Un retour historique et des solos attendus

«Encres» de Guido Molinari à L’Actuelle lors du duo Molinari-Tousignant en mai 1957
Photo: Robert Millet «Encres» de Guido Molinari à L’Actuelle lors du duo Molinari-Tousignant en mai 1957
De l’exposition historique aux solos attendus des artistes en début de carrière, voici un aperçu de la programmation dans les galeries et les centres d’artistes.
 

N’en déplaise aux artistes vivants, l’hiver sera marqué par un vocable « actuel » plutôt révolu. La Fondation Molinari racontera en effet une histoire rare, celle de l’éphémère L’Actuelle, la percutante galerie fondée par Guido Molinari et Fernande Saint-Martin. Tirée des années 1950, cette histoire d’art non figuratif est celle d’artistes indissociables de la modernité plastique québécoise : Borduas et Molinari, bien sûr, mais aussi Mousseau, Barbeau, Leduc, Toupin, Belzile, ou encore Rita Letendre, Ulysse Comtois, Jean McEwen. Forte de 45 oeuvres, appuyée d’une publication garnie de documents historiques, l’expo L’Actuelle, galerie d’art non figuratif (1955-1957) prendra l’affiche en mars.

 

Dès la fin janvier, Rita Letendre fera l’objet d’une autre expo historique. Avec Fulgurance d’une trajectoire, la galerie Simon Blais proposera un retour aux années 1970, période faste de celle qui est connue pour sa signature fléchée.

 

Pour clore plus de trois décennies d’activités sur la rue Rachel, la galerie Graff ne tiendra pas de rétrospective. En mars, la dernière expo annoncée présentera le travail récent en photographie et en sculpture de Serge Tousignant, un des plus fidèles de Graff.

 

Récits colorés et historiques

 

À cette longue collaboration répondent, cet hiver, plusieurs nouvelles associations galeriste-artiste. Signalons-en trois. Les récits colorés et historiques de Cynthia Girard, commentaires plutôt acérés, se retrouveront chez Hugues Charbonneau. Fin février, la galerie du Belgo présentera La revanche des sans-culottes, un ensemble de sculptures, marionnettes et bannières inspirées des « dérives sexistes et autoritaires » de la Révolution française.

 

Dès ce 16 janvier, la galerie Art Mûr accueille Karine Payette, une des participantes de l’émission Les contemporains (automne 2014). Série photo à la croisée du réel et du surnaturel, De part et d’autre nous pousse dans l’ambiguïté de nos relations avec les animaux. La galerie Nicolas Robert invite, quant à elle, l’expérimenté Roland Poulin, dont elle exposera en février non pas des sculptures, mais des dessins portés par la finesse du noir propre à son auteur.

 

Des jeunes artistes attendus cette saison, en voici trois proches de Girard, de Payette et de Poulin. Les installations de Mathieu Cardin, annoncé dans deux centres d’artistes (dès maintenant à la galerie B-312, en mai à Articule), accumulent objets et références à l’instar de Cynthia Girard. Derrière sa fantaisie, Cardin pose un regard sur les mirages de la productivité.

 

Philippe Caron Lefebvre, qui aura droit à trois solos (à Optica, en janvier, à Sporobole, centre de Sherbrooke, en mars, à la galerie McClure de Westmount, en mai), travaille des objets dont la nature est aussi ambivalente que chez Karine Payette. Caron Lefebvre explore les mondes animal et végétal à travers des procédés mimétiques, non sans donner à ses sculptures un aspect futuriste, entre excroissance biologique et transformation industrielle.

 

En mars, l’expo de fin de maîtrise de Caroline Mauxion, à la Galerie de l’UQAM, confirmera la qualité de sa photographie minimaliste. Comme la sculpture de Roland Poulin, l’art de Mauxion valse entre représentation et abstraction, en donnant au contexte d’exposition une importance capitale.

 

Clins d’oeil à l’histoire de l’art

 

L’exposition, comme sujet, est au coeur de la pratique du Croate David Maljkovic, un des étrangers en vedette à Montréal cette saison. Invité à ouvrir l’année 2016 du centre Vox, Maljkovic fait des clins d’oeil à l’histoire de l’art en transformant l’usage du dispositif habituel (socles, écrans, projecteurs…). Un autre Croate, Damir Ocko, sera à compter de février au centre Dazibao. C’est la « dislocation » qui anime ses vidéos, marquées par le passage de la musique au silence, de l’oralité à la performance de tout le corps.

 

La question de la langue, ou des langues et de la traduction, sera, en mars, au coeur de la première expo dans la grande salle de la Fonderie Darling. Marie-Michelle Deschamps travaille, depuis du temps passé en Écosse, sur les signes, les mots, l’identité. Pour l’expo L*, elle mettra à contribution la polyphonie de collègues anglophones et francophones. L’artiste exposera aussi, en même temps, à la galerie Battat Contemporary.

 

À la difficulté de s’exprimer en mots répliqueront, au centre Optica, les défis posés à la vue avec l’expo Loin des yeux et des images qui « oscillent entre disparition et révélation ». Ce projet commissarial de Claire Moeder, jadis assistante de la galeriste Joyce Yahouda, réunira en avril cinq artistes d’ici (Jacinthe Lessard) et d’ailleurs (le Néerlandais Anouk Kruithof).

 

Visibles et invisibles, les minuscules interventions in situ du japonais Yoshihiro Suda sont de retour dès maintenant chez René Blouin, après sept ans d’absence. Précision du geste et déploiement dans l’espace sont sa signature, tout comme chez Richard Ibghy Marilou Lemmens, dont la touche cible la logique productiviste. Le duo, un des beaux coups de la Biennale de Montréal de 2014, bénéficiera d’une expo de grande envergure à compter de février, à la galerie Leonard et Bina Ellen de l’Université Concordia. Commissariée par Véronique Leblanc, La vie mise au travail parlera de résistance à la rentabilité économique.

 

L’art peut-il dénoncer et séduire en même temps ? C’est la question qui planera sur la 8e édition d’Art souterrain. L’exposition enracinée dans les espaces publics du centre-ville abordera avec L’art doit-il séduire ? un sujet délicat. Réponse dès la Nuit blanche du 27 février.