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    Ayot en bonne compagnie

    La réception du travail de l’artiste est ravivée par des expositions de groupe

    22 octobre 2016 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    Vue de l’exposition «Ayot/Moli (en passant par Maclean)»
    Photo: Guy L’Heureux Vue de l’exposition «Ayot/Moli (en passant par Maclean)»
    De Visu
    Ayot/Moli (en passant par Maclean) Familiarités
    À la Fondation Guido Molinari, 3290, rue Sainte-Catherine Est.
    Jusqu’au 20 novembre.

    Push and Pull
    À la Galerie Joyce Yahouda, 372, rue Saint-Catherine Ouest, local 516.
    Jusqu’au 19 novembre.

    « L’événement Pierre Ayot » fait mouche sur toute la ligne. En marge de la grande rétrospective à BAnQ (voir autre texte), les expositions qui mettent en perspective son travail avec celui d’artistes issus de générations différentes, plus ancienne ou actuelle, contribue à désenclaver la lecture habituellement réservée à ses oeuvres, objectif suprême de l’exercice à grand déploiement. Cette approche collective est à l’image aussi de ce que fut le personnage, à savoir impliqué dans sa communauté.

     

    C’est d’ailleurs à ses proches de longue date à qui le commissaire général Nicolas Mavrikakis a fait appel pour orchestrer cette présence quasi tentaculaire de Pierre Ayot dans la ville. Avec la complicité de Joyce Yahouda et de sa galerie, le commissaire signe un autre volet qui s’annexe à l’exposition principale et où l’angle privilégié est celui du formalisme avec lequel sommairement le travail de l’artiste a été placé en rupture.

     

    L’exposition rassemble peut-être les pièces les plus sobres de la production d’Ayot, qui sont ici posées en dialogue avec des abstractions, de Molinari et Tousignant entre autres, pour qui étaient prioritaires les compositions géométriques épurées. Par leur dépouillement, les exemples retenus poursuivent autrement cet héritage ; les abstractions sont impures, contaminées par des intrusions simulées ou tangibles d’objets, dévoilant des images, leur aspect construit, leur matérialité même. Les oeuvres d’artistes plus récents (Stéphane La Rue, Alana Riley, Julie Tremble) suggèrent que d’autres après lui cultivent cette tension entre l’abstraction et l’ordinaire du quotidien ou bien du tableau affirmé comme objet. Quant à la ventouse à déboucher en partie illusoire, fichée sur un support vierge au sol, fait-elle un pied de nez à l’expression savante « push and pull » — qui donne son titre à l’exposition —, désignant le phénomène optique travaillé en peinture, où certaines couleurs semblent s’avancer et se reculer ?

     

    Redécouvrir

     

    La pointe d’humour et le jeu sont des aspects indéniables de l’artiste multidisciplinaire qui a flirté aussi, et c’est moins connu, avec une imagerie ouvertement pornographique dont quelques exemples les plus crus sont discrètement présentés. Objet de curiosité, sans plus. Une série de portraits de l’entourage de l’artiste, Serge Lemoyne et Robert Wolfe par exemple, rappelle encore l’importance du groupe à côté de collages d’Andrea Szilasi où l’altérité de visages s’exprime à travers la technique du tissage.

     

    À la fondation Guido Molinari, deux expositions de plus situent le travail d’Ayot en relation avec d’autres productions. Elles le font avec une efficacité redoutable. Le registre pop de Pierre Ayot, a priori éloigné de la stricte démarche picturale pratiquée par Molinari, trouve sa place grâce au travail de Maclean, qui agit ici comme un point de jonction révélateur de part et d’autre, une idée brillante mise de l’avant par les commissaires maison Gilles Daigneault et Lisa Bouraly.

     

    Le formalisme de Molinari et l’interférence de la vie dans l’art chez Ayot sont réunis dans la pratique de l’artiste actuel Maclean, sorte de synthèse dont la plus heureuse des manifestations prend la forme d’intervention sur les panneaux signalétiques urbains avec les fameux « ARRÊT » détournés en « ART ». La petite histoire, que Gilles Daigneault a le secret de raconter, insiste sur les affinités qui unissent Maclean à ces deux figures historiques : il est admirateur du premier et partage avec le second l’amour pour les quincailleries, réservoir inépuisable d’outils et de matériaux susceptible de nourrir un travail ainsi plus enclin à transgresser la frontière autrement nette entre l’art et la vie.

     

    L’éclairage réciproque provoqué par la rencontre du trio met tantôt l’accent sur la répétition d’un motif géométrique et son dynamisme chromatique ; tantôt sur le monde du chantier de construction et des objets usuels privés, souvent avec humour, de leur fonction initiale. Les clins d’oeil foisonnent, ravivant la réception de chacune des signatures.

     

    À l’étage de l’édifice, les salles ont été confiées à Madeleine Forcier, de la galerie Graff (voir autre texte), qui propose dans Familiarités des jumelages inédits entre lesoeuvres d’Ayot et celles des générations suivantes. Les rapprochements soulignent la pertinence toujours actuelle des enjeux abordés par Ayot et le renouvellement fécond des formes pour les manifester. La galeriste a puisé des exemples auprès des artistes qu’elle représente (Gwenaël Bélanger, Raphaëlle de Groot) et au-delà avec des oeuvres de BGL, d’Emmanuel Galland et François Lalumière, ainsi que de figures émergentes telles Emily Hermant et Julie Picard.

     

    Collection d’objets, intervention sur la croix du Mont-Royal, culture de consommation, mise à l’épreuve de la matière et de l’art comme représentation sont des thèmes tour à tour abordés dans cette exposition qui, sous des airs sympathiques, ne se contente pas d’échos superficiels. L’entreprise de la redécouverte du travail de Pierre Ayot se trouve de la sorte encore bien servie.

    Ayot/Moli (en passant par Maclean). Familiarités
    À la Fondation Guido Molinari, 3290, rue Sainte-Catherine Est. Jusqu’au 20 novembre.
    Push and Pull
    À la Galerie Joyce Yahouda, 372, rue Saint-Catherine Ouest, local 516. Jusqu’au 19 novembre.












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