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    Sébastien Cliche revisite les utopies urbanistiques

    17 juin 2017 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    L’installation fait ressortir la dimension utopique des projets historiques évoqués, des fictions que l’artiste cherche à nous faire explorer.
    Photo: Sébastien Cliche L’installation fait ressortir la dimension utopique des projets historiques évoqués, des fictions que l’artiste cherche à nous faire explorer.

    Parmi tous les modèles mis en avant en matière d’aménagement urbain, celui du cercle s’est imposé plus d’une fois dans l’histoire. L’artiste Sébastien Cliche en relate quelques occurrences dans son installation qui propose l’inverse de la table rase fondant habituellement ce genre de plan aux aspirations utopiques.

     

    C’est d’ailleurs une longue table de travail circulaire qui agit comme présentoir pour un attirail d’éléments évoquant de près ou de loin ces plans qui ont en commun d’épouser la forme ronde. Des cartes, des maquettes, des lentilles et des instruments de mesure s’accumulent sur la surface qui se structure en étages. S’il fallait, pour ces projets urbains, partir de zéro, ici, c’est tout le contraire. Les couches d’histoire se superposent, des temporalités s’inscrivent dans la matière, donnant cette impression de sédiments, voire de fossiles.

     

    Des documents épars attribuent des créations passées à l’histoire : le projet de l’architecte Claude Nicolas Ledoux avec ses maisons des gardes agricoles parfaitement sphériques, le modèle de village circulaire planifiée par Robert Pemberton pour des colonies en Nouvelle-Zélande ou Epcot, la ville future que Walt Disney avait imaginée. Comme idéal d’ordre harmonieux et d’unité, le concept ne cesse de revenir, même aujourd’hui, avec l’exemple du Black Rock City dans un désert du Nevada qui se recrée année après année durant le festival Burning Man. C’est aussi le panoptique des frères Bentham, plus terrifiant, tel qu’analysé par Michel Foucault en tant que dispositif de surveillance présent dans les sociétés avides de contrôle.

     

    Cliche pousse avec brio un cran plus loin la récursivité qui est au coeur de sa démarche. Tous ces modèles urbanistiques et architecturaux sphériques font écho à la circularité souvent traitée dans ses oeuvres antérieures par les phénomènes de la boucle ou de la vidéo en circuit fermé. Cette technologie de surveillance est également exploitée dans l’installation. Plusieurs caméras miniatures y sont nichées avec des moniteurs qui restituent en temps réel des images en noir et blanc de détails scrutés, et parfois même notre présence. Tout s’emboîte par des mises en abyme.

     

    Or, la clarté recherchée par la figure du cercle se trouve contrecarrée. Le pouvoir accordé au regard grâce à un dispositif comme le panoptique, qui permet de balayer des yeux depuis l’intérieur une structure, opère autrement. La position occupée au centre de l’installation nous rend en effet plutôt vulnérables, dans l’angle des caméras qui multiplient les pièges à regard et qui trompent par des jeux d’échelle et de représentation.

     

    Croissances multiples

     

    L’installation fait ressortir la dimension utopique des projets historiques évoqués, des fictions que l’artiste cherche à nous faire explorer. L’oeuvre s’incarne également par un travail de la matière qui se fait plus tangible et qui expose un certain plaisir pour le bricolage. Les composantes de maquette en plâtre, en carton mousse et en contreplaqué, ainsi que les outils nous ramènent constamment au processus de travail de l’artiste, un foisonnement d’idées dans le chantier de son atelier.

     

    Les « nouveaux développements » invoqués dans le titre sont donc autant une allusion à la production récente de l’artiste que les projets planifiés d’expansions urbanistiques. Sur les deux plans, l’installation active des mouvements de rétrospection et de prospection, entremêlant ce qui appartient au passé ou au futur. Il ne semble pas y avoir de point d’origine ni de direction unique vers laquelle se tourner, laissant présager des voies de croissance multiples. La fiction développée par Cliche offre plusieurs ouvertures, tout en rappelant le désir d’autarcie et d’autosuffisance implicite à certaines utopies urbanistiques fondées sur le cercle.

     

    Puisque l’exposition s’inscrit dans le cadre d’Un million d’horizons (1 x 19 = 1 000 000) (voir encadré) soulignant le 375e de Montréal, elle se présente aussi comme une occasion de réfléchir sur la ville, son aménagement comme la particularité de son insularité. Les villes d’aujourd’hui, Montréal y compris, perpétuent des manières de contrôler les espaces publics et continuent de se développer selon des modèles planifiés. Ceux-ci sont peut-être différents du cercle, mais sont néanmoins motivés par une vision dont les intérêts et les valeurs socio-économiques sont révélateurs des façons de vivre ensemble et d’occuper le territoire.


    Un million d’horizons (1x19 = 1 000 000) C’est le titre d’une ambitieuse programmation d’expositions du réseau Accès culture, qui a lieu pour le 375e de Montréal. La commissaire Nathalie Bachand est derrière ce vaste projet qui réunit dans le même événement pour la première fois toutes les maisons de la culture et les lieux de diffusion municipaux. Variées, les expositions abordent la question du territoire, dont parfois celui de la métropole, dans ses multiples dimensions et feront progressivement promener les visiteurs aux quatre coins de l’île. C’est par exemple l’image vidéo renversée d’une épave sur la côte du Sri Lanka (Pavitra Wickramasinghe, notre photo), une embarcation de fortune insistant sur un usage paradoxal des ressources (Éric Sauvé) ou le dessin animé d’une île en mutation (Lysanne Picard et Joanna Chelkowska) dans une exposition de groupe à la Maison de la culture de Rosemont–La Petite-Patrie. C’est encore 30 autres expositions en cours ou en voie d’ouvrir, dont certaines seront visibles jusqu’au 9 septembre.
    Nouveaux développements
    De Sébastien Cliche à la Maison de la culture Maisonneuve, 4200, rue Ontario Est, jusqu’au 3 septembre.












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