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    Arts visuels

    Les déchets recyclés en art de Sophie Castonguay

    L’artiste Sophie Castonguay accumule ses rebuts pour dénoncer le suremballage

    26 août 2017 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Matières plastiques, élastiques, styromousse, cordes: ces matières donnent lieu à des sculptures étonnantes.
    Photo: Déchets Matières plastiques, élastiques, styromousse, cordes: ces matières donnent lieu à des sculptures étonnantes.

    Les déchets sont devenus une denrée rare, affirme Sophie Castonguay, fière de sa formule imagée. Chez elle, en tout cas.

     

    Depuis février, cette artiste sans discipline fixe et ses êtres chers (conjoint et enfants) ne jettent plus rien. Zéro déchet. Comme les boutiques nouveau genre ? Pas tout à fait.

     

    « L’objectif des Zéro déchet est vertueux, mais notre projet propose l’inverse, dit la chef de famille et chef de chantier (artistique). On continue à consommer, comme d’habitude, ni plus ni moins. Et on garde tout. »

     

    La famille Marcoux vit à Val-Morin, dans les Laurentides. Elle s’est engagée dans un projet artistique de longue haleine et exigeant, soit de tout accumuler pendant un an. Tout ou presque : les matières organiques sont mises au compost et certains déchets sont jetés pour des questions d’hygiène. « On sort un petit sac par mois », précise la maman-artiste, qui assure, qu’autrement tout ce qui est conservé est lavé.

     

    « Mathieu dit qu’il fait de l’art en lavant », avance encore la conceptrice du projet Déchets, performance à durée indéterminée.

     

    En famille

     

    Sophie Castonguay pratique la performance dans des cadres très variés, notamment parce qu’elle se met en relation avec des tableaux, des photographies, des vidéos ou des installations. Et parce qu’elle aime inclure ses semblables. Dans le cas présent, les membres de sa famille. Mais des artistes aussi, invités à trier parmi les matières accumulées.

     

    La famille est indispensable à la réussite du projet Déchets, intrinsèquement lié à la vie au quotidien. Pour Sophie Castonguay, tout repose sur l’acceptation de plein gré de chacun des Marcoux. Il faut dire que les objets, répartis en 200 sacs, ont pris une place importante dans la maison.

     

    « On s’est rapidement retrouvés en présence des objets de notre consommation », dit celle qui assure ne pas vouloir faire de l’écoblanchiment. En même temps, elle aimerait que Déchets fasse réfléchir sur nos manières de consommer.

     

    « Le projet est un fantasme, lié à un sentiment d’impuissance, dit-elle. Comment expliquer à des enfants de 12 ans que nous sommes de grands gaspilleurs, même en faisant attention ? »

     

    Suremballage

     

    L’épicerie familiale, chez les Marcoux, est devenue le reflet d’une vie alimentaire suremballée. Leur premier constat, incisif, se résume en ces mots : « On achète des déchets quand on achète de la nourriture ». Ou encore : « On ne peut pas acheter de la nourriture sans acheter le déchet qui vient avec ».

     

    Matières plastiques, d’autres élastiques, styromousse, cordes… Les artistes sont néanmoins heureux : ces matières donnent lieu à des sculptures étonnantes. Or, pour les obtenir, il y a l’épreuve de vivre comme consommateurs non gaspilleurs.

     

    « Si les gens étaient forcés de faire ce qu’on fait, ils consommeraient moins. C’est quand quelque chose nous dérange que l’on change nos comportements », estime Sophie Castonguay.

     

    Déchets a reçu l’appui financier, à hauteur de 7000 dollars, des municipalités de Val-David et Val-Morin, ainsi que de la MRC des Laurentides.

     

    « [La famille Marcoux] amène à voir les déchets sous un autre angle. Pour nous, c’est une nouvelle façon de faire de la sensibilisation », soutien Nathalie Rochon, spécialiste en gestion des matières résiduelles à la MRC.

     

    La chimiste ne sait pas encore si elle pourra recycler l’initiative de Sophie Castonguay dans d’autres foyers. Mais elle est convaincue que son exemple peut faire réfléchir, tant à des écoliers que des adultes.

     

    L’industrie de l’alimentation, croit-elle, est plus difficile à sensibiliser. Mais Nathalie Rochon est d’avis que les consommateurs, en refusant d’acheter ce qui est suremballé, finissent par se faire entendre.

     

    Entre 2011 et 2015, un photographe français, Antoine Repessé a entassé dans son appartement 70 m3 de détritus, selon Paris Match. Le New-yorkais Rob Greenfield, lui, se promène en ville entouré de sacs d’ordures transparents. Les deux, comme les Marcoux, ont accumulé ce que d’autres jettent. Et si les artistes servaient d’exemple pour faire des déchets une denrée rare ?

    Projet Déchets
    Portes ouvertes, samedi 26 août, entre 10 h et 15 h au 2197, chemin du Relais, Val-Morin.












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