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    Jeunes publics

    Penser le musée à hauteur d’enfant

    Quand l’enchantement, le plaisir et le jeu font la vie dure à la tradition muséale

    17 décembre 2016 | Louise-Maude Rioux Soucy - à Québec | Arts visuels
    Dans l’espace Observer du Musée de la civilisation, Jonathan Plante a créé une ville en trompe-l’œil qu’il fait bon d’explorer en gang.
    Photo: Photos Ève Leclerc, Icône Dans l’espace Observer du Musée de la civilisation, Jonathan Plante a créé une ville en trompe-l’œil qu’il fait bon d’explorer en gang.

    D’ignoré, voire indésirable, le jeune public a été élevé au rang d’incontournable en quelques décennies dans les musées, qui sont de plus en plus nombreux à s’arracher ses faveurs. Cette main tendue vient avec un cahier des charges qui n’a de cesse de se diversifier. Survol de pratiques qui font mouche.


    Voir s’allumer Cassiopée dans la voûte étoilée, allongé sur une butte gazonnée. Décoder le langage corporel des chiens en fabriquant une bédé interactive. Plonger dans le formidable capharnaüm de l’artiste Claudie Gagnon, ludique et inquiétant avec son oreille en cage, ses animaux empaillés et ses mille et une collections enchantées. S’imaginer dans le clan d’Iron Man et partir avec lui à la chasse aux nanotechnologies armé d’une puce glissée… dans un canard pour le bain.

     

    Nous sommes loin des ambiances feutrées, pour ne pas dire castrantes, qui ont bercé des générations d’enfants traînés au musée. Nous sommes dans le coeur palpitant du Musée de la civilisation, à Québec. Depuis plus d’un quart de siècle, rue Dalhousie, on rivalise d’inventivité pour « accrocher » le jeune public. Ici, l’enfant et l’adolescent sont des visiteurs à part entière. Et ça se sent à travers une foule de détails pensés expressément pour eux.

     

    « Le public jeune mérite qu’on déploie les mêmes efforts que ceux déployés pour le public adulte », affirme Josée Laurence, directrice de l’action culturelle et éducative au musée. Pour cela, elle peut compter sur des chargés de projets éducatifs et culturels dont l’une des compétences particulières est justement d’être à jour sur le développement et la psychologie de l’enfant. « Nous voulons parler à son intelligence et à sa sensibilité en créant des liens avec lui, sur son terrain, avec les moyens de compréhension qui lui sont propres. »

     

    Penser maxi ; jouer mini

     

    L’approche n’est pas unique. Elle a fait des petits un peu partout dans le monde. Le mois dernier, le Musée national des beaux-arts du Québec ouvrait sa galerie famille aux délicats cabinets de curiosités de l’artiste Vicky Sabourin. Son diorama, palpitant de vie, est un véritable exemple à suivre. Plus tôt cette année à Paris, c’était le Louvre qui se la jouait mini avec l’ouverture de sa Petite Galerie commandée par l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filipetti, librement inspirée de l’iconique zone enfant du Metropolitan Museum de New York.

     

    Ces espaces dédiés à la jeunesse sont de plus en plus ancrés dans l’univers muséal. Ici, les Studios Art Éducation Michel de la Chenelière du Musée des beaux-arts de Montréal ont mis la barre haut ces dernières années. Le musée compte maintenant douze studios-ateliers. Plusieurs musées, notamment Pointe-à-Callière et McCord, affichent aussi à leur programmation au moins une exposition familiale. Ce faisant, le flux des publics est relativement facile à gérer, chacun restant sur son quant-à-soi, dans ses terres à lui.

     

    Plus rares sont les établissements qui poussent jusqu’à mélanger aussi allègrement les publics comme le fait le Musée de la civilisation, qui, bon an mal an, reçoit 160 000 jeunes en ses murs. C’est pourtant une des clés majeures de leur intégration, estime Josée Laurence. « On cherche toujours à avoir des espaces dédiés à la jeunesse. Mais, et c’est particulier par rapport aux autres musées, nous insistons aussi pour développer des espaces jeunes à l’intérieur des expositions dédiées de prime abord à un public adulte. »

     

    Ouvrir des fenêtres

     

    Cette démarche va plus loin qu’une vignette adaptée ou un accrochage à hauteur d’enfant, comme le croient encore beaucoup d’établissements. « Par exemple, avec l’exposition ONF, on avait placé au coeur de l’expo un espace où les jeunes pouvaient tester la technique du stop-motion. Dans une exposition sur la musique, on avait intégré un espace qui permettait de s’approprier les notions véhiculées dans l’expo, mais dans un langage adapté et interactif, avec un guide animateur qui facilitait l’apprentissage, tout ça dans un esprit de susciter l’enchantement, le plaisir, le jeu. »

     

    Les maîtres mots du musée ami des enfants sont là, en porte-à-faux avec tout ce qui gêne, ennuie, contraint dans la sacro-sainte tradition muséale. « Au musée, il y a des objets et des connaissances d’un côté et, de l’autre, il y a des publics. Notre travail est de créer les liens les plus efficaces possible pour les relier, explique Mme Laurence. De plus en plus, on pense également ces ponts-là à l’inverse, c’est-à-dire qu’on essaie de faire en sorte que les publics puissent aussi intervenir sur les contenus. »

    Photo: MNBAQ Au MNBAQ, Les curiosités de Vicky Sabourin suscite un pur éblouissement chez les petits comme chez les grands.

    Cette médiation peut se faire de façon autonome par des objets exposés, des objets à manipuler, mais aussi par des guides animateurs, des parents, des professeurs ou des accompagnateurs que le musée outille de diverses manières. Quitte même à sortir du musée pour mieux y rentrer, précise-t-elle. « On fait souvent affaire avec des artistes, des philosophes, des scientifiques. Ils viennent nourrir nos réflexions, ouvrir des fenêtres. Cela nous permet d’être plus précis et plus efficaces dans notre offre pour rejoindre les publics dans les zones émotives qui sont les leurs. »

     

    S’il y a des frontières à franchir, faut-il comprendre qu’il y a aussi des limites à respecter pour préserver les yeux et les idées chastes des petits ? Pas plus qu’avec les autres publics, répond sans hésiter Mme Laurence. « Ça fait des années qu’on se demande si on va aborder la mort au musée. On ne l’a pas fait encore. Mais le jour où on le fera, je suis persuadée qu’on pourra le faire aussi bien avec le public adulte qu’avec le public enfant. Tout va dépendre de la manière de l’aborder. »

     

    Notre journaliste a séjourné à Québec à l’invitation du Musée de la civilisation.

    L’interactivité jusque dans les pieds Les outils numériques occupent une part grandissante de la vie des jeunes, qu’ils explorent de façon beaucoup plus intuitive. C’est en partant de ce principe que l’espace Observer a pris forme, raconte Josée Laurence. « On est partis sur un thème assez flou qui était l’observation. Notre filon, c’était d’offrir une expérience plus intuitive aux 7 à 15 ans. On s’est dit qu’ils avaient besoin de liberté, de visiter ça en gang. On a donc mis une série de créatifs ensemble avec toutes sortes de matériels en leur demandant de projeter ces réflexes-là dans notre laboratoire. » Le résultat ? Pas d’écrans, mais tout ce qu’ils allument comme réflexe chez les jeunes à travers une muséographie vivante aussi ludique qu’intelligente, qui s’explore avec les cinq sens, de la tête jusqu’aux pieds.












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