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    Des surprises sur la route

    L’exposition «Truck Stop» exploite les haltes routières trop sagement

    29 juillet 2017 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    L’œuvre «in situ» de Rosalie D. Gagné, «ExCroissance», est celle qui occupe le mieux son environnement, en l’occurrence le seul «relais routier» pour camions, ou «truck-stop», de l’expo.
    Photo: Jérôme Delgado L’œuvre «in situ» de Rosalie D. Gagné, «ExCroissance», est celle qui occupe le mieux son environnement, en l’occurrence le seul «relais routier» pour camions, ou «truck-stop», de l’expo.

    Deux cents kilomètres d’exposition, c’est inusité. Par conséquent, l’expérience du visiteur l’est également. L’exposition Truck Stop, c’est un peu ceci : un p’tit tour, et puis on s’en va… reprendre la route. On la découvre au hasard, presque par inadvertance et, surtout, promptement.

     

    Pilotée par les centres d’artistes Clark, de Montréal, et L’Oeil de poisson, de Québec, Truck Stop prend place, littéralement, sur l’autoroute Jean-Lesage, la 20. Une quinzaine d’oeuvres sont espacées entre le kilomètre 117 et le kilomètre 280, direction est comme direction ouest. Les classiques haltes routières accueillent plusieurs d’entre elles, mais aussi d’autres endroits, tels un mur de grange, un terrain vacant ou un ancien ciné-parc.

     

    Truck Stop est née du désir de rapprocher Québec et Montréal, plutôt que de celui d’entretenir une frivole rivalité. La principale route qui les relie n’est plus dès lors le no man’s land qu’on est obligé de traverser, mais bien un territoire vivant.

     

    Il est vain d’espérer voir l’expo dans sa totalité. Plusieurs des propositions, de nature performative, sont de courte durée, une fin de semaine ici, une soirée là. Surtout, l’étendue de la manifestation, sa fragmentation (un artiste à la fois) et l’absence de liant thématique placent les oeuvres dans une relation de seul à seul avec un lieu. Il s’agit de 15 mini-expos, et non d’une seule.

     

    Anomalies et excroissances

     

    Dans ces conditions où le public est peu attentif à l’art, les artistes qui s’en tirent le mieux sont ceux qui proposent les plus brutales anomalies dans le paysage. C’est le cas de l’immense icône « play » — Se jouer du réel, de Patrick Bérubé —, posée sur une vieille ferme. Même si l’oeuvre n’est perceptible que de la route, et ne serait-ce que durant une fraction de seconde, ça suffit pour faire travailler les neurones.

     

    L’art public abuse souvent de la monumentalité. La démesure de Bérubé se justifie néanmoins comme un commentaire sur la trop grande importance que la technologie numérique a pris au quotidien. On la voit même dans notre soupe. Alors, qu’elle surgisse à l’horizon…

    Photo: Jérôme Delgado «Interzone 3» de Mathieu Latulippe
     

    Désormais une récurrence dans les expos dans l’espace public, à Québec comme à Montréal, la photographie est présente sans surprise dans Truck Stop. Les images deviennent banales, même dans une halte routière, exceptée peut-être l’oeuvre Interzone 3, de Mathieu Latulippe. Ce futuriste plan immobilier pour un site bucolique, aux détails hyperréalistes, donne la frousse. Aucune frontière ne semble résister au pouvoir de l’argent.

     

    Plus poétique, la série de panneaux littéraires que Gisele Amantea a imaginée pour évoquer le passé abénaquis de la région a de quoi interpeller les plaisanciers. Or, c’est dans la répétition que ses Vers en bord de route parlent le mieux.

     

    Amantea est la seule à avoir le luxe de plusieurs sites (quatre haltes routières), mais ce n’est que dans l’arrêt à Saint-Anne-de-Sault, où elle exploite un sentier secondaire, que l’oeuvre fonctionne vraiment bien.

     

    Saint-Anne-de-Sault, Saint-Germain-de-Grantham, Laurier-Station… Pour la grande majorité, ces localités demeurent de grandes méconnues. Mais Truck Stop n’exploite ni la toponymie ni la quête touristique. Dommage, car les quelques cas qui nous font rentrer un peu dans les terres prouvent que oui, il y a bien (eu) une vie en marge de la 20.

    Photo: Jérôme Delgado «Vers en bord de route» de Gisèle Amantea
     

    Il faut encore la trouver, mais l’installation qui vibre au vent de Camille Bernard-Gravel nous pousse dans l’industrielle Laurier-Station. L’Orchestre d’hommes-orchestres, collectif qui comprend des femmes aussi, jouera sur le terrain du restaurant-hôtel Le 4 saisons, à Notre-Dame du-Bon-Conseil (voir l’encadré ci-dessus). L’endroit a le charme des années écoulées, dominé notamment par une frêle enseigne d’une autre époque.

     

    De tout cet éventail de propositions, l’oeuvre in situ de Rosalie D. Gagné est celle qui occupe le mieux son environnement, en l’occurrence le seul « relais routier » pour camions, ou truck-stop, de l’expo.

     

    Sa structure gonflable, intitulée ExCroissance, repose à cheval sur deux bâtiments, de manière à la fois festive et lugubre. Pas de fête foraine aux alentours, pourtant.

     

    L’objet, gigantesque, a davantage des airs d’une abstraite créature qui aurait envahi un relais, composée d’un restaurant, d’un stationnement et d’une station de diesel. L’endroit, presque vide, respire la fin du monde, comme si cette planète qui carbure au pétrole, aux poids lourds et au béton avait fini par faire fuir toute humanité.

    Un Convoi d’objets Le temps d’une performance sur quatre jours, le collectif L’Orchestre d’hommes-orchestres stationne son musée ambulant aux abords du complexe Le 4 saisons, situé entre l’autoroute 20 et la municipalité de Notre-Dame-du-Bon-Conseil. L’oeuvre Convoi consiste à la fois en une série d’objets accumulés au fil des années et en une rencontre avec le public animée par « des propositions libres, ouvertes, inventives et délibérément chaotiques ». Jusqu’au 1er août. La soirée du samedi 29 juillet sera agrémentée du lancement du livre Pas encore mort.
    Truck Stop
    Le long de l’autoroute Jean-Lesage, jusqu’au 19 août.












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