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    L’esprit des lieux

    À Toronto, deux expositions parlent des liens entre l’art et l’imaginaire

    12 novembre 2016 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur à Toronto | Arts visuels
    Michael Snow, Walking Woman in Toronto Subway, 1963-2016
    Photo: Avec l’aimable permission de l’artiste Michael Snow, Walking Woman in Toronto Subway, 1963-2016
    De visu
    Form Follows Fiction : Art and Artists in Toronto
    Commissaire : Luis Jacob. À l’Art Museum de l’Université de Toronto, jusqu’au 10 décembre.

    Mystical Landscapes : Masterpieces from Monet, Van Gogh and more
    À l’Art Gallery of Ontario jusqu’au 29 janvier 2017.

    Ces jours-ci, dans le cadre de la Biennale de Montréal, Luis Jacob expose entre autres à la Galerie de l’UQAM sa brillante oeuvre intitulée Album XII (2013-2014). Mais Jacob n’est pas qu’un artiste reconnu. Il est aussi renommé en tant que commissaire indépendant. Et cet automne, il a orchestré une exposition à Toronto qui se révèle une des grandes réussites de la saison dans cette ville. Intitulée Form Follows Fiction : Art and Artists in Toronto, cette expo fait le portrait de 50 ans de création dans la Ville reine.

     

    Avec 86 artistes sélectionnés, Jacob n’a pas banalement réalisé un survol des oeuvres importantes créées par des artistes intelligents durant cette période, dans cette cité. Certes, vous y retrouverez des oeuvres marquantes de Michael Snow, de Joyce Wieland, de General Idea, de Greg Curnoe, de Suzy Lake… Mais Jacob a intelligemment opté pour une lecture centrée sur les notions de lieu et d’identité : invention d’une identité à l’art fait par des gens vivant ou ayant vécu à Toronto, artistes-individus réfléchissant à la façon de construire un imaginaire en dialogue avec l’histoire de ce lieu, mais aussi lié aux enjeux de la planète.

     

    Ces artistes ont du coup réfléchi sur les identités ethniques, les identités sexuelles… L’art vient ici donner un sens au monde dans lequel il s’exerce, en créant non pas une identité fixe à préserver, mais une identité en mouvance. L’art produit des fictions, un imaginaire qu’il matérialise, mais, comme le dit Jacob, qu’il sait aussi déstabiliser.

     

    L’Université de Toronto présente une exposition qui mériterait d’être accueillie ailleurs au pays ou à l’étranger. Elle s’oppose intelligemment à une vision très courante de nos jours qui consiste à célébrer l’art qui est reconnu sur une certaine scène, dite internationale, qui dépasserait ce qui serait trop régional. Il semblerait que le « local » puisse encore susciter les passions.

     

    Mystical Landscapes

     

    Toujours à Toronto, l’Art Gallery of Ontario, quant à elle, a mis à l’affiche une relecture des peintures de paysages réalisées entre 1880 et 1930. Cette exposition aurait pu être un simple blockbuster fabriqué pour attirer les foules que l’on imagine toujours prêtes à admirer les chefs-d’oeuvre de Monet, de Gauguin, de Van Gogh, de Munch… Le titre un peu racoleur — qui met en avant cette notion un peu trompeuse de chef-d’oeuvre — laissait d’ailleurs attendre une telle formule.

     

    Heureusement, cette exposition à thème est bien plus que cela. Elle démontre comment des artistes d’Europe, d’Amérique du Nord et de Scandinavie glorifièrent des idées mystiques, et ce, même en dehors du mouvement symboliste. Des tableaux très connus, comme ceux de la série des peupliers, des meules de foin ou de la cathédrale de Rouen, peints par le très impressionniste Claude Monet, sont expliqués ici sous un angle nouveau. Les moments du temps qu’ils donnent à voir auraient été pensés par l’artiste dans un rapport au bouddhisme et à l’idée que le monde est en continuel changement.

     

    Autre exemple : les voyages de Gauguin en Bretagne, région à l’époque alors à l’abri de la vie moderne, auraient été motivés par un intérêt pour les traditions celtiques… Et bien d’autres oeuvres sont expliquées avec intelligence à l’aide de cette lentille du mysticisme. Il s’agit aussi d’une exposition qui inclut des artistes moins célébrés, qui trouvent ici une visibilité méritée : les Français Charles-Marie Dulac et Henri Le Sidaner, le Suédois Eugène Jansson… Des artistes canadiens tels Lawren Harris, Tom Thomson ou Emily Carr sont aussi à l’honneur, présentés avec des pièces fortes, à côté d’oeuvres de créateurs européens plus souvent célébrés. Nous aurions aimé qu’il y ait plus d’artistes canadiens et pas seulement des grands noms déjà bien reconnus.

     

    Cette exposition montée avec le Musée d’Orsay à Paris sera aussi présentée dans cet établissement à partir du mois de mars (et sans opter pour ce titre accrocheur).

    Michael Snow, Walking Woman in Toronto Subway, 1963-2016 Vincent van Gogh, La nuit étoilée sur le Rhône à Arles, 1888. Tableau présenté à l’exposition Mystical Landscapes.
    Form Follows Fiction : Art and Artists in Toronto
    Commissaire : Luis Jacob. À l’Art Museum de l’Université de Toronto, jusqu’au 10 décembre. «Mystical Landscapes : Masterpieces from Monet, Van Gogh and more», à l’Art Gallery of Ontario jusqu’au 29 janvier 2017.












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