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    Du numérique en chambre noire

    Avec «Fables», Éliane Excoffier redonne à la photographie sa réalité physique — et toute sa chimie

    6 juin 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Éliane Excoffier, «Fables (Mr Great, coup de lance)», 2015
    Photo: Galerie Simon Blais Éliane Excoffier, «Fables (Mr Great, coup de lance)», 2015

    Sept ans après Kiev, série d’images orientée par l’utilisation de la caméra éponyme, Éliane Excoffier est toujours aussi expérimentale. Chez elle, la photographie repose sur l’exploration d’avenues inusitées, ou archaïques. Lorsqu’il est question de savoir comment imprimer la lumière sur le papier, l’artiste tâte presque autant que les pionniers d’autrefois.

     

    Sept ans, donc, après Kiev, et dix ans après Obscures et le travail avec une camera obscura, voici Fables, un ensemble d’une quinzaine de photos qui s’apprécient autant pour leur rendu fort en contrastes que pour le processus derrière leur fabrication. La petite salle de la galerie Simon Blais est à nouveau le théâtre de ce travail créatif teinté d’ancienneté. L’expo s’ouvre d’ailleurs avec une image d’une cage — l’oeuvre Fables (vestiges, Mansonville) — aux airs de peinture flamande.

     

    On pourrait dire que rien n’est simple avec Éliane Excoffier. Ou alors que c’est le pur plaisir de jouer avec la machine et tout ce qui vient avec qui l’anime. Pour cette série, où le corps féminin semble avoir cédé sa place dominante à la figure animale, la photographe ne renouvelle pas seulement son sujet. Elle s’ouvre à la photographie digitale, non sans abandonner le travail en chambre noire.

     

    Si l’art de l’argentique survit, ce sera sans doute à travers des gens comme la photographe défendue par Simon Blais. La prise de vue, à la lumière naturelle, s’est déroulée avec une caméra numérique. C’est par la suite que la chose s’est complexifiée. Pour arriver à retrouver le travail de la chambre noire, il a fallu que l’artiste se fabrique un négatif.

     

    Avec ces Fables, on se retrouve devant une sorte de chemin de retour, de parcours inversé. L’obsession de la dématérialisation, ne serait-ce que pour des questions d’archivage, nous a poussés à numériser tout ce qui existait sur papier. Voilà qu’Éliane Excoffier redonne à la photographie toute sa réalité physique — et toute sa chimie.

     

    Sur les 15 photos réunies à la galerie, le tirage de 11 d’entre elles découle de ce processus alambiqué. Ce sont des images argentiques, par ailleurs en noir et blanc. Les quatre autres sont des impressions au jet d’encre et en couleur. Au-delà de cette différence, qui permet de distinguer chaque technique et révèle la complexité du travail (la couleur en ajoutant une couche), le corpus exposé est d’une belle cohérence.

     

    Contrastées, les photos opposent sur fond noir une figure centrale, forte, riche en détails, puissante pour son élan narratif. Fables (Mr Great, coup de lance) est sans doute la plus spectaculaire, avec ce cheval au sol, sur le dos, pattes en l’air. Plus intimiste, presque abstraite, Fables (cats eats coyote) séduit autrement, avec cet animal mort-vivant, ou du moins au repos, sur une chaise. Il y a tous ces rapaces, espèce prompte à bien des métaphores, qui se dressent à la fois dignes et vulnérables, puis d’autres images qui laissent voir une présence furtive d’humains, à travers notamment des chevelures ondulantes et expansives.

     

    Fait à noter, dans cette série qui frôle le portrait, aucun regard n’est dévoilé — excepté Fables (Apollo, son univers), la plus petite de toutes les images. Un récit transcende l’ensemble, certes, mais il n’est pas explicite. Chaque composition a plus d’une interprétation, comme toute fable qui se respecte. Ajoutons que la mise en place, qui fait alterner les formats et organise un tant soit peu la lecture, est des plus soignées.

     

    Sept ans après Kiev, et quatre ans après la fin d’une expo itinérante qui faisait le bilan de ses quinze premières années de pratique, Éliane Excoffier est toujours aussi inventive. Si ses Fables racontent quelques petits récits, image après image, l’ensemble fabule une histoire toujours à réinventer, celle de la photographie.

    Éliane Excoffier, «Fables (Mr Great, coup de lance)», 2015 Éliane Excoffier, «Fables (blind red)», 2015 Fables est un ensemble d’une quinzaine de photos qui s’apprécient autant pour leur rendu fort en contrastes que pour le processus derrière leur fabrication. 
    Fables
    D’Éliane Excoffier. À la Galerie Simon Blais (5420, boulevard Saint-Laurent, local 100), jusqu’au 27 juin.












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