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    À la recherche d’Expo 67

    S’inspirer des icônes

    22 avril 2017 | Jérôme Delgado - Collaboration spéciale | Arts visuels
    «Un jour, One Day» (arrêt sur image), Cheryl Sim, 2017. Dans cette œuvre, l’artiste montréalaise a plongé dans les photos de ses parents, venus vivre ici en 1967 leur lune de miel.
    Photo: Cheryl Sim «Un jour, One Day» (arrêt sur image), Cheryl Sim, 2017. Dans cette œuvre, l’artiste montréalaise a plongé dans les photos de ses parents, venus vivre ici en 1967 leur lune de miel.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Il est d’usage d’affirmer que Montréal, il y a 50 ans, s’ouvrait au monde. Qu’elle en devenait sa capitale, le temps des six mois d’Expo 67, fête rassembleuse teintée de paix et d’humanisme. On oublie souvent, par contre, de rappeler que les îles Notre-Dame et Sainte-Hélène auront été de véritables tests pour plusieurs têtes créatrices, des pionniers de l’envergure de Buckminster Fuller, Iannis Xenakis ou Graeme Ferguson, un des pères du cinéma IMAX.

     

    Cinquante étés plus tard, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) propose de replonger dans l’effervescence novatrice de l’époque avec l’exposition À la recherche d’Expo 67. Pour l’occasion, seize artistes ont été invités à créer une oeuvre à partir de cette Exposition universelle, la seule à s’être tenue au Canada — celle de Vancouver, en 1986, étant considérée comme « spécialisée ».

     

    Sorte d’exposition sur l’Expo, le projet du MAC n’a pas de visées documentaires. Ni nostalgiques, précise Lesley Johnstone, chef des expositions et de l’éducation au musée du centre-ville. À la recherche d’Expo 67 se pose plutôt en relais des trouvailles architecturales, sonores ou filmiques des Fuller, Xenakis et autres Ferguson.

     

    « Le défi pour chacun des artistes est justement de ne pas être nostalgique, de ne pas essayer de recréer ce qui est impossible. On ne peut pas montrer l’Expo dans toute son ampleur », dit celle qui signe avec une chercheuse de l’Université Concordia, Monika Kin Gagnon, le commissariat d’À la recherche d’Expo 67.

     

    Ne pas tout montrer, mais surtout montrer, ou rappeler la part oubliée de l’été 1967, sa forte teneur expérimentale. « C’est ce qu’on voulait faire, parler de ce qu’on connaît mal d’Expo 67 », dit la porte-parole du MAC.

     

    Les projets, qui seront dévoilés à la mi-juin, prendront parfois une facture vintage. Lesley Johnstone ne s’en fait pas, tant qu’il s’agit de « bonnes oeuvres pour un public d’aujourd’hui ».

     

    Architecture, cinéma, son

     

    Projet d’envergure avec son lot d’oeuvres inédites, À la recherche d’Expo 67 réunit les intérêts des deux commissaires. Lesley Johnstone songeait depuis longtemps à travailler autour des pavillons d’Expo 67, alors que c’est le cinéma expérimental de l’Exposition universelle qui intéressait Monika Kin Gagnon. Cette dernière, à la tête d’un groupe de recherche sur le sujet, est la fille de l’artiste Charles Gagnon, auteur du Huitième jour, un des films dévoilés à l’Expo.

     

    C’est d’ailleurs là où Charles Gagnon s’est arrêté, lui qui proposait un survol du XXe siècle, que commence l’oeuvre d’Emmanuelle Léonard, intitulée Le huitième jour 1967-2017. Il s’agit d’un film-collage, similaire à celui de Gagnon, et donc destiné à dresser un portrait de l’humanité à partir d’images de guerre trouvées ici et là. « Elle a repris la structure narrative de Charles et fait des recherches sur Internet », dit Lesley Johnstone, admettant avoir été surprise par la proposition.

