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    Pharmacopée de vos rêves inavoués

    La Centrale met en vitrine les médicaments fantaisistes de l’artiste Dana Wyse

    15 août 2015 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    La pharmacopée magique de Dana Wyse est un projet aussi brillant que drolatique.
    Photo: Oscar Monsalve La pharmacopée magique de Dana Wyse est un projet aussi brillant que drolatique.

    La Centrale, le centre d’artistes voué aux pratiques féministes, a paré sa vitrine d’échantillons de la pharmacopée magique de Dana Wyse, un projet aussi brillant que drolatique. L’artiste de Colombie-Britannique installée en France développe depuis 1996 un arsenal de remèdes fictifs qu’elle présente ensachés sous d’attrayantes étiquettes dont les images sont empruntées à la publicité des années 1960. Elle y propose des antidotes qui, pour autant qu’ils soient loufoques, dévoilent les peurs et les fantasmes des individus quant aux normes et aux stéréotypes que la société cultive en eux, bien que souvent à leur insu.

     

    L’imagerie surannée sur les sachets gentiment alignés dans la vitrine ramène les modèles traditionnels de l’homme, de la femme et de la famille, dressant un portrait conservateur de la société aussitôt rendu grinçant à la lecture des étiquettes. À l’impératif ou à l’infinitif, les énoncés rédigés en anglais déclinent les promesses, insistant sur le caractère immédiat du résultat : « Be Straight », « Find Her G Spot Instantly », « Instant Québécois Accent », « Act Normal Around Your Ex-Husband’s New Boyfriend », « Make Your Wife Think She Likes Camping », « Virgin Pills. Hymen Restorer », « Be Proud of Your Homosexual Son »…

     

    Sous forme de poudre, de pilule, de seringue ou de cigarette, les drogues imaginées par l’artiste prétendent procurer au consommateur la possibilité de se conformer à des attentes sociales et interpersonnelles multiples jusque-là plus ou moins tacites. La formule se fait l’écho du recours grandissant aux médicaments en guise de traitement facile contre tous les maux modernes. Elle tend aussi un miroir à peine déformant aux stéréotypes de genre encore tenaces autour de nous, comme dans cette récente campagne publicitaire de l’Hôpital de Montréal pour enfants où les garçons soignés aspirent à devenir astronautes, et les filles, des princesses.

     

    Norme hétérosexuelle

     

    Dans la pharmacie de Dana Wyse, la sexualité et les rôles de genre s’avèrent particulièrement hantés par les névroses et les assignations façonnées par la norme hétérosexuelle. En 1997, est-il raconté dans un ouvrage sur l’artiste (éditions du Regard, 2007), elle a reçu un déluge de requêtes sérieuses pour sa pilule pouvant garantir aux parents l’hétérosexualité de leur enfant. Ce travail a la capacité de pointer des peurs réelles, voire de confondre les gens sur sa nature, parce qu’il sort des voies traditionnelles de l’art pour épouser celles du marketing et de la production en série.

     

    Cet art s’inscrit en effet dans, et interfère avec, les règles de la société de consommation, qui assure son hégémonie par la publicité enjoignant les individus à acheter pour assouvir leurs désirs et modeler leur identité. C’est ainsi que l’artiste fait la critique de ce système, comme celui du monde de l’art avec lequel elle se met aussi en porte à faux. Parmi ses remèdes, certains ont justement l’art dans leur mire : « Instant Fame Pills for Artists », « Understand Contemporary Art Instantly ». L’un deux semble être fait pour traiter une sensibilité par rapport à l’art testée chez nous ces derniers temps : « Understand Public Sculpture Instantly ».

     

    L’atelier de l’artiste où elle fabrique ses médicaments fantaisistes se présente sous le nom de Jesus Had A Sister Productions, une petite entreprise qui distribue de façon artisanale ses produits à plusieurs endroits, souvent dans les boutiques de musées. Pour autant qu’elle soit fictive, cette pharmacopée trouve son pendant dans un autre projet de l’artiste qui, lui, puise directement dans le réel. Elle a cumulé au fil des ans les guides pratiques dont seraient particulièrement friands les Nord-Américains, à l’intitulé générique « How To ». Ces livres de recettes, comme en témoigne la collection de l’artiste intitulée Recipe for Life, pullulent, donnant le mode d’emploi pour tout, que ce soit pour rendre son enfant plus intelligent ou avoir du succès au lit.

     

    Contre ce lucratif marché des illusions dont elle détourne les éléments, Wyse en propose un autre avec ses sachets de médicaments vendus à La Centrale qui décomplexent, critiquent et font rire, au modique prix de 9,99 $ chacun.

    La pharmacopée magique de Dana Wyse est un projet aussi brillant que drolatique. Sous forme de poudre, de pilule, de seringue ou de cigarette, les drogues imaginées par l’artiste prétendent procurer au consommateur la possibilité de se conformer à des attentes sociales. En 1997, l'artiste a reçu un déluge de requêtes sérieuses pour sa pilule pouvant garantir aux parents l’hétérosexualité de leur enfant. L’imagerie surannée sur les sachets alignés dans la vitrine ramène les modèles traditionnels de l’homme, de la femme et de la famille, dressant un portrait conservateur de la société.<br />
Dana Wyse propose une exposition qui décomplexe, critique et fait rire. Parmi ses remèdes, certains ont justement l’art dans leur mire : « Understand Contemporary Art Instantly ».<br />
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L'artiste propose des antidotes qui dévoilent les peurs et les fantasmes des individus quant aux normes et aux stéréotypes de la société.<br />
    Jesus Had a Sister Productions
    De Dana Wyse. À la Centrale Galerie Powerhouse (4296, boulevard Saint-Laurent) jusqu’au 3 septembre.












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