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    De visu

    Images de l’intérieur

    Par l’art, la commissaire Delphine Leccas nous invite à ressentir la situation en Syrie

    21 janvier 2017 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    L’exposition Paysage interne rappelle durement que l’expérience de la guerre dépasse les clichés réducteurs.
    Photo: Guy L'Heureux L’exposition Paysage interne rappelle durement que l’expérience de la guerre dépasse les clichés réducteurs.

    Nous vivons à une époque où l’indifférence à l’autre, le repli sur soi et la xénophobie gagnent du terrain. Le Brexit et l’élection de Donald Trump ne sont que les derniers exemples de cela. Au même titre que les réactions négatives — dont l’insensibilité et le rejet — à l’égard des réfugiés syriens. Pour bien des gens, il fut d’ailleurs plus facile de croire que la photo du petit Aylan Kurdi, retrouvé mort noyé sur une plage turque, en 2015, était fausse que de se laisser toucher par l’horreur de cette situation.

     

    Des mois plus tard, qui veut encore entendre parler de la Syrie ? Delphine Leccas, commissaire française vivant maintenant à Athènes, nous invite à en apprendre plus sur la situation de ce pays en misant sur le point de vue des artistes et l’émotion véhiculée par des images ayant pour la plupart un ton plus intimiste que celles diffusées par les médias grand public. Leccas, qui fut responsable de la programmation culturelle au Centre culturel français de Damas pendant de nombreuses années, nous propose de le faire à travers le travail de cinq artistes syriens.

     

    Cette exposition débute par une grande oeuvre, intitulée Light Horizon, une vidéo de Randa Maddah qui démontre une grande sensibilité. L’artiste donne à regarder les décombres d’une maison. Dans ces ruines, vous verrez un rideau qui vole encore au vent. Une femme entre dans le cadre, balaie des gravats au sol, le lave et puis y installe un tapis, une table, une chaise… Finalement, elle s’assoit comme si de rien n’était pour contempler le superbe paysage qui s’offre étonnamment dans cette pièce aux murs absents. Cette scène nous dit que la seule attitude possible devant la destruction, la désolation et la confrontation avec le chaos est de réitérer des gestes du quotidien et d’humanité…

     

    Tournée dans le village d’Ain Fit sur le plateau du Golan, zone bombardée entre autres lors de la guerre des Six Jours de 1967, cette vidéo bien ancrée dans l’histoire de cette région aurait pu être réalisée dans n’importe quelle zone dévastée de la Syrie ou ailleurs dans le monde. Par la volonté intrinsèque de chacun à retourner à une certaine normalité après une catastrophe, cette vidéo accède à une forme d’universalité. Leccas dit avoir réellement vu des images de telles actions, prises dans la ville de Homs — au nord de Damas — après des bombardements.

     

    Syriens

     

    Dans cette exposition, il faudra aussi voir la série d’images noir et blanc de Muzaffar Salman, photographe qui a collaboré au journal Al-Watan et qui maintenant travaille entre autres pour l’agence de presse Reuters. Une partie de sa série d’images intitulée 99 noms d’Alep est installée chez Skol. Ce sont des images sombres où l’on a du mal à se repérer. Ainsi ces photos énoncent le désarroi que les gens vivent lors de la guerre et rendent compte, par leur côté fragmentaire et enténébré, de la difficulté de documenter de telles situations. Paradoxalement, ce photographe semble suggérer que l’image n’est pas suffisante pour dire toute l’horreur de ces situations de conflit et de destruction.

     

    Tout juste à côté, la courte vidéo intitulée Damascus Rain par Al Ghazzi va dans le même sens. Cette artiste a réalisé plusieurs petits films montrant la vie au jour le jour à Damas. Ici, un plan fixe de la ville vue par une fenêtre, réalisé alors qu’il pleut, montre le quotidien en Syrie, un quotidien flou où l’on entend des bruits de balles et d’explosions d’obus qui se mélangent aux petits sons des gouttes qui tombent… Qui tire ? Pourquoi ? Pour qui ? Tout cela reste presque incompréhensible. Dans le même esprit, on notera aussi les petites images presque évanescentes d’Aiham Dib et les dessins aux allures fragiles de Monif Ajaj.

     

    Cette expo nous dit comment l’expérience de la guerre dépasse les clichés réducteurs. Autant ceux des images sensationnalistes montrées aux nouvelles aux heures de grande écoute que ceux des stéréotypes véhiculés par les égoïstes et les xénophobes de tous acabits.

    Paysage interne
    Commissaire: Delphine Leccas. Au Centre des arts actuels Skol jusqu’au 25 février.












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