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    La Biennale, au-delà des clichés

    Une sélection des expos solos qui ressortent du lot à Momenta

    16 septembre 2017 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    Erin Shirreff, «Concrete Buildings», 2013-2016
    Photo: Source Momenta Erin Shirreff, «Concrete Buildings», 2013-2016

    Souvent, les images mentent. C’est le constat auquel souhaite nous amener la première Momenta, biennale de l’image qui poursuit en quelque sorte les activités du Mois de la photo. Voilà pourtant un thème qui n’est guère nouveau. Un exemple ? Il y a deux ans, Joan Fontcuberta, le commissaire du 14e Mois de la photo, expliquait comment la photo actuelle ne répond plus à une fonction de vérité et de mémoire. Qu’à cela ne tienne, le commissaire Ami Barak remet ça.

     

    Son texte de présentation n’est lui-même pas très novateur. Il fait penser à l’introduction d’un cours sur la photo moderne, incluant des explications conventionnelles sur une histoire pas si contemporaine, avec des exemples bien connus, le travail de Bernd et Hilla Becher, Cindy Sherman, Jeff Wall, Rodney Graham… Ami Barak y explique que ces deux derniers artistes sont des figures majeures de la scène vancouvéroise et que, pour leurs photos, ils ont fait des mises en scène élaborées. Rien de bien nouveau pour le public habitué à ce genre d’événements.

     

    Heureusement, quelques propositions artistiques plus complexes se démarquent.

     

    L’image à interpréter

     

    Depuis plusieurs années, Erin Shirreff met en scène d’une manière innovatrice l’histoire de l’art et de l’architecture modernes. En 2009, elle s’est penchée sur Roden Crater, oeuvre inachevée de James Turrell. Mais elle a aussi appréhendé le travail des sculpteurs Tony Smith, Alexander Calder, Anthony Caro… Lors d’une résidence de création à Marfa, au Texas, elle réalise deux vidéos des bâtiments que l’artiste minimaliste Donald Judd a fait construire là-bas.

     

    L’installation Concrete Buildings (2013-2016) semble être constituée de plans fixes d’un paysage architecturé. Mais assez vite, le spectateur se rend compte qu’il s’agit en fait de photographies filmées… Dans cette vidéo, rien ne bouge et, de plus, on voit parfois des reflets qui nous signalent la surface d’un papier photo. Un simple trompe-l’oeil ? Une oeuvre qui parle surtout d’une utopie moderne devenue ancienne, presque en ruine, figée par des images qui ont du mal à jouer totalement leur fonction de consécration ou de remémoration. Les images ont besoin d’un contexte pour devenir compréhensibles.

     

    Cette question de l’interprétation se pose aussi avec Jayce Salloum. L’artiste expose une multitude de photos prises dans divers lieux où il a vécu, sans que l’on puisse vraiment s’y retrouver. Ces images viennent-elles de New York, de Mexico ou de Vancouver ? Bien difficile à dire. Cette installation photo tient autant des juxtapositions d’images de L’atlas mnémosyne de l’historien de l’art Aby Warburg que des mosaïques de clichés que l’on peut obtenir sur Internet.

     

    Cette idée de la nécessité du contexte est aussi bien menée dans l’expo d’Anne-Marie Proulx. Elle utilise entre autres des images d’archives de l’exploitation minière au Québec où le paysage est totalement éclaté. Du coup, ce n’est pas seulement l’image qui perd ses liens avec le réel, mais c’est aussi le paysage concret qui devient étranger, même pour ceux à qui il était familier.

     

    Sortir du discours dominant ?

     

    Pourtant, ce monde des représentations est bien souvent enserré dans des codes préétablis et clairs. Valérie Mjéren met justement en scène la façon dont nos échanges les plus privés sont façonnés par un discours dominant. Sa vidéo La Baule, ciel d’orage, montre comment les cartes postales, qui jadis pullulaient, incluaient à la fois des images clichées et des phrases toutes faites. Dans Leur histoire, ce sont même nos discours amoureux qui sont envahis par des énoncés classiques et des poses corporelles convenues.

    Photo: Source Momenta «Akram Zaatari, Saida June 6, 1982», 2006-2009


    Heureusement, Akram Zaatari démontre qu’il est possible de faire voler en éclats notre rapport au pouvoir. Dans son installation vidéo Lettre au pilote qui a désobéi, il raconte l’histoire d’un pilote israélien qui, en 1982, malgré les ordres reçus, a refusé de bombarder une école au Liban. Pour nous narrer cette histoire, Zaatari se sert de documents et de récits familiaux complexes. L’image peut trouver les moyens d’être juste et vraie.

      

    Concrete Buildings
    D’Erin Shirreff, à la Fonderie Darling jusqu’au 19 novembre.

    Location/dis-location(s): beyond the pale
    De Jayce Salloum, au Musée McCord jusqu’au 12 novembre.

    Les derniers glaciers
    D’Anne-Marie Proulx, au centre Occurrence jusqu’au 28 octobre.

    Q & R – Q & A
    De Valérie Mréjen, au centre Optica jusqu’au 21 octobre.

    Lettre au pilote qui a désobéi
    D’Akram Zaatari, au centre Dazibao jusqu’au 14 octobre.













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