La Biennale de Montréal n’a pas payé tous ses artisans

Au Pôle de Gaspé, la Biennale de Montréal avait notamment présenté un film de l’artiste libanais Haig Aivazian, «Not Every Day is Spring».
Photo: Biennale de Montréal Au Pôle de Gaspé, la Biennale de Montréal avait notamment présenté un film de l’artiste libanais Haig Aivazian, «Not Every Day is Spring».

La Biennale de Montréal n’est pas seulement étêtée. Elle est aussi aux prises avec des paiements en retard. Des fournisseurs et même des artistes attendent toujours de recevoir leur dû, trois mois après la fin de l’édition 2016.

Joint au téléphone, Cédric Bisson, président du conseil d’administration de l’organisme et son seul porte-parole depuis le départ en janvier de la directrice Sylvie Fortin, a reconnu la situation. Il n’a voulu révéler ni chiffres ni le nombre d’individus affectés.

Le commissaire belge, Philippe Pirotte, a lui été bel et bien rétribué ?

« Euh… vous devriez demander à », balbutie Cédric Bisson. « Je ne peux pas répondre pour une personne en particulier », finit-il par dire.

« La Biennale a l’intention de payer tous ses fournisseurs, toutes les personnes qui ont travaillé. C’est une question de principe », reconnaît cependant l’associé de la firme gestionnaire de fonds privés Teralys Capital.

Dans un court entretien téléphonique avec Le Devoir, Cédric Bisson n’a pas voulu confirmer si tous les artistes avaient reçu leur cachet. Il s’est seulement avancé pour dire que tous ceux « qui ont soumis une facture ont été payés ».

C’est le cas notamment de la vidéaste-performeuse Myriam Jacob-Allard et du collectif PME-ART. « Nous sommes une équipe, nous sommes plutôt bien structurés, mais je sais que, pour certains artistes, c’est difficile de gérer ça », confie Sylvie Lachance, codirectrice de PME-ART. Malgré tout, dans le cas de ce collectif, le cachet est arrivé plusieurs semaines et courriels après sa participation à l’événement.

En attente de 600 $

Samuel Garrigo Meza n’est pas artiste, mais technicien. Il a été engagé par la Biennale de Montréal pour procéder au montage et au démontage d’oeuvres exposées dans les espaces loués au Pôle de Gaspé.

À la mi-décembre, soit à la fin de son travail, il a envoyé une facture de 600 $ à la directrice Sylvie Fortin. Comme il n’avait toujours pas reçu son chèque en janvier, il a renvoyé un, puis deux, puis plusieurs courriels. Samuel Garrigo Meza a su à ce moment qu’il n’était pas seul dans cette situation.

« Sylvie Fortin me répondait qu’on allait être payé, que les chèques allaient être signés la semaine suivante », raconte-t-il. Et puis la directrice a quitté son poste, le 31 janvier.

En février, par l’entremise de l’ex-assistante de Mme Fortin, Katie Rotman, le technicien a reçu un coup de massue. « Pour la première fois, on a appris qu’il n’y avait pas d’argent pour nous payer », dit-il, évoquant son cas et celui de trois de ses collègues. « C’est curieux que ce soit moi qui vous parle, parce que je suis celui qui attend la plus petite somme », avoue-t-il.

En mars, la situation a failli s’envenimer lorsqu’il a reçu l’état de ses revenus aux fins de déclaration de revenus. « Je devais déclarer quelque chose que je n’avais jamais reçu », dit-il. Ça s’est en partie réglé : il a reçu un T4-A corrigé, mais ses honoraires, eux, restent impayés.

Concours prolongé

Cédric Bisson admet être attristé par la situation actuelle. Sans en attribuer la responsabilité à l’ancienne directrice, il prétend que ce sont des problèmes de liquidités — ou « cash flow », dans ses mots — qui expliquent les retards de paiement.

« C’est une question de fonds internes à la Biennale, qui ne concerne pas la presse. Dans les organisations de très grands événements, quelquefois l’état des revenus et des dépenses n’est pas idéalement arrimé. Ça peut arriver, ce n’est pas de la mauvaise volonté », consent-il à dire.

Cédric Bisson assure que la Biennale de Montréal n’est pas morte, rappelant que l’objectif est de revenir avec une 10e édition, en 2018. Tout le monde sera payé, de son propre aveu, « avant ou au moment » de choisir la nouvelle tête dirigeante.

La nomination d’un directeur ou d’une directrice, par ailleurs, vient d’être retardée pour une énième fois.

« On avait décidé de prolonger le concours jusqu’au 1er mai, on est obligé de le prolonger de quelques semaines encore », affirme M. Bisson.

Faute d’avoir trouvé la bonne candidature ? « Du tout, riposte-t-il. On a eu de bonnes candidatures, mais on veut donner la chance à tout le monde de pouvoir soumettre la sienne. On veut être sûr d’avoir la meilleure personne. »