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    Les mots en déroute

    Alexandre David remet en question nos lectures habituelles de l’oeuvre d’art

    2 avril 2016 | Nicolas Mavrikakis - Collaborateur | Arts visuels
    Alexandre David explique que ces structures de bois créent un effet de tableaux, mais qu’elles sont en fait des antitableaux.
    Photo: Guy L’Heureux Alexandre David explique que ces structures de bois créent un effet de tableaux, mais qu’elles sont en fait des antitableaux.

    Comment décrire l’oeuvre d’Alexandre David qui est installée ces jours-ci à la Parisian Laundry ? Voilà en fait tout l’enjeu pour le visiteur qui se sentira dérouté dans ses habitudes de perception et dans ses catégories artistiques. Et c’est en fait sur la capacité à déstabiliser nos repères que travaille David.

     

    Tentons de décrire la chose, même si je dois dire que cette oeuvre représente tout un défi pour le critique qui doit en expliquer la subtile et complexe dynamique. Mais c’est aussi ce qui en fait son intérêt dans une époque où bien des artistes renouent avec des genres plus classiques et réconfortants, comme le tableau encadré ou la sculpture sur son socle. De quelle nature est l’oeuvre d’Alexandre David ? Sculpture ? Architecture ? Installation ? Certes, ces catégories ont depuis longtemps volé en éclats, ainsi que l’a expliqué l’historienne de l’art Rosalind Krauss dans un célèbre texte de 1979 paru dans la revue October, texte intitulé « Sculpture in the Expanded Field ». Et David est un héritier de cet éclatement des pratiques. Mais cet artiste arrive en plus de cela à nous proposer une expérience qui trouble nos perceptions. Expliquons-nous.

     

    Variations

     

    Dans la spacieuse Parisian Laundry, quatre grands murs qui semblent avoir été construits ou placés ainsi pour l’événement ont été comme doublés, augmentés, prolongés — pourrions-nous dire — dans le sens de leur épaisseur par quatre grandes structures composées de plusieurs panneaux de contreplaqués ajustés ensembles et accrochés sur ces murs. Ces murs « de soutien » qui apparaissent comme bien finis, peints de ce blanc propre aux musées et aux galeries, sont rehaussés par ces contreplaqués qui donnent au premier coup d’oeil le sentiment d’une construction en cours de réalisation, d’un chantier en suspens… Pourtant, ces panneaux de contreplaqués sont trop bien finis, trop bien ajustés entre eux pour être seulement une étape d’un montage. Ils offrent au regard la finesse de leur texture, les motifs des surfaces du bois ainsi que leur assemblage à apprécier.

     

    David explique que ces structures de bois créent un effet — bien familier — de tableaux, mais qu’elles sont en fait des antitableaux puisque ces quatre éléments fonctionnent plus en relation entre eux, comme dans une installation. En effet — le titre nous en donne d’ailleurs l’indice et la recommandation —, si nous voulons bien comprendre cette expo, il faut aller « D’un objet à l’autre »… Entre ces quatre panneaux presque similaires, il existe de subtiles variations. L’un est biseauté dans sa partie inférieure ; un autre est courbé sur les côtés ; un troisième est bombé vers l’extérieur en son milieu… Il y a des variations presque imperceptibles entre ces divers panneaux qui invitent donc le spectateur à un va-et-vient, à un déplacement entre eux afin de comparer et de trouver des similitudes et des différences.

     

    David a souvent travaillé sur la proximité et les écarts entre divers éléments… Les titres de ces précédentes expositions permettent d’en juger : Une chose contre une autre, au Blockhaus HUB à Nantes en 2015 ; Une chose à la suite de l’autre, au Centre Bang à Chicoutimi en 2014 ; L’une sur l’autre, à la Parisian Laundry en 2013 ; Deux vues d’ensemble, au Centre B-312 en 2004 ; Deux choses différentes, toujours en 2004, à la Fonderie Darling…

     

    Ici, cependant, un élément de son travail se trouve amplifié. Les écarts et variations entre les diverses composantes de son oeuvre sont encore plus évanescents. Ce qui de loin, d’un certain angle, semble être courbé ou incurvé apparaît de proche comme droit et, inversement, tel panneau qui apparaissait comme rectiligne semble de proche un peu arrondi. L’angle du regard et la longueur des oeuvres créent de subtiles distorsions visuelles. La difficulté à juger des variations entre ces quatre imposantes structures est accentuée par leur disposition dans l’espace. Même si elles sont placées dans la galerie comme sur les quatre côtés d’un carré, elles sont toutes légèrement décalées sur les facettes de cet espace, ce qui fait qu’elles ne se font pas vraiment face… Le visiteur ne peut donc jamais avoir une position centrale d’où il pourrait voir les quatre structures facilement et parfaitement du même angle…

     

    Une oeuvre qui joue sur des variations de perception ? Une création qui met en scène la perception comme sujet de l’oeuvre.

    D’un objet à l’autre
    D’Alexandre David. À la galerie Parisian Laundry jusqu’au 23 avril.












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