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    Morceaux de nature vrais et simulés

    À la croisée de l’art et de la science, l’exposition-laboratoire «L’art est vivant» honore la matière

    7 janvier 2017 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    Dans «L’art est vivant», la commissaire invitée Anne-Marie Belley fait plus que montrer des morceaux de nature, que celle-ci soit végétale, animale ou minérale.
    Photo: Maison des arts de Laval Dans «L’art est vivant», la commissaire invitée Anne-Marie Belley fait plus que montrer des morceaux de nature, que celle-ci soit végétale, animale ou minérale.

    En art, le « vivant » est un thème récurrent, comme en témoignait le numéro de la revue Esse, arts + opinions consacré au sujet le printemps dernier. Au tour d’une exposition de s’y pencher à la Maison des arts de Laval, où la nature passe de représentations artistiques à matière bien en vie. Insérés parmi les oeuvres, des documents scientifiques montrent la porosité entre des mondes plus que jamais appelés à se rencontrer à la faveur des biotechnologies.

     

    Dans L’art est vivant, la commissaire invitée Anne-Marie Belley fait plus que montrer des morceaux de nature, que celle-ci soit végétale, animale ou minérale. Elle part de l’expression « l’art vivant », employée par les peintres modernes québécois dans les années 1930 et 1940. Cette expression désignait un art en rupture avec l’art régionaliste ou académique, et donc plus enclin à intégrer les références avant-gardistes de la peinture européenne, pour qui les nouvelles formes d’expression tendaient vers l’abstraction. L’imagerie scientifique, faite de visions microscopiques ou macroscopiques, voire de réalités non visibles émanant de l’inconscient, a largement contribué à renouveler le vocabulaire visuel de cet art moderne. D’où ce croisement déjà singulièrement amorcé entre arts et sciences.

     

    L’exposition est composée d’oeuvres historiques issues de cette époque et d’oeuvres actuelles, qui en poursuivent et en modifient les enjeux. Les sous-thèmes « Formes » et
    « Matières » structurent sans fermeté l’accrochage en voulant départager des productions où les artistes représentent des phénomènes vivants et d’autres où le vivant s’exprime de lui-même. L’ancrage historique et la confluence entre les arts et la science de l’exposition s’affirment grâce aux prêts du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée Armand-Frappier, de l’Institut national de recherche scientifique et de l’Insectarium de Montréal.

     

    Mimétisme

     

    Par sa configuration même, l’exposition a quelque chose d’organique et se prête au butinage, de noyaux en noyaux créés entre les oeuvres et les artefacts d’époques confondues. Les abstractions et les oeuvres semi-figuratives de Riopelle, de Pellan et de Borduas sont vues en proximité avec les huiles et les sculptures récentes de Pierre-Yves Girard, dont l’imagerie est parente. Suivant les titres, ses oeuvres découlent d’une « reproduction par sélection », comme il en est des espèces vivantes.

     

    Loin d’une nature morte figurative à la Ozias Leduc ou à la Louis Muhlstock, donnés en exemples, la toile Courant sous-marin (1976) de Marian Dale Scott épouse aussi plus franchement un langage abstrait, mais reste néanmoins fondée sur l’imitation de la nature. Cette approche est également empruntée par les artistes actuels Laurent Lamarche et Amélie Proulx dans leurs sculptures et leurs images. Le premier exploite le plastique et la seconde, la céramique pour engendrer des formes qui rappellent la nature, telles des micro-organismes ou des végétaux. Les deux font mentir la matière avec des propositions qui oscillent entre la croissance et la fixité mortifère. Le leurre est après tout gage de survie dans la nature, comme le montre un spécimen épinglé de « phyllie », cet insecte qui, sans mal, est confondu à une feuille. La prise est du pionnier de l’art moderne Jacques De Tonnancour, contribution marquée dans l’expo par un de ses « tableaux-fossiles », finalement converti à l’entomologie.

     

    Le vivant est plus littéralement intégré dans les autres oeuvres de l’exposition, qui reposent d’ailleurs aussi sur un maillage plus étroit avec la science. Tel le biotextile pratiqué par WhiteFeather à partir de cellules de souris et de poils de cheval dans un incubateur. Plus exubérantes, les cultures de champignons d’Annie Thibault et de plantes de Kelly Andres sont en prolifération à moitié contrôlée. Elles repensent la place de l’humain par rapport à d’autres espèces, tout comme la végétation en serre miniature de Daniel Corbeil et les poissons en aquarium de Claire Kenway dans des installations qui assignent une place au visiteur, ainsi frappé par la fragilité du vivant, mais aussi par son extraordinaire résilience.

     

    Ces derniers exemples participent d’un tournant dans la façon d’aborder le vivant non humain qui remet en question l’anthropocentrisme moderne et qui se veut non spéciste. Or, ces enjeux ne sont pas évoqués dans l’exposition qui, bien qu’elle fourmille de bonnes idées, en conduit peu à terme alors que les oeuvres auraient mérité des cartels explicatifs. Une section avec des livres scientifiques et des dossiers fait d’ailleurs l’aveu d’un travail de recherche en chantier que la commissaire en herbe mène justement pour son doctorat en histoire de l’art sur l’art biotechnologique. Dans ses escales à venir, dont Val-d’Or, il ne serait pas surprenant de voir l’exposition se bonifier. Et sa matière vivante se transformer.

    L’art est vivant
    Maison des arts de Laval, salle Alfred-Pellan 1395, boul. de la Concorde Ouest, jusqu’au 5 février












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