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    «Make France great again!»

    C’est fascinant de parcourir un pays en train de bouger. Je suis rentrée de France après Cannes, Paris et une pause en Bourgogne, où l’élection d’Emmanuel Macron faisait souffler un vent d’espoir. Tant de Français peinaient à supporter la présidence, dite normale, de François Hollande. Et comment pouvait-il se prétendre normal au milieu des dorures de l’Élysée ? Hérésie ! On le lui fit bien voir…

     

    Persistante, cette impression qu’ils veulent un monarque capable de redorer le blason de la France dans l’arène internationale, pour mieux apaiser l’ego collectif meurtri par un affaissement d’influence. Alors, quand le jeune président français a détourné la devise de Trump : « Make America great again » en « Make our planet great again », slogan repris dans plusieurs pays, on sentait l’échine de son peuple frémir de fierté.

     

    « Make France great again ! » semblent lui réclamer ses nouveaux « sujets ». J’ignore combien de temps durera cette lune de miel, mais Emmanuel Macron comprend ce que les Français lui réclament comme charge symbolique et respecte jusqu’à maintenant ses engagements. Quand il s’est imposé face à Trump comme à Poutine, les mentons de l’Hexagone semblaient se relever en cadence. Pour la gestion de ses politiques, ça reste à voir, mais côté image, bingo !

     

    Sans compter qu’Emmanuel Macron impressionne son monde par sa maîtrise de l’anglais, plutôt mal parlé en France, mais perçu comme branché, colonisant à plein les domaines de la publicité et de l’affichage. Ça leur prendrait une loi 101…

    Photo: Musée d'Orsay Dans «Arbres sur un fond jaune» (détail) du Français Odilon Redon (1901), exposé au Musée d’Orsay, à Paris, l’ocre du soleil et des fleurs se marie dans un monde enchanté.
     

    Son discours dans la langue de Shakespeare, après le retrait américain de l’accord sur le climat, coup fumant médiatique, constituait quand même une première dans la bouche d’un président de l’Hexagone. En ce sens, ses mots relevaient de l’abdication de sa langue au profit de l’idiome international dominant. Non, ce n’est pas sous son règne que le français retrouvera chez lui ses lettres de noblesse. L’Amérique les fascine trop pour ça.

     

    À Cannes aussi, dans les communications, l’anglais gagne du terrain. Les générations montantes devraient tôt ou tard ébranler le socle linguistique. Quand on leur dit ça, bien des Français nous trouvent d’arrière-garde. Ils haussent les épaules, maîtrisent leur langue sans sentir de menace planer. Et pourtant…

     

    Mystique des paysages

     

    À Paris, déambulant jusqu’au Musée d’Orsay, je me suis arrêtée dans un resto, non loin du ministère des Affaires étrangères, dit le Quai d’Orsay, parce qu’il loge au 37 de cette enseigne, dans l’ancien quartier aristocratique du faubourg Saint-Germain.

     

    Le midi, les conversations des offices reprennent dans la rue puis au resto, en anglais évidemment, entre Chinois, Britanniques, Français et Argentins de tables voisines, qui refont le monde, tout en lorgnant les femmes et en s’enfilant les bons crus de la maison. Paris, ville éternelle…

     

    J’aime le Musée d’Orsay pour ses collections et son élégance d’ex-gare de la Belle Époque, qui servit de décor au Procès de Kafka, version Orson Welles.

     

    Et puis, l’exposition (sur ses cimaises jusqu’au 25 juin) Au-delà des étoiles, sous-titrée Le paysage mystique de Monet à Kandinsky, m’attirait. Par son thème reliant les œuvres à portée spirituelle, avec ou sans dieu, d’artistes de la fin du XIXe et du début de XXe, elle ouvrait la porte à tous les mystères.

     

    Le président du Musée d’Orsay, Guy Cogeval, qui dirigea le Musée des beaux-arts de Montréal, doit bien être pour quelque chose dans cette envie d’ériger des ponts entre les continents artistiques.

     

    Cette exposition est orchestrée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario. Plusieurs œuvres en provenance d’Amérique du Nord, surtout canadiennes, des membres du Groupe des Sept, entre autres, voisinent les toiles de Van Gogh, Chagall, Gauguin, Monet, Klimt, Odilon Redon et autres grands maîtres européens. Bien des Parisiens, moins familiarisés avec la sauvagerie des paysages nordiques de Lawren Harris ou de Tom Thomson qu’avec la cathédrale de Rouen et les nymphéas captés par Monet à la barre du jour ou en plein midi, découvrent les œuvres canadiennes avec grand intérêt.

     

    Une aura magique enveloppe toute cette exposition. L’interprétation symbolique ou impressionniste de la lumière colore les forêts, les meules, les montagnes, la neige ou l’eau. Rarement a-t-on vu des tableaux regroupés sous un chapeau aussi métaphorique.

     

    Sur un mur, le sonnet de Baudelaire Correspondances, qui dépeint la nature comme un temple aux vivants piliers où tous sens humains communiquent à travers des forêts de symboles, donne le la. Vue par Gauguin et les Nabis, l’approche contemplative de la nature, comme théâtre de changement perpétuel, débouche sur cette vision cosmique du monde.

     

    Le soleil d’Edvard Munch, appel mystique en lignes concentriques, se veut inspiré d’Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche et de L’évolution créatrice de Bergson. Peinture, philosophie et littérature se répondent. Avec nombreux échos au texte Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier de Wassily Kandinsky parmi ses œuvres.

     

    Merveilles de l’exposition : Le semeur de Van Gogh et La vision après le sermon de Gauguin, aux compositions harmoniques et chromatiques idéales. Dans Arbres sur un fond jaune d’Odilon Redon, l’ocre du soleil et des fleurs se marie dans un monde enchanté.

     

    Une pièce est consacrée à Emily Carr, fille de la Colombie-Britannique, et à l’Américaine Georgia O’Keeffe ; voix féminines d’exception dans ce monde d’artistes masculins. Arbres dans le ciel d’Emily Carr, sur paysage mi-dévasté, mi-sublimé, s’impose comme une œuvre d’élévation pure, où la forêt s’invite au ciel.

     

    À la sortie de l’exposition, on n’est plus à Paris, ni chez l’artiste de la côte de Vancouver ni à Arles avec Van Gogh. Flottant quelque part entre les dimensions, avec l’impression de déboucher dans la vraie gare d’Orsay, en émergeant d’un train venu d’ailleurs.













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