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    Des expositions qui poussent à l’éveil

    Lina Selander et Clément de Gaulejac défont les évidences chez Vox

    5 septembre 2015 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    «Silphium», installation vidéo de Lina Selander
    Photo: Lina Selander «Silphium», installation vidéo de Lina Selander
    Arts visuels
    Lina Selander. A Series of Images About You
    Clément de Gaulejac. Les naufrageurs

    Vox, centre de l’image contemporain 2, rue Sainte-Catherine Est, espace 401.
    Jusqu’au 5 décembre

     

    Vox, le centre qui a donné naissance au Mois de la photo à Montréal en 1989, ne sera pas de la présente et 14e édition de l’événement, lequel lancera tambour battant sa programmation jeudi prochain (voir le texte en une). Pas de froid, nous assure-t-on entre les deux organismes. Il y a tout lieu d’y croire, et de surcroît avec les deux expositions tout juste ouvertes qui sont dans le prolongement parfait des intérêts soutenus par le centre, un choix fort à propos pour celui qui souffle ses 30 chandelles cette année. Avec Clément de Gaulejac, Vox propose un deuxième projet destiné sur mesure aux jeunes publics tandis que le travail de Lina Selander se veut une réflexion sur l’histoire croisée des images et de la vision avec la modernité.

     

    Le travail de Lina Selander se découvre en plongeant dans les salles sombres dans un parcours dessiné avec soin que ponctuent des vidéos aux modes de projection variés. Ce sont sept installations filmiques — dont une sous forme de bureau de consultation qui compte en fait trois films — ouvertes les unes sur les autres. Le regard ne cesse de faire des croisements entre elles confirmant l’intention de l’artiste, qui perçoit l’exposition comme un métamontage, un montage qui englobe tous les autres.

     

    D’ailleurs, une version différente de ce travail est en ce moment exposée à la Biennale de Venise, où l’artiste de Stockholm représente son pays, la Suède. Le corpus, plus large, choisi pour Montréal, en collaboration avec la commissaire Helena Holmberg, va de 2007 à 2015 et permet de saisir plusieurs rouages de la démarche de l’artiste. Elle redéploie ses oeuvres d’une exposition à l’autre alors que ses oeuvres elles-mêmes se composent parfois des mêmes images et mettent en scène des signes récurrents, tels des flashes et des nuées. Voir, c’est aussi être ébloui, aveuglé.

     

    En plus de ses images, Selander s’approprie du visuel de sources diverses. Elle tire tout le potentiel de ce procédé en nous faisant évoluer dans une sorte d’archive visuelle qui renvoie à des lieux de savoirs (musées d’histoire naturelle et d’archéologie) et à des catastrophes (Hiroshima et Tchernobyl), dont elle explore les vestiges et les ruines pour en faire découvrir les échos dans notre actualité, que ce soit les crises économiques ou les promesses non tenues de la technologie.

     

    Tout en lenteur, jouant souvent sur les plans fixes et le défilement hypnotique de détails cadrés serrés, les films en noir et blanc, sauf exception, et peu bavards de Selander ont quelque chose d’anachronique et de méditatif. Ils semblent tirés de rêves et font resurgir du passé des éléments traumatiques tout en tissant des liens avec des oeuvres clés du cinéma, de Vertov, de Godard et de Marker, à qui l’artiste rend hommage. Tout comme au philosophe Walter Benjamin, dont la pensée semble avoir imprégné la production en entier.

     

    La mécanique de l’empreinte, comme métaphore de la mémoire, revient d’ailleurs souvent dans les oeuvres de Selander, qui ultimement fait apparaître l’image comme le fruit d’un montage inséparable de sa technologie. C’est bien ce qui est donné à voir quand elle filme ses mains décomposer en pièces une caméra. Le geste est radical, froid et calculé. Jusqu’à ce que, des restes mêmes de l’instrument, se composent une autre image, capable de nous faire passer de la vision mécanique à la magie, de la déconstruction à la fabulation.

     

    Clément de Gaulejac

     

    Connu pour ses oeuvres conceptuelles et graphiques, Clément de Gaulejac sort de sa zone habituelle avec une installation conçue pour Vox à l’intention des jeunes publics, mais aussi pour les groupes de francisation. À la vue des composantes noires de l’oeuvre, comme engluée dans une marée de pétrole, une note sérieuse s’impose. Des silhouettes de cyclopes et de migrants à la dérive se dessinent, entourant un phare qui a des allures de tour de guet. L’installation est le théâtre d’une légende imaginée par l’artiste à partir du récit de Babel qu’il propose de revisiter en faisant jouer avec des « emblèmes », composés d’images et de mots. L’humour intervient dans cette part ludique de l’expo qui travaille à partir des mythes et du langage pour explorer leur rôle dans la façon de comprendre et d’expliquer le monde.

    «Silphium», installation vidéo de Lina Selander «Silphium» «Offspring» «Lenin»
    Lina Selander. A Series of Images About You
    Vox, centre de l’image contemporain 2, rue Sainte-Catherine Est, espace 401, jusqu’au 5 décembre
    Clément de Gaulejac. Les naufrageurs












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