Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Arts visuels

    Les artistes demandent l’abolition des taxes foncières

    Le regroupement Pied carré fonde ses espoirs dans la future politique culturelle

    Les artistes Francine Lalonde et Renée Lavaillante dans un atelier au Pôle de Gaspé
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les artistes Francine Lalonde et Renée Lavaillante dans un atelier au Pôle de Gaspé

    Les artistes liés au projet Pied carré n’en peuvent plus. Occuper un atelier au Pôle de Gaspé, appellation non officielle de deux bâtiments jumeaux de l’avenue de Gaspé, dans le Mile-End, leur coûte 75 % de plus que prévu en 2013. Une soixantaine d’entre eux lance un cri d’alarme à quelques semaines de l’approbation de la Politique de développement culturel 2017-2022 par la Ville de Montréal, prévue en juin.

     

    Les signataires de la lettre « L’espoir trahi d’une communauté » dénoncent la hausse brutale des taxes foncières et des frais supplémentaires exigés par le propriétaire. « Le projet de Pied carré [tel que formulé en 2013] était de garder les ateliers abordables. Là, on se sent comme des citoyens bernés », dit Renée Lavaillante, qui a piloté, avec quatre de ses collègues, l’actuelle sortie publique.

     

    Des artistes ont dû réduire leurs espaces de travail, alors que d’autres ont préféré quitter le secteur — et pas les moindres. Mathieu Beauséjour, pilier de la présence des artistes dans ces anciennes manufactures, est parti. Valérie Blass, « qui vit de son oeuvre », rappelle Renée Lavaillante, s’est installée dans le quartier Chabanel, plus au nord et pas encore embourgeoisé.

     

    « Les taxes et frais représentent maintenant environ les deux tiers des factures mensuelles », reproche le groupe de signataires.

     

    Pour contrer la gentrification

     

    Regroupement d’artistes, Pied carré est né au moment où la gentrification du quartier vivait ses balbutiements. La complexité du modèle de l’organisme et les règles dictées par le marché immobilier ont minimisé ses actions. L’organisme avait néanmoins obtenu 8 millions de dollars de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec pour aménager les espaces et pour inciter l’entreprise propriétaire, Allied Properties, à louer quatre étages à un tarif préférentiel.

     

    Depuis 2013, Pied carré sous-loue 70 % de ses espaces à des artistes à des prix très bas et le reste à des entreprises culturelles au plein prix. L’entente, qui limite la hausse annuelle du loyer de base à 3 %, doit durer 30 ans.

     

    Si le loyer n’a pas changé, le marché a néanmoins modifié la donne. Les informations fournies par la Ville et par Pied carré s’accordent pour rappeler, par exemple, que l’immeuble du 5455, avenue de Gaspé a été vendu en 2011 pour la somme de 37,8 millions de dollars, alors que sa valeur dépassait à peine les 8 millions en 2008.

     

    « Nous avons les mains liées, reconnaît Stéphanie Beaulieu, artiste et vice-présidente du conseil d’administration de Pied carré. On a négocié, mais on ne peut pas régler le problème plus vite que ce que la Ville de Montréal fait. Ça ne sert à rien de sortir dans les médias et de bousculer la planète entière. »

     

    Un espoir

     

    Stéphanie Beaulieu est d’avis que la situation est invivable, mais il y a encore espoir. « Le projet, j’y crois, mais je ne sais pas si les artistes vont tenir assez longtemps », dit celle qui gagne sa vie autrement que par sa pratique artistique.

     

    Selon elle, Allied Properties n’est pas le méchant propriétaire que parfois certains décrivent. La preuve, signale-t-elle : l’entreprise a accepté de suspendre en 2017 les frais d’exploitation.

     

    Du côté municipal, elle mise sur la future politique culturelle. C’est dans cette perspective que la Commission sur la culture, le patrimoine et les sports a tenu des consultations cet hiver. Parmi la quarantaine de recommandations approuvées lors de l’assemblée publique du 4 mai, l’organisme suggère de revoir la taxation.

     

    « La Commission recommande à l’administration [du maire Coderre] de soutenir le développement d’ateliers d’artistes […], d’étudier la possibilité de mettre en place un mécanisme de réduction des taxes foncières pour les usages “ateliers d’artistes” », lit-on dans un document en ligne.

     

    À la Ville, on n’a pas voulu commenter la situation. Selon les procédures, les recommandations seront présentées au Conseil municipal de mai et la politique, qui devrait y faire écho, sera adoptée lors du Conseil municipal de juin.

     

    « Pour sauvegarder le projet de Pied carré, il est urgent de supprimer les taxes foncières. Le propriétaire doit aussi accepter de revoir rapidement la distribution des frais. À défaut de quoi, les 8 millions de dollars de fonds publics qui devaient assurer la pérennité des espaces de création n’auront servi, accusent les signataires de la missive, qu’à enrichir un empire immobilier. »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.