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    Arts visuels

    Carl Trahan explore les liens tordus entre l’écriture et la politique au MNBAQ

    6 avril 2017 | Jérôme Delgado - Collaborateur à Québec | Arts visuels
    Le volet «italien» de l’exposition «Parce qu’il y a la nuit» est plus lumineux, avec des œuvres en néon en référence aux futuristes. «Le néon est aussi lié à la pub, à la propagande», rappelle l’artiste Carl Trahan. Notre photo: Ewig (Sütterlin), Carl Trahan, enseigne au néon, 2012.
    Photo: Idra Labrie MNBAQ Le volet «italien» de l’exposition «Parce qu’il y a la nuit» est plus lumineux, avec des œuvres en néon en référence aux futuristes. «Le néon est aussi lié à la pub, à la propagande», rappelle l’artiste Carl Trahan. Notre photo: Ewig (Sütterlin), Carl Trahan, enseigne au néon, 2012.

    Deux mois après l’inauguration de la Manif d’art entre ses murs, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) lance ce jeudi deux expositions, cette fois entièrement maison. L’une est consacrée à Carl Trahan, deuxième lauréat du prix MNBAQ en art actuel, rare récompense dans le domaine par un musée québécois. L’autre, intitulée Le temps file, exploite la collection de l’établissement à travers la vanité, thème pictural qui ne se démode pas.

     

    Doté de quatre volets (10 000 $ en bourse, 50 000 $ en acquisition d’oeuvres par le musée, exposition, publication), le prix MNBAQ en art actuel est attribué à un artiste québécois avec une carrière de plus de 10 ans. En 2014, Diane Morin en a été la première lauréate.

     

    Primé en 2016, Carl Trahan reçoit ainsi une sorte de consécration. Porté par le dessin, l’écriture et d’électrisants néons, Parce qu’il y a la nuit est son premier solo et même une de ses premières présences dans un musée.

     

    Langue, politique et esthétique

     

    Conservateur de l’art actuel au MNBAQ et membre du jury qui a choisi Trahan parmi trente candidatures, Bernard Lamarche considère que la qualité de son oeuvre tient à « un travail sur la langue, sur la manipulation de la langue et sur différentes énigmes politiques ». La beauté de la chose, ajoute-t-il, c’est que le prix récompense encore un artiste sans galerie. « Ce n’est pas un critère, mais un adon », précise-t-il.

     

    Ses intérêts pour la langue, Carl Trahan les a toujours eus, en bon Québécois francophone qui a voulu apprendre l’anglais. Des séjours en Allemagne au début des années 2000, suivis d’un exil de sept ans à Berlin, en ont fait un trilingue. L’italien est venu se greffer ensuite. Sa réalité polyglotte est au coeur d’une expo ponctuée par le texte, la citation, la traduction.

     

    Parallèlement à cette ouverture sur le monde, Trahan se penche sur l’histoire, la politique comme l’esthétique. Les liens entre le IIIe Reich et la typographie et ceux entre le régime de Mussolini et le mouvement futuriste colorent les 17 oeuvres exposées.

     

    « Hitler a imposé la police Fraktur comme la typographie nationale. Elle est une imitation de l’écriture à la plume des moines, qui est brisée, fracturée, sans ligne continue », résume l’artiste.

     

    La série de dessins 7 (les mots les plus terribles du national-socialisme), de 2011, manifeste cette manière de replonger dans un passé tabou. Le volet « italien » de l’expo est plus lumineux, avec des oeuvres en néon en référence aux futuristes. Ceux-ci voulaient abolir les frontières entre la nuit et le jour et appréciaient les villes électrifiées. « Le néon est aussi lié à la pub, à la propagande », rappelle Carl Trahan, qui a par ailleurs noté, lors d’un séjour à Palerme, que Mussolini est encore une figure appréciée.

     

    L’artiste assure ne pas vouloir commenter l’actualité. Ses oeuvres, concède-t-il, parlent pour elles-mêmes, à l’instar de Il faut être sourd… (2015), des tiges de graphite sur lesquelles ont été gravés les mots d’un journaliste polonais du XIXe siècle, Stefan Buszczynski. « Il faut être sourd pour ne pas entendre le tonnerre qui gronde dans le lointain », y lit-on.

     

    Les motifs de la vanité

     

    Sans être politisée, l’exposition Le temps file jongle aussi avec les époques, entre Vanité, une huile du XVIIe siècle signée Harmen van Steenwyck, et Nature morte aux fleurs avec fromage, créée pour l’occasion par Claudie Gagnon. Cette installation évolutive, « et olfactive », aux dires de la commissaire Maude Lévesque, est dotée de matières vivantes qui se décomposeront jusqu’à la fin des expos, en septembre.

     

    Une cinquantaine d’oeuvres, tous genres confondus (y compris l’art décoratif), composent un parcours divisé en sous-thèmes (le miroir, le memento mori, la disparition…). À noter que le MNBAQ a innové ici avec un médiaguide « à saveur philosophique » : l’auteure Véronique Grenier (Hiroshimoi) y propose une oeuvre littéraire sous forme de narration.

     

    Les expositions Carl Trahan –Parce qu’il y a la nuit et Le temps file sont les premières dans le « vieil » édifice Gérard-Morisset, sans lien avec le nouveau pavillon Lassonde. Le MNBAQ tarde encore à annoncer ce qu’il fera des sept salles du Morisset. On déduit, à la vue des deux expos, qu’on nous proposera des voyages à cheval sur les époques.













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