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    Arts visuels

    Apprivoiser l’autre

    L’artiste Fabienne Lasserre revient avec un solo qui reflète sa maturité

    21 novembre 2015 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    C’est la première exposition personnelle de Fabienne Lasserre à Montréal depuis 2003.
    Photo: Guy L’Heureux C’est la première exposition personnelle de Fabienne Lasserre à Montréal depuis 2003.
    Les approches
    Fabienne Lasserre
    À la Parisian Laundry
    3550, rue Saint-Antoine Ouest, Montréal
    Jusqu’au 28 novembre

    Il y a belle lurette que Fabienne Lasserre n’avait pas exposé en solo à Montréal. C’était au centre Clark, en 2003. Après une formation entre autres à Concordia, l’artiste a quitté la métropole en 2002 pour étudier à New York, où elle fait depuis carrière. La voici de retour avec des oeuvres accomplies dans une première exposition personnelle à la Parisian Laundry, qui la représente désormais. La participation de l’artiste à la Triennale québécoise du Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) en 2011 compte certainement pour beaucoup dans la réapparition de son travail chez nous.

     

    C’est dans la continuité de cette production que les plus récentes sculptures exposées de Lasserre s’inscrivent. L’oeuvre introduisant l’exposition en est une bonne indication avec sa chaîne de cercles imparfaits se déployant légèrement depuis le plafond. Les tiges d’acier emmaillotées de tissu de lin coloré sont contraires au langage de la sculpture monumentale que l’artiste se plaît à remettre en question, comme au MAC où ses oeuvres montraient des colonnes à l’équilibre précaire, des monolithes fragilement affaissés et des structures dont le « laisser choir » disait combien elles dépendaient des murs ou du plancher pour s’appuyer.

     

    L’héritage de la sculpture postminimaliste, Eva Hesse en tête, y était prégnant, comme des enjeux féministes inhérents. Il y a toujours de ça dans le nouveau corpus, qui ouvre cependant d’autres horizons. Certaines des structures auparavant plus graphiques et linéaires s’évasent maintenant pour former des pleins généreux aux couleurs toniques et artificielles. La ligne persiste, mais enserre ou délimite des formes oblongues desquelles s’élance parfois une tige courbée dans l’espace, découpant le vide. En contrepoids, des plans opaques de matière se composent de tissus de lin étalés et peints rappelant vaguement le motif d’une courtepointe grossièrement assemblée. Puissante, la sollicitation tactile trouble l’emprise du visuel.

     

    Du centre à la périphérie

     

    À la fois volume et plan, les formes irrégulières, souvent accidentelles aux dires de l’artiste, se jouent avec efficacité de l’impératif catégorique voulant séparer sculpture et peinture. Forte de cette rhétorique postmoderniste, les oeuvres de Lasserre cherchent les marges pour habilement occuper les espaces « entre » les entités (vide/plein, figure/fond, plan/volume…), déplaçant alors l’attention du centre vers la périphérie, de l’objet à son contexte. Les oeuvres, dotées ou non de socle, interfèrent d’ailleurs entre elles dans une ambitieuse occupation de l’espace qui va jusqu’à intégrer les murs autour, découpés à certains endroits par des aplats noirs. Des pans de sculptures travaillés en vinyle transparent encouragent aussi la perception simultanée de plusieurs oeuvres, à condition que le corps se déplace, moteur essentiel d’une expérience capable ainsi de procurer un grand plaisir.

     

    Les jeux formels convoqués insistent donc sur le processus et la mobilité. L’apparence inachevée des oeuvres leur donne en effet une ouverture qui rend leur réception plus dynamique. Par le truchement du corps et des sensations qui ne peuvent jamais les fixer, ces oeuvres sont évocatrices de relations, de rapports affectifs et plus généralement d’altérité. D’ailleurs, le titre des oeuvres (The Spy, Toi, Aveugle, L’insomniaque…), comme de l’exposition, Les approches, confirment cette étrange impression que devant soi se dressent des personnages dont il faut amadouer la présence même.

    C’est la première exposition personnelle de Fabienne Lasserre à Montréal depuis 2003. «Another Hour Another Minute», 2015, lin, acier, polymère, acrylique, peinture émail, peinture acrylique, coroplast, carton «Au monde», 2015, lin, acier, polymère, acrylique, peinture émail, stucco acrylique, vinyle, coroplast, carton «Aveugle 1», 2015, lin, acier, polymère, acrylique, peinture émail, peinture acrylique, stucco acrylique, feutre, vinyle, coroplat, carton «Smoker», 2015, lin, acier, polymère, acrylique, stucco acrylique, peinture acrylique, coroplast, carton
    Les approches
    Fabienne Lasserre, à la Parisian Laundry, 3550, rue Saint-Antoine Ouest, Montréal, jusqu’au 28 novembre












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