     

    On se serait attendu à ce qu’Emmanuelle Léonard, qui a une pratique proche du documentaire, cherche à recueillir des témoignages d’Expo 67. Or, comme beaucoup de ses collègues, elle a préféré parler du passé autrement.

     

    Krista Belle Stuart, artiste de Vancouver aux racines autochtones, fera revivre le pavillon Indiens du Canada à l’aide, notamment, du portrait de sa mère qui s’y trouvait. Cheryl Sim, de Montréal, a plongé dans les photos de ses parents, venus vivre ici en 1967 leur lune de miel. Sa proposition consiste en un vidéo-clip porté par la chanson officielle de l’Expo, Un jour, un jour, de Stéphane Venne.

     

    Architecture, cinéma et musique, ou spatialisation du son, sont les grands axes d’À la recherche d’Expo 67. Le design du pavillon du Québec a inspiré une nouvelle installation à Stéphane Gilot, connu pour son travail de maquettes. Philip Hoffman — un artiste ontarien, et non pas le défunt acteur américain — a travaillé à partir d’images tirées de films éducatifs de l’époque. Autre artiste des Premières nations, Geronimo Inutiq, lui, a repris des sources sonores liées à Katimavik — « lieu de rencontre », en inuktitut —, la pyramide renversée qui accompagnait le pavillon du Canada.

     

    Icônes

     

    Sans être nostalgique de 1967, Lesley Johnstone jalouse presque la liberté créatrice qui a eu cours lors de l’Expo. Et constate avec émerveillement son succès populaire.

     

    Les mains occupées à feuilleter Reimagining Cinema.Film at Expo 67 (2014), le livre réunissant les études du groupe de recherche de Monika Kin Gagnon, elle lâche un « c’est fabuleux ! » devant les pages consacrées au pavillon thématique « L’homme interroge l’univers ». C’est là que Graeme Ferguson projetait La vie polaire, considéré comme le précurseur des films IMAX.

     

    « C’était comme ça toutes les 20 minutes, pendant toute l’Expo 67 », confie Lesley Johnstone, les yeux rivés devant une photo montrant l’auditoire de cette oeuvre. Le MAC ressuscitera en juin La vie polaire dans un format réduit, sur trois écrans plutôt que sur les onze originaux.

     

    Icône d’Expo 67 parmi les icônes, le dôme géodésique de Buckminster Fuller, lui, toujours debout pour abriter la Biosphère, deviendra pour les besoins du MAC, un émetteur radio. Ce sera fait sous le doigté de l’artiste Charles Stankievech, qui s’intéresse aux paradoxes technologiques légués par les années 1960 et par la guerre froide. Et dans le cas des solutions architecturales de Fuller, par le fait qu’elles aient servi à des fins militaires dans l’Arctique canadien.

     

    Chris Salter, autre chercheur de Concordia, s’est lui abreuvé chez Xenakis, le compositeur grec qui a occupé le pavillon de la France avec son premier Polytope — une série de spectacles son et lumière. L’installation de Salter, destinée à la rotonde du MAC, est une des trois oeuvres déjà existantes qui s’ajouteront aux seize oeuvres commandées pour l’occasion.

     

    Parmi les autres figures artistiques de 1967 qui seront citées, notons la grande dame de l’architecture paysagiste, Cornelia Hahn-Oberlander, dont le terrain de jeu aura inspiré une oeuvre au collectif Leisure Project. Les murales qu’Alex Janvier et Norval Morrisseau avaient réalisées pour le pavillon Indiens du Canada, souvent considérées comme les premiers exemples d’un art autochtone contemporain, donneront lieu à une intervention in situ, dans le musée de Duane Linklater.

     

    Enfin, parmi les icônes disparues de l’Expo, c’est sans doute le minirail qui sera ressuscité de la manière la plus réaliste. Un film de David K. Ross, réalisé avec les technologies novatrices de notre époque, un drone en l’occurrence, suivra le parcours du train, à la hauteur appropriée (à 12 mètres du sol), mais sans cacher son état actuel, 50 ans après la tenue de l’événement.













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