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    Entre commémoration et désillusion(s)

    31 juillet 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Les silhouettes des visiteurs de l’exposition d’Olafur Eliasson donnent vie à son œuvre «Maison des ombres» (2010).
    Photo: Sébastien Roy Les silhouettes des visiteurs de l’exposition d’Olafur Eliasson donnent vie à son œuvre «Maison des ombres» (2010).

    Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) présente cet été un programme double un brin décevant. Non pas que les expositions À la recherche d’Expo 67 et Maison des ombres multiples manquent d’intérêt — bien au contraire. Mais ces deux projets vedettes se marchent sur les pieds.

     

    Le MAC a peut-être voulu démontrer son manque criant d’espace. Il donne surtout l’impression de chercher encore sa mission. Que favoriser : le local ou la planète ?

     

    Entre l’exposition retour sur Expo 67, basée sur un appel quasi exclusif à des artistes et à des collectifs canadiens (dont neuf, sur seize, basés au Québec), et la première exposition individuelle au Canada d’un artiste de renommée internationale, Olafur Eliasson, la concurrence est féroce.

     

    La conséquence est néfaste. Une exposition est morcelée, condamnant même Stéphane Gilot à un espace ingrat et anonyme au rez-de-chaussée. L’autre souffre de l’étroitesse de ses salles, les premières surtout.

     

    Quel héritage ?

     

    Cinquante ans plus tard, que reste-t-il d’Expo 67 ? Des vestiges, de vagues souvenirs et l’impression d’un idéalisme miné, avec le temps, par ses paradoxes : le bilan des artistes lancés « à la recherche d’Expo 67 » est mi-figue mi-raisin. Ils en parlent volontiers avec émerveillement — à l’égard de l’inventivité de l’époque, notamment —, non sans pointer la démesure d’un événement à l’héritage plus bidon que béton.

     

    Le parcours au centre-ville de Montréal, en photo, proposé par Simon Boudvin en est le meilleur exemple. L’artiste français fabule certes, mais se demande, avec humour, ce que l’architecture a bien pu retenir des extravagances de 1967. Du fla-fla ?

     

    L’aspect critique empreint d’enchantement est palpable dans Le chemin de l’énigme de Pascal Grandmaison et Marie-Claire Blais. Avec son enrobage sonore, écho lointain d’un site insulaire sauvage, la vidéo décrit une quête archéologique, à la recherche d’une société prometteuse, disparue. Imprégnée de la poésie de Grandmaison (plans lents, cadres serrés, fil narratif ambigu…), elle est l’une des pièces phares de l’exposition.

     

    Le meilleur d’À la recherche d’Expo 67 vient de telles installations vidéo, qui bénéficient d’un espace bien défini. Pensons au projet de Jean-Pierre Aubé, inspiré par le pavillon Kaléidoscope, qui nous pousse dans l’infiniment petit des processus chimiques. Ou à l’histoire de l’humanité en guerre et en images, revue par Emmanuelle Léonard, d’après ce que proposait Charles Gagnon dans Le huitième jour, film conçu pour le pavillon Chrétien. Ou encore au récit d’Althea Thauberger, sorte de dépoussiérage des archives photographiques qui ont servi à définir l’identité canadienne, notamment dans le pavillon du Canada.

     

    Peu importe la source (un pavillon, une oeuvre, l’ensemble du site), le piège de la nostalgie pendait au bout de chaque artiste. La plupart l’évitent en excluant les références explicites à l’Expo. C’est le cas de Chris Salter, dont l’oeuvre sonore et lumineuse s’inspire des Polytopes bruitistes d’Iannis Xenakis, que le géant compositeur grec a lancés à Montréal. Esseulée dans la rotonde du musée, elle semble cependant hors contexte.

     

    À l’inverse, paradoxalement, les propositions de Duane Linklater, du collectif Leisure, et de Mark Ruwedel souffrent de leur cohabitation. On parvient difficilement à les voir autrement que comme un décor, un jeu ou un parcours sentimentaliste. Inégale, brouillonne, À la recherche d’Expo 67 a néanmoins le mérite de ne pas s’en tenir à la béate commémoration.

     

    Sans images

     

    Dominante dans l’exposition sur l’Expo, l’image s’absente chez Olafur Eliasson. Elle y est, mais de manière inusitée, sans l’habituelle projection sur écran. Tout chez l’artiste de Copenhague — du moins, dans les six oeuvres réunies au MAC — repose sur des effets physiques et optiques, nés dans du concret, tel que l’eau, des miroirs ou… le public.

     

    Immersives et participatives à différents degrés, les installations d’Eliasson valsent entre apparition et disparition, entre inertie et mouvement. Un geyser dure le temps d’un flash — l’oeuvre Big Bang Fountain. La pièce titre de l’exposition, l’immense Maison des ombres multiples, ce sont les silhouettes des visiteurs qui l’animent.

     

    Ludique, spectaculaire en simplicité, la signature Eliasson remet en question notre perception du monde, mais aussi notre manière de l’habiter. Avec peu d’objets, l’artiste arrive à transformer de grandes superficies. Dommage qu’on ne lui ait pas permis d’embrasser plus large. Qu’adviendrait-il de la série Mirror Door et de ses ambigus cercles lumineux (réels ou simples reflets ?) dans une salle où le visiteur serait vraiment confronté à elle ?

    À la recherche d’Expo 67 et Maison des ombres multiples
    Musée d’art contemporain de Montréal, jusqu’au 9 octobre












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