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    Arts visuels

    Frontières ouvertes

    La salle du centre Perte de signal prend une nouvelle dimension

    17 septembre 2016 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    «Peripheral Island» (2016) de Roberto Santaguida et «Tierra Quemada» (2015) de Gabriela Golder (à l’arrière-plan)
    Photo: Veronica Mockler «Peripheral Island» (2016) de Roberto Santaguida et «Tierra Quemada» (2015) de Gabriela Golder (à l’arrière-plan)

    La profusion des images et l’accessibilité des outils (caméras et autres) ont souvent donné lieu à des expositions thématiques portées par une vision tranchée et tranchante. En 2013, le Mois de la photo à Montréal, par exemple, dressait une sorte de bilan de la robotisation de la photographie. Plus rarement, cependant, des expos livrent des constats sans en afficher grassement leurs intentions.

     

    La coïncidence des programmations de deux diffuseurs du Pôle de Gaspé, dans le Mile-End, révèle ainsi, sans le crier, où nous en sommes dans la création d’images. Du petit espace de Perte de signal, centre d’artistes spécialisé dans « le rayonnement des arts numériques », aux salles sophistiquées de Dazibao, centre né dans la mouvance du « potentiel documentaire » de l’image, un fait se confirme : il est devenu pratiquement impossible de définir, de nommer, d’identifier.

     

    Entre le film documentaire, le journal intime et l’oeuvre contemplative, entre un portrait sonore et une discussion sur Marx, il semble y avoir de tout dans l’actuelle exposition de groupe à Dazibao, une expo par ailleurs sans titre ni thème notoire. On a davantage l’impression qu’il s’agit de quatre solos, entremêlés les uns aux autres.

      

    Un fil invisible

     

    Dans cette expo sans identité, il y a pourtant un fil invisible qui traverse les salles et qui unit, en toute cohérence, les quatre artistes et les six oeuvres projetées sur grands (et un petit) écrans. C’est cette difficulté à nommer les choses, pas seulement l’objet d’art, qui transcende d’un mur à l’autre.

     

    Le son de l’eau, ça se décrit avec quels mots ? Un des pêcheurs au coeur du film Where Does Sound Go, Where Does It Come From n’arrive pas à le dire. Il sait pourtant pertinemment reconnaître, dans n’importe quel enregistrement, si ce bruit traduit un environnement rocheux ou pas, agité ou calme. Sandra Volny, auteure de ce document tourné au Chili, tend ici une fine ligne entre son et image, entre essai et reportage, entre projet artistique (le sien, comme artiste sonore) et combat politique, celui des pêcheurs, dont l’expertise rudimentaire est menacée par le progrès technologique.

      

    La politique en sourdine

     

    Le sujet politique revient plus d’une fois dans cette expo de solos. En sourdine, comme dans le plan-séquence de Tierra Quemada (Terre brûlée) de Gabriela Golder, où une colline disparaît sous la brume. Explicite, comme dans les images embrouillées ou fort nerveuses d’Ali El-Darsa, qu’il a captées avec les plus simples appareils sur le marché ou alors récupérées sur YouTube. La violence urbaine et la fête explosive se confondent dans un chaos similaire.

     

    C’est une autre oeuvre de Golder, artiste argentine, qui est emblématique de l’expo. Dans Conversation Piece, la lecture du manifeste du Parti communiste entre une grand-mère et ses petites-filles mène à de jolis quiproquos, notamment parce que ça se déroule dans le confortable décor d’une demeure bourgeoise. Que reste-t-il de l’idéal communiste ? Comment (re)définir et comprendre le combat ouvrier ?

     

    Il est question d’apparences trompeuses, à plusieurs égards. Déjà, les gazouillis d’oiseaux et les voix d’enfants, perceptibles dès l’entrée en galerie, instaurent un climat paisible et rassurant. Si le ton en général appelle en effet la sérénité, la nature des images et des propos n’évacue ni les incertitudes ni les inquiétudes. Roberto Santaguida, dont le Peripheral Island rompt avec la forme traditionnelle du documentaire, rassemble des témoignages sur plusieurs sujets, notamment la perspective de la mort.

     

    À noter que ces quatre solos sont pratiquement des premières expositions à Montréal pour les quatre artistes, qui ont tous plus ou moins un pied-à-terre en ville, ou en ont eu un, comme Gabriela Gender, passée par l’UQAM. Roberto Santaguida, le plus Montréalais des quatre, provient du monde du cinéma et s’est ici introduit dans l’art actuel grâce à la bourse Prim/Dazibao.

    Oeuvres d’Ali El-Darsa, de Gabriela Golder, de Sandra Volny et de Roberto Santaguida. À Dazibao, 5455, avenue de Gaspé, local 109, Montréal, jusqu’au 8 octobre.

     

    Théâtre mécanique

     

    Sous-exploitée, la petite salle de Perte de signal prend en cette rentrée automnale une tout autre dimension. L’installation qu’on y présente, Mécaniques discursives, des artistes belges Yannick Jaquet et Frédéric Penelle, peut s’y trouver sur le mur du fond, elle occupe tout l’espace, et même plus.

     

    Mariage d’images numériques et imprimées, de projections et de figurines en papier, d’ombres et de lumières, l’oeuvre propose une immersion dans un univers farfelu. Fausses perspectives, trompe-l’oeil, rapports d’échelle disproportionnés… Pourtant, tout s’imbrique.

     

    Il y a du théâtre de marionnettes dans Mécaniques discursives, un côté rétro dans ce spectacle noir et blanc, quelque part entre un tableau surréaliste et les usines du cinéma de Chaplin. C’est un cirque où chaque mouvement est d’une folle précision. Présentée plus d’une fois en Europe, l’oeuvre se trouve à Montréal grâce au projet d’échange Résonances numériques qui lie le Québec et la fédération Wallonie-Bruxelles.

    Mécaniques discursives
    De Yannick Jaquet et Frédéric Penelle. À Perte de signal, 5445, avenue de Gaspé, local 107, Montréal, jusqu’au 8 octobre.












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