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    Laval vue de ses berges

    20 août 2016 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine).
    Photo: Pilon / Brown Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine).

    Une île, une ville, le grand échec politique de Pierre Bourque, est une réalité très concrète à Laval — n’en déplaise à l’ancien maire de Montréal. Si concrète, en fait, qu’on oublie que Laval et l’île Jésus ne font qu’une. Avec l’appui de Verticale, centre en art actuel lavallois, deux artistes de Saint-Hyacinthe, Maude Pilon et Simon Brown, ont voulu y voir plus clair.

     

    « Laval est une entité géographique rarement vue en tant qu’île. On pense à elle comme à une banlieue, pour ses activités humaines, pour son asphalte, commente Simon Brown. Nous, on s’intéresse aux lieux qui sont une chose et en cachent une autre, aux phénomènes qui ne sautent pas aux yeux. »

     

    Laval, ville de chars ? Pas pour eux. Ou pas juste ça. Réunis par la création littéraire et par des intérêts communs pour l’exploration de territoires, Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine).

    Photo: Simon Brown Le projet «Sans titre (circonférence 83 km)» consiste à marcher et à observer Laval à partir de ses rives.
     

    Leur moyen le plus efficace ? En faire le tour, littéralement : le projet Sans titre (circonférence 83 km) consiste à marcher et à observer Laval à partir de ses rives, à partir de son contour. Quoique marcher semble être un grand mot.

     

    « Je préfère l’image du surplace, note Maude Pilon. L’arrêt, la pose, le regard. On est moins dans le mouvement, on est plus dans la redite et dans le détail, que l’on regarde de façon indue. »

     

    Depuis juin, les deux complices consacrent une bonne partie de leur temps (parfois jusqu’à 10 heures d’affilée) à ce projet aux limites du sensé et de son contraire. Ils en sont rendus aux deux tiers du parcours, et à quelque 80 points d’observation, qu’ils répertorient au fur et à mesure sur une carte publiée par Verticale sur son site Web.

     

    Leur quête, basée sur une collecte en mots de ce qu’ils voient, prendra la forme d’un livre à paraître en 2017. S’ils ne savent pas encore comment se déclineront leurs prises de notes, Maude Pilon et Simon Brown imaginent un texte final respirant l’oralité. Nature et urbanité, marche et surplace, écrit et oral. Cette paire d’artistes a décidément un faible pour la contradiction.

     

    « Moi, je regarde l’intérieur [de l’île], dit la voix masculine. Elle, l’extérieur. Ça donne presque lieu à des chicanes, car c’est difficile de distinguer l’intérieur de l’extérieur. Dans un marécage, il est où, le contour ? »

     

    Premiers constats

     

    Réunis par un projet commun pour la troisième fois, Pilon et Brown ne cherchent pas à devenir un être bicéphale. Bien qu’ils fassent dans le cas présent la même chose au même endroit, ils ne se consultent pas. La cueillette de chacun prend des tournures divergentes, l’une sous forme de « questions aux brindilles et aux emballages [les déchets] », l’autre en tant que vagues descriptions de la réalité.

    Photo: Pilon / Brown S’ils ne savent pas encore comment se déclineront leurs prises de notes, Maude Pilon et Simon Brown imaginent un texte final respirant l’oralité.
     

    C’est un constat, intrinsèque à leur travail créatif. Or, dans cette aventure qui consiste à scruter Laval autrement qu’en la traversant et qu’en s’arrêtant au centre de l’île, les découvertes dépassent la seule écriture.

     

    « Il est rare qu’on observe un lieu par sa périphérie. On identifie une ville par son centre-ville, une montagne par son sommet. C’est un constat banal, oui, mais c’est [dans la banalité] que surgissent les différences », analyse Simon Brown.

     

    La Laval des berges, c’est une Laval qui se révèle dépendante de la nature, même dans son urbanité galopante. Une falaise abrupte impose un changement brutal du paysage ou, comme le décrit l’imagé artiste, « l’asphalte se frotte à l’eau ».

     

    100 km de berges

     

    Du nord au sud, de l’ouest à l’est, d’un coin plus dense à un autre plus rural, le contour lavallois est très similaire, ont constaté ces deux littéraires terre à terre. Le diable est dans les détails, dit le dicton, mais pour eux, ce sont ces détails, perceptibles à pied, qui font l’intérêt du projet.

     

    Dans cet exercice de proximité avec 100 kilomètres de berges, Maude Pilon estime pourtant que l’écriture les éloigne de l’expérience du lieu.

     

    « La prise de notes descriptives provoque un dégonflement du réel. Elle permet de se rapprocher d’un lieu inventé qui “conviendra”, dit-elle. Dans notre cas, cette invention est le contour de l’île Jésus, inaccessible dans le réel. Personne n’en fait vraiment l’expérience dans son intégralité. Par l’écriture, nous souhaitons faire apparaître ce lieu-contour. »

     

    Ancré dans l’art contextuel, celui hors des institutions, Sans titre (circonférence 83 km) a beaucoup à voir avec l’art de la déambulation. Cet art de l’errance a autant fait marcher les Richard Long ou rouler les Bill Vazan dans les années 1970 qu’il pousse encore une pléthore d’artistes à quitter l’atelier.

     

    Depuis quelques années, Verticale, lui, se prive d’un espace-galerie fixe, à l’instar d’autres diffuseurs — Dare-Dare à Montréal ou 3e Impérial à Granby. Dans sa vie d’itinérant, le centre d’artistes lavallois fait beaucoup pour soutenir les promeneurs assumés, y compris des moins mobiles, comme le duo Pilon-Brown.

     

    Les artistes n’inviteront personne à refaire leur parcours. L’idée n’est pas là, notamment parce qu’il est particulièrement compliqué. « La principale entrave ? La propriété privée », résume Simon Brown, pour qui on finit toujours par trouver son chemin jusqu’au bord de l’eau.

    Maude Pilon et Simon Brown se penchent sur Laval comme un tout composé de nature (sauvage) et de culture (humaine). Le projet «Sans titre (circonférence 83 km)» consiste à marcher et à observer Laval à partir de ses rives. S’ils ne savent pas encore comment se déclineront leurs prises de notes, Maude Pilon et Simon Brown imaginent un texte final respirant l’oralité.












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