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    Du déjà vu, et pourtant…

    Jérôme Fortin et Adad Hannah recyclent leurs propres idées et leurs oeuvres

    3 décembre 2016 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Adad Hannah, «The Raft of the Medusa» (Saint-Louis) 2, ed. 1/3, 2016
    Photo: Pierre-François Ouellette art contemporain Adad Hannah, «The Raft of the Medusa» (Saint-Louis) 2, ed. 1/3, 2016
    De visu
    Tabula rasa
    De Jérôme Fortin

    Se renouveler dans la répétition, reprendre les mêmes idées et recommencer, voilà des expressions qui pourraient s’appliquer à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain (PFOAC). Et à deux de ses artistes, Jérôme Fortin et Adad Hannah, chacun à l’honneur en solo, ce qui ne s’était plus produit à cette enseigne depuis 2013.

     

    Après quinze ans passés au Belgo, dans le centre-ville de Montréal, PFOAC entame cet automne sa vie dans le Plateau Mont-Royal. De ce déménagement, il ressort beaucoup plus de familiarité que de changement d’air. Ce qui n’est pas en soi un défaut.

     

    L’espace, occupé jusqu’à tout récemment par la galerie Graff, n’a pas été transformé de fond en comble. Il y a bel et bien un mur de plus ici, un salon vidéo là. Mais l’ensemble se divise encore en deux aires d’exposition, les pièces privées se situent aux mêmes endroits, l’accès à la cour intérieure est toujours là, etc.

     

    Pierre-François Ouellette n’a pas fait table rase du passé. Bien au contraire : Hannah et Fortin sont parmi les artistes qu’il représente depuis longtemps et de manière constante. Et dans ses locaux du Belgo, le galeriste avait déjà instauré une pièce propice à la diffusion des oeuvres vidéo. Les habitués s’y retrouveront, pas de doute.

     

    Impression de répétition

     

    Table rase, comme dans tout effacer pour repartir de zéro ? Chez Jérôme Fortin, un peu, mais pas tout à fait. La série de 28 oeuvres Tabula rasa, dont une douzaine sont exposées, est quelque part un leurre. Ou, pour l’exprimer de manière plus positive, un heureux clin d’oeil à la création, qui ne vient jamais de nulle part.

     

    Tabula rasa a l’apparence de multiples et ressemble, à première vue, au travail d’édition que l’artiste s’est mis à pratiquer il y a une dizaine d’années, notamment après une résidence aux ateliers Graff. Or, cette nouvelle série ne se compose que d’oeuvres uniques. Ce sont des collages que Fortin a construits à partir d’éléments qu’il a découpés et recollés de ses anciennes lithographies.

     

    Il y a certes table rase dans la mesure où des oeuvres précédentes ont été détruites. Mais elles demeurent reconnaissables, par la présence très notoire de leurs bandes horizontales cumulant des plis de papier. Une légère distorsion et l’ajout d’une diagonale transparente viennent cependant casser le format droit et rectiligne des estampes d’origine.

     

    Bien qu’il ne se soit pas tourné vers de nouveaux objets, de nouvelles matières, Jérôme Fortin se réinvente, tout en continuant à reproduire et à répéter sa signature. Inlassablement. Les oeuvres exposées sont par ailleurs similaires à s’y méprendre, et pourtant aucunement pareilles.

     

    Énième radeau

     

    Des variations sur un même thème, c’est aussi ce qu’Adad Hannah propose avec Le radeau de la Méduse (Saint Louis). Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’il fait dans la citation de chefs-d’oeuvre. Même que le tableau de Géricault lui avait déjà inspiré un projet en 2009.

     

    Vidéaste versé dans le tableau vivant — un plan fixe pour lequel ses modèles posent immobiles, autant que possible —, Hannah est un méticuleux metteur en scène. Plus que jamais, l’image s’impose chez lui. Autrefois sculptural — comme ses explorations des Bourgeois de Calais, de Rodin —, son travail est surtout pictural.

     

    Le drame maritime qu’illustre Le radeau de la Méduse, Adad Hannah l’inscrit dans l’actualité. Ses naufragés sont noirs et il est impossible de ne pas songer à tous ces Africains qui s’aventurent en mer Méditerranée sur des bateaux de misère. Hannah qualifie ce corpus de photos et de vidéos de « création communautaire ».

     

    Il en a eu l’idée lors d’une résidence d’artiste à Saint-Louis, ville du nord du Sénégal. La série a été créée avec l’aide de 50 « locaux » et a été performée live dans le cadre de la Biennale de Dakar 2016. Précisons que c’est vers cette localité portuaire que se dirigeait la Méduse en 1816, avant que son capitaine ne l’abandonne.

     

    La reconstitution du Géricault n’est pas ici fidèle à la composition originale, contrairement à ce que le même artiste avait fait en 2010 dans Le radeau de la Méduse (100 Mile House). Ancrée dans un espace-temps qui lui est propre, sa reprise a quelque chose de nouveau, d’actuel.

     

    Les décors de cet autre radeau de la Méduse, y compris ce qui fait office d’embarcation, ont été construits avec ce qu’Adad Hannah a trouvé sur place, tel que des bouts de pirogue. Rafistolée, recréée de toutes pièces et reproduite dans différentes compositions, toutes semblables, la célèbre scène est lumineuse, comme le bleu des tissus qui servent à représenter la mer.

     

    Le pastiche est totalement assumé, avec un arrière-plan digne d’un dessin naïf. Il fallait surtout ne pas cacher qu’il s’agit ici d’un théâtre de fortune, duquel néanmoins peut naître l’espoir.

    Tabula rasa
    De Jérôme Fortin, et «Le Radeau de la Méduse (Saint-Louis)» d’Adad Hannah, Pierre-François Ouellette art contemporain, 963, rue Rachel Est, jusqu’au 24 décembre.
    Le Radeau de la Méduse (Saint-Louis)
    D’Adad Hannah, Pierre-François Ouellette art contemporain, 963, rue Rachel Est, jusqu’au 24 décembre.












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