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    Biennale internationale d’art numérique

    Une autre manif et ses machines

    11 juin 2016 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Dans l’œuvre «Bios» du collectif Robotlab, une main électronique écrit la Bible.
    Photo: Robotlab Dans l’œuvre «Bios» du collectif Robotlab, une main électronique écrit la Bible.
    Arts visuels
    Automata. Biennale internationale d’art numérique
    Plusieurs lieux. Exposition centrale à L’Arsenal, 2020, rue William, jusqu’au 3 juillet.

    Des machines, et encore des machines. Il y a une impression de déjà-vu dans la troisième édition de la Biennale internationale d’art numérique (BIAN). Comme si, derrière cette noble mission visant à affirmer la créativité de ceux qui travaillent à partir d’ordinateurs, il n’y avait finalement aucun autre point commun que celui de la machine.

     

    Sur le thème Automata et l’intitulé « L’art fait par les machines pour les machines », la BIAN 2016 réunit une pléthore d’oeuvres portées soit par la robotisation, soit par un imaginaire illimité. Peu importe si la Manif d’art de Québec de 2012 (« Les formes du mouvement ») et le Mois de la photo à Montréal de 2013 (« Drone : l’image automatisée ») sont passés par là.

     

    Cette biennale censée être « en phase avec l’évolution de notre monde » demande néanmoins, sur papier, si on n’a pas atteint cette vieille hypothèse qui voudrait que l’intelligence artificielle dépasse le cerveau humain. Si les machines acquièrent une sensibilité artistique et qu’un « sonnet écrit par [l’une d’elles] sera mieux apprécié par une autre », comme l’énonçait autrefois le précurseur de l’informatique Alan Turing, est-ce la fin de la supériorité humaine ?

     

    La réponse, sur le terrain des salles d’exposition, ne vient que parcimonieusement, quand ce n’est pas de manière obscure. Sans véritable liant, écartelée en plusieurs adresses et se vantant de réunir une centaine d’artistes, la manifestation s’avère être d’abord et avant tout une grande messe en pixels, en modules électroniques et en logiciels. C’est le danger qui guette ces grandes réunions : on étiole le message à force de scinder le programme entre une expo centrale (plus importante ?) et de nombreuses expos satellites (non officielles ?).

     

    Aujourd’hui, l’outil numérique est partout, tout le temps, dans la création comme ailleurs. Les expos faisant appel à lui sont désormais majoritaires. On s’explique mal pourquoi une biennale devrait lui être consacrée, surtout à une époque où les chapelles disciplinaires tendent à disparaître. L’audace serait de consacrer une biennale à l’art analogique.

     

    Mais bon, Automata renferme des bons coups, plusieurs même. Bien que certaines expos soient déjà terminées, signalons celles autour du travail sonore et cinétique de Mary Sherman (centre Oboro) et de celui du duo montréalais Béchard-Hudon (centre d’exposition Lethbridge, annexé à une bibliothèque municipale). Notons que, pour le cas de l’artiste américaine, il ne s’agissait que d’une mise en bouche. Oboro lui consacrera à l’automne une grande exposition individuelle.

     

    Le bâtiment est un piège

     

    La manifestation centrale de la BIAN, qui prend place dans le complexe L’Arsenal, vient quant à elle d’être inaugurée — alors que d’autres expos sont encore à venir. Si le bâtiment de Griffintown, situé à un jet de pierre du canal de Lachine, n’a pas d’équivalent pour ce qui est de la superficie (et de la hauteur des plafonds), il se révèle un piège, une fois de plus.

     

    La BIAN est la bienvenue… pourvu qu’on intègre à l’exposition des oeuvres tirées de la collection du propriétaire de L’Arsenal et de celles de ses amis. Monumentales, voire hors thèmes, celles-ci se dressent sur le chemin des visiteurs dès la première salle. À quoi joue-t-on ?

     

    Le prix d’entrée (10 $) pourrait dès lors paraître insensé. Heureusement, dans la deuxième salle, ça se replace et, du coup, on oublie presque L’Arsenal et tout ce qui vient avec lui. Parmi ce qu’il y a de mieux, et c’est peut-être le seul fil conducteur de toute la BIAN, il y a la transformation que l’humain subit sous le coup de la machine. Ou, comme l’écrit Alain Thibault, directeur de la manifestation, « Automata [se veut] également un regard des machines sur le genre humain ».

     

    L’installation 5RNP Étude humaine # 1 de Patrick Tresset s’apparente à un atelier de dessin devant modèle. Or, ici, ce sont cinq robots qui dessinent le portrait de celui qui voudrait bien poser pour eux. La sensibilité artistique est désormais à la portée de l’intelligence artificielle. À l’autre bout du spectre, le dispositif mécanique de Paolo Almario détruit pièce par pièce les visages pixellisés de personnages historiques. Son oeuvre, Dyforme, concrétise la victoire de la machine sur l’humanité, son passé, sa mémoire.

     

    Dans cette troisième édition d’une biennale marquée par la profusion d’oeuvres robotiques, ou cinétiques, et de projections vidéo, il n’y en a pourtant pas que pour la dématérialisation. Certes, c’est une main électronique qui écrit la Bible — l’oeuvre Bios du collectif Robotlab —, mais le papier demeure présent. Il est même sonore, comme chez Pe Lang, auteur d’une murale de papiers froissés. Puis, toutes ces oeuvres peuvent prétendre avoir remplacé la voix humaine — notamment What Do Machines Sing of ? de Martin Backes —, il y a néanmoins, encore, un homme ou une femme derrière ces machinations.

     

    Ni alarmiste ni rassurante, Automata ne dresse aucun constat sur l’état de la planète. Elle ne fait le point que sur un aspect : la culture numérique est riche et créative. Or, de cela, on était déjà au courant.

    Dans l’œuvre «Bios» du collectif Robotlab, une main électronique écrit la Bible. «Moving Objects» «Serial Mutations» «To Stab» «The Value of Art» «Machine with Hair Caught in It» «Blink»
    Automata
    Plusieurs lieux. Exposition centrale à L’Arsenal, 2020, rue William, jusqu’au 3 juillet.
    Biennale internationale d’art numérique












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