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    Des corps à géométrie variable

    Le MBAM propose une balade sur l’image corporelle à travers les âges

    «She Was a Big Success», Valérie Blass, 2009
    Photo: MBAM / Christine Guest «She Was a Big Success», Valérie Blass, 2009

    Au milieu de la salle trône une statuette stéatopyge iranienne datant de quelque 1000 ans avant Jésus-Christ. En grec, stéatopyge signifie « gras derrière ». Et en effet, la statuette a de grosses hanches, un petit ventre et de petits seins. Ses bras tombent comme des moignons, de chaque côté de son corps.

     

    Cette statuette marque le début du parcours sur l’image corporelle dans l’art, à travers les collections du Musée des beaux-arts de Montréal, qui prend l’affiche au musée jusqu’au 21 août. L’activité se conjugue avec une exposition sur l’image corporelle réalisée par des élèves de six écoles secondaires du Québec, en collaboration avec l’organisme ÉquiLibre.

     

    Dans la salle consacrée à l’art européen du XVIIe et du XVIIIe siècle, Mélanie Deveault, qui a chapeauté le projet au MBAM, s’arrête devant une toile de Giovanni Battista Tiepolo : Apelle peignant le portrait de Campaspe. L’histoire veut qu’Apelle, le peintre d’Alexandre le Grand, se soit épris de la favorite du souverain, Campaspe. Est-ce que le portrait qu’Apelle est en train de peindre sera fidèle au corps de Campaspe ? Et quelle est l’image que l’entourage d’Apelle regarde : la toile ou le modèle ?

     

    Cette toile nous fait réfléchir sur l’impact de l’image médiatique, ajoute Mme Deveault. Plus loin, le Portrait d’une femme en Astrée, de Nicolas de Largillière, montre une femme à l’air austère, une chevelure grise montée très haut sur la tête. Cette femme, ronde et rose, a 20 ans et elle est à la veille de se marier. Avec un bouquet d’oeillets sur sa robe, elle représente l’amour chaste, et sa robe témoigne de sa condition sociale.

     

    Deux étages plus bas, et quelques siècles plus tard, une sculpture de l’artiste montréalaise Valérie Blass, She was a big success, montre le corps tronqué d’un mannequin, enseveli sous une montagne de cheveux noirs, et dont les pieds se terminent par des talons hauts.

     

    « Ce corps, poursuit Mélanie Deveault, n’a plus d’organes. Que des cheveux, des pieds et des jambes. » C’est particulièrement vrai si on le compare à la statue stéatopyge préhistorique du début du parcours.

     

    Dans le regard des jeunes

     

    Dans le cadre de ce projet de réflexion sur l’image corporelle dans l’art, les jeunes de différentes écoles secondaires du Québec ont créé leurs propres oeuvres collectives sur le même thème. Plusieurs ont représenté des figures connues aux corps dits « atypiques », Oprah Winfrey ou, plus près de nous, Ginette Reno ou Ariane Moffatt.

     

    Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, 51 % de tous les jeunes étaient carrément insatisfaits de leur apparence en 2012. 34 % des garçons posaient des gestes pour gagner du poids, en avalant des suppléments protéiniques par exemple. Les filles, quant à elles, fument parfois pour rester minces, sautent des repas, vont jusqu’à prendre des laxatifs ou se font vomir.

     

    ÉquiLibre dénonce donc un modèle de beauté unique dans la société, qui propose des femmes très minces et des hommes musclés. C’est un modèle irréalisable pour la plupart d’entre nous, dit Andrée-Ann Dufour-Bouchard, qui a monté le projet chez ÉquiLibre.

     

    Le phénomène des canons de beauté n’est pourtant pas nouveau. Dans la salle du musée consacrée à l’art antique, on peut voir une statue d’un Apollon Chigi, d’après un original grec datant de 370 ans avant Jésus-Christ. Selon les standards de Polyclète, explique Mélanie Deveault, un corps canon devait alors compter sept fois la hauteur de sa tête. Plus tard, un autre sculpteur grec, Lysippe, a pour sa part établi que le corps idéal devait compter huit fois la hauteur de sa tête. Autres temps, autres idéaux.

     

    « Le corps idéal s’est allongé entre-temps. Un peu comme entre l’époque de Marylin Monroe et aujourd’hui », constate Mélanie Deveault.

    «She Was a Big Success», Valérie Blass, 2009 «Figure féminine stéatopyge», Marlik, vers 1200-1000 av. J.-C. «Tlatilco», période préclassique moyenne, 1200-1900 av. J.-C. «Le chanteur», Jean Baptiste Côté, vers 1865 «Mlle A. C., danseuse d'Oslo», Henri Hébert, 1929 «Petite Vénus de Meudon», Jean (Hans) Arp, 1957 «Torse de jeune femme», Aristide Maillol, 1935












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