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    World Press Photo: la face hideuse et douloureuse du monde

    Burhan Özbilici est à Montréal dans le cadre du World Press pour parler de sa photo «Un assassinat en Turquie»

    30 août 2017 |Caroline Montpetit | Arts visuels
    «Ce n’est pas une belle photo. Mais c’est une très grande photo», reconnaît le photographe turc Burhan Özbilici.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ce n’est pas une belle photo. Mais c’est une très grande photo», reconnaît le photographe turc Burhan Özbilici.

    « Ce n’est pas une belle photo. Mais c’est une très grande photo. » C’est en ces termes que le photographe turc Burhan Özbilici commentait mardi la photo qu’il a prise d’un assassin, Mevlüt Mert Altintas, le fusil dans les airs, aux côtés du corps de sa victime, l’ambassadeur russe à Ankara. Cette photo a été prise dans le feu de l’action le 19 décembre dernier, dans une galerie d’Ankara où l’ambassadeur prononçait une allocution, avant d’être abattu sur place.

     

    Elle a aussi été désignée photo de l’année par le jury du concours World Press Photo, dont l’exposition s’ouvre ce mercredi au marché Bonsecours à Montréal. Burhan Özbilici, qui est l’un des invités d’honneur de l’événement, prenait justement des photos de l’ambassadeur russe quand celui-ci a subitement été assassiné à coups de feu.

     

    Il était alors à quelques pas des protagonistes.

     

    « Je sentais que mon coeur voulait sortir de mon corps, et comme une douche froide dans ma tête », se souvient-il en très bon français. Il sait alors qu’il risque de mourir, et décide de « faire quelque chose qui serve ». Il continue donc de prendre des photos, de l’assassin et aussi des spectateurs en panique, recroquevillés dans un coin de la galerie.

     

    Les photos de l’assassin, si celui-ci devait se sauver sans pouvoir être attrapé, auraient pu servir à l’identifier, dit-il.

     

    M. Özbilici est l’un des derniers à avoir quitté les lieux de l’attentat, où l’agresseur a été abattu un peu plus tard. Selon lui, il n’était d’ailleurs pas nécessaire de le tuer puisqu’il n’avait pris personne en otage. « J’aurais préféré qu’il soit pris vivant et jugé, dit-il. On aurait pu savoir ce qui est arrivé, qui était avec lui. »

     

    Le conflit syrien en une image

     

    Burhan Özbilici travaille pour l’agence Associated Press, et sa photo a été publiée partout dans le monde. Elle a aussi suscité une certaine controverse, puisque plusieurs soutiennent qu’il ne faut pas publier de photos de responsables d’actes terroristes, pour ne pas leur faire une publicité indue.

     

    Selon Matthieu Rytz, président de World Press Photo Montréal, ce cliché mérite le premier prix parce que « ce que représente cette photo est tellement important, au-delà du terrorisme et de l’assassinat. Elle montre l’incapacité de gérer le conflit syrien ». Burhan Özbilici participera à un entretien avec la journaliste de Radio-Canada Marie-Ève Bédard et avec le photographe Martin Tremblay de La Presse, jeudi à l’UQAM à 18 h. On réfléchira notamment sur la question « doit-on tout montrer ? »

     

    La photographe canadienne Amber Bracken fait également partie des invités d’honneur du World Press Photo à Montréal. Elle a obtenu le premier prix dans la catégorie « Sujets contemporains », pour une série de photos illustrant l’opposition au passage d’un pipeline, dans la réserve indienne Standing Rock, aux États-Unis. « Je suivais les affaires autochtones sur les réseaux sociaux, et je sentais qu’il fallait que j’y aille, surtout quand j’ai vu que des milliers de personnes se déplaçaient pour témoigner de leur opposition. » Les Lakotas s’inquiètent entre autres de la contamination des eaux avoisinantes par le pipeline. La photographe originaire d’Edmonton s’est rendue à plusieurs reprises sur les lieux, et ses photos témoignent entre autres du passage des saisons, où les tensions se succèdent entre forces de l’ordre et manifestants.

     

    Après plusieurs mois de mobilisation, l’opposition a finalement été dispersée par les forces de l’ordre. Du côté des manifestants, on considère le combat comme perdu.

     

    Le monde vu par…

     

    Le reste de l’exposition permet aussi de plonger dans l’univers de différents photographes, puisqu’on y présente 152 photos sélectionnées sur les 80 000 soumises au jury. On aborde notamment le délicat dossier des réfugiés, et une photo, montrant l’un d’eux seul, flottant en pleine mer, est particulièrement émouvante. Dans la section consacrée aux photos de nature, on remarquera celle où des humains se déguisent en pandas pour élever des petits pandas, et pour éviter que ceux-ci se familiarisent trop avec les humains.

     

    À l’étage, on présente notamment Premières impressions, une série de photos prises à Montréal par des immigrants syriens, dans le cadre d’un projet qui leur est destiné. L’exposition célèbre aussi les 170 ans du marché Bonsecours en présentant une exposition portant sur différentes périodes de son histoire. L’expo compte d’ailleurs tout un volet numérique, constitué entre autres de vidéos d’une époque où on y vendait encore des poules, qu’on peut consulter à l’adresse marchebonsecours-expo.com.













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