réputation s’engage dans une seconde aventure québécoise, trente ans après Dialogue avec l’histoire, c’est parce que des gens — Mes Marc Bellemare et François Leduc, en premier lieu — l’ont convaincu qu’il fallait « réparer la gaffe » du maire Régis Labeaume. On attribue à celui-ci la démolition de l’oeuvre de 1987, un cadeau octroyé par la Ville de Paris et anéanti en juin 2015 à la pelle mécanique.

     

    « Détruire une oeuvre, c’est un autodafé. Je l’ai ressenti de manière très intime, confie François Leduc, le premier à avoir interpellé Jean-Pierre Raynaud. Au fil des courriels, l’idée a germé dans mon esprit que l’oeuvre pouvait être recréée. »

     

    « J’ai écouté avec beaucoup d’attention ces personnes qui avaient manifesté leur intérêt. On en a parlé pendant des mois et des mois. Il fallait que l’art sorte gagnant », dit pour sa part Jean-Pierre Raynaud, joint en France avant son départ pour le Québec.

     

    Du geste du maire Labeaume, il ne veut plus parler. « Je ne viens pas dans un esprit de bagarre. Ce qui a existé a existé. Je n’ai pas à l’oublier, mais quand des gens sont animés de manière positive, il faut écouter », estime celui qui considère l’invitation du Club des collectionneurs comme assez rare pour ne pas en profiter.

     

    Ira-t-il rencontrer le premier magistrat de la ville ? « Je ne suis pas un prêtre, je n’ai pas à convaincre qui que ce soit. Je viens [à Québec] pour quelque chose qui fera date. C’est très rare ce qui s’est passé, dans la violence, et on répond par un geste unique, une très belle histoire dont on en parlera partout », extrapole Jean-Pierre Raynaud.

     

    Hôte à trouver

     

    Si le projet du futur Autoportrait est suffisamment avancé pour que l’artiste fasse le voyage, un détail demeure à fixer : le site extérieur où implanter l’oeuvre.

     

    Au téléphone, son propriétaire ne donne pas l’impression de s’inquiéter de cette inconnue. Si le territoire de la Ville de Québec reste son premier choix, Marc Bellemare assure voir plus loin.

     

    « Il faut faire les démarchages, approcher les sièges sociaux [d’entreprises privées], des institutions municipales, les musées, en espérant que quelqu’un à Québec l’accueillera. Sinon, ce sera ailleurs, Trois-Rivières, Montréal, Toronto, San Francisco. Je l’installerai où je déciderai », avance-t-il.

     

    « C’est ici que la bêtise a été commise, c’est ici qu’il faut rester », indique-t-il, par ailleurs. L’ancien ministre ne se dit pas pressé et suppose une gestation de cinq ans. Ou moins. « Dans deux ans, Raynaud pourrait venir pour ses 80 ans », se met-il à rêver.

     

    Rappelons que François Leduc avait déjà abordé, sans succès, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ). « Le Musée doit prioriser des acquisitions qui s’inscrivent dans sa mission, soit de mettre en valeur les artistes et l’art québécois », avait déclaré la direction du MNBAQ au Soleil, en novembre 2016.

     

    Depuis, Marc Bellemare a acquis l’oeuvre à naître. Il se dit prêt à la louer, la prêter ou la donner. « Ce pourrait être une location de 25 ans », suggère-t-il, sans pour autant en faire un enjeu financier.

     

    « Il y a eu une polémique. Je veux jouer un rôle positif. Si je ne le fais pas, qui le fera ? demande-t-il. J’aime l’art, je collectionne depuis 40 ans, je veux que cette erreur grave face à un artiste respectable soit corrigée. »

     

    Jean-Pierre Raynaud passe la semaine à Québec et conclura son séjour par une discussion autour de son ami Hergé, dont l’exposition-hommage est en cours au Musée de la civilisation.













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