Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Arts visuels

    Vide et plein de vie

    Karilee Fuglem travaille la transparence pour mieux révéler ce qui compte

    5 août 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur à Saint-Hyacinthe | Arts visuels
    Fuglem travaille avec des matières à peine perceptibles. Ici : «Interleaving (Talking to Mom)», 2017.
    Photo: K. Fuglem Fuglem travaille avec des matières à peine perceptibles. Ici : «Interleaving (Talking to Mom)», 2017.

    Artiste de la transparence, de l’invisibilité diront certains, Karilee Fuglem est à l’honneur cet été au centre Expression, à Saint-Hyacinthe. Tout le centre pour elle seule. Aussi bien vous prévenir : l’endroit vibre au vide.

     

    Il y a pourtant beaucoup à voir dans cette mini-rétrospective, intitulée Conditions existantes. Karilee Fuglem peut travailler avec des matières difficilement perceptibles (du fil de nylon ou du papier de soie blanc, dans le cas présent), c’est tout l’environnement de ses oeuvres qui résonne en elles.

     

    La lumière ambiante, les courants d’air, l’architecture : il faut être sur place pour vivre véritablement cet art. La salle principale d’Expression, par ailleurs, n’avait jamais été aussi mise à nu que sous les effets de l’oeuvre intitulée justement Expression.

     

    Sur place, l’escalier au plafond, trace d’un lointain passé, et la fenêtre, pour une fois transpercée par les rayons de soleil, contribuent à l’expérience de cette installation composée de bandeaux suspendus et réfléchissants.

    Photo: K. Fuglem «Expression», 2017, installation in situ: papier intercalaire, polyester, nylon.
     

    Les oeuvres de Fuglem sont comme des filtres qui transforment un phénomène. Ou comme des tamis qui ne retiennent que l’essentiel. Elles sont un passage obligé, un pont entre un monde extérieur (qu’on ne voit plus) et une existence intérieure, plus intime et intrinsèque à chaque individu (qu’on ne révèle pas, au demeurant).

     

    Un peu à la manière d’Olafur Eliasson, exposé cet été au Musée d’art contemporain de Montréal, Karilee Fuglem invite le public à sortir de sa passivité. Mais contrairement à l’artiste européen, la Montréalaise ne s’appuie sur aucun effet spectaculaire. Chez elle, tout est affaire de discrétion et d’introspection. Du besoin de faire le vide, aussi.

     

    Karilee Fuglem est plus philosophe que magicienne. Elle aime écrire aussi et décrire ses états d’âme et ses réflexions, ce que les visiteurs découvriront sur de petits cartels placés ici et là. « J’aime bien les moments pendant lesquels je ne pense à rien », lit-on sur l’un d’eux.

     

    Le deuil, l’absence et des souvenirs tendres sont parmi ses sources d’inspiration, comme elle le révèle dans les brefs textes qui accompagnent les cinq installations de l’expo. A Continous Thread (2005) prend la forme d’une robe, en écho au corps de sa mère décédée. En cours de réalisation depuis 2013, Window (Talking to Dad) — rare série photographique (et à contenu narratif), qui casse néanmoins l’ambiance établie — se construit à partir de rencontres espacées avec le père aujourd’hui nonagénaire de l’artiste.

     

    Il n’y a en apparence rien à voir dans le centre d’exposition de Saint-Hyacinthe. Pourtant, s’y trouve une inépuisable source de choses à comprendre, notamment sur notre manière de percevoir et de profiter de chaque souffle de vie.

     

    Conditions existantes se termine devant un collage de 34 courtes vidéos, réalisées depuis 1995 et animées de ce même intérêt pour des choses vitales et souvent imperceptibles, comme une ombre, le mouvement de l’eau, le rythme du vent…

    Conditions existantes
    De Karilee Fuglem, à Expression, centre d’exposition de Saint-Hyacinthe (495, avenue Saint-Simon), jusqu’au 13 août.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.