Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Les mains de Rodin

    Le Musée des beaux-arts nous fait entrer dans l’atelier du maître sculpteur

    L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal
    La main. Une main énorme, qui tient dans sa paume un couple enlacé. Une main qui pourrait tout autant se refermer sur elle-même pour écraser les pauvres mortels et les réduire, une fois de plus, en glaise et en poussière. La main de Dieu, pièce magistrale d’Auguste Rodin, empruntée au Metropolitan Museum de New York, trône à l’entrée de l’exposition Métamorphoses. Dans le secret de l’atelier de Rodin, qui ouvre ses portes ce samedi 30 mai au Musée des beaux-arts de Montréal.


    À quelques pas de là se trouve la main du diable, toute petite en comparaison, dans laquelle repose un corps recroquevillé. Et puis, plus loin, un moulage de la véritable main de Rodin, relevé trois semaines avant la mort de l’artiste, en 1917.

     

    « Il fait des mains comme on roule des cigarettes », disait au sujet de Rodin son ami le dramaturge Sacha Guitry. Rainer Maria Rilke, qui fut le secrétaire de l’artiste, a eu ces mots magnifiques pour décrire les mains sculptées par Rodin : « Des mains qui se dressent, irritées et méchantes, des mains dont les cinq doigts hérissés paraissent aboyer comme les cinq gueules d’un chien des enfers. Des mains qui marchent, des mains qui dorment et des mains qui s’éveillent ; des mains criminelles ; des mains à l’hérédité chargée, et d’autres qui sont fatiguées, qui ne veulent plus rien, qui se sont couchées dans un coin comme des bêtes malades qui savent que personne ne peut les secourir. »

     

    Les mains de Rodin n’ont pourtant pas touché les 171 oeuvres exposées au MBAM. À l’époque, les sculpteurs modelaient d’abord les oeuvres en glaise, un matériau éminemment périssable, avant de les mouler dans du plâtre. L’oeuvre était ensuite confiée à des fondeurs, dans le cas des sculptures de bronze, ou à des tailleurs de marbre, pour prendre forme sous la direction de Rodin.

     

    C’est entre autres pour cette raison que l’exposition du Musée présente cette fois de nombreux plâtres originaux, dont certains sont même marqués, griffonnés, en vue d’une sculpture ultérieure.

     

    Entrer dans l’atelier

     

    Car c’est dans l’atelier de Rodin qu’on veut nous faire entrer ici. Cet atelier de l’Hôtel Biron, par exemple, qui est devenu aujourd’hui le Musée Rodin de Paris. Atelier où l’artiste a travaillé sans répit, modelant et remodelant ses oeuvres à l’infini, réinventant la sculpture, bravant la critique et les scandales, têtu, éternel insatisfait.

     

    « L’histoire de Rodin est une histoire de scandales », dit la directrice du musée, Nathalie Bondil, qui est aussi commissaire de l’exposition, et qui a dirigé l’imposant catalogue qui l’accompagne.

     

    Scandale, par exemple, lorsque Rodin présente son Balzac, une sculpture qu’il n’a pas voulu calquer des portraits existants de l’écrivain, mais qu’il a voulue inspirée de la stature de l’oeuvre de Balzac.

     

    « Il ne s’agit pas de représenter un auteur défunt, mais un monument littéraire, un souffle créateur et une force qui lui semble refléter et illustrer l’âme et la pertinence de son sujet […]», écrit à cet égard Sylvain Cordier dans le catalogue.

     

    Et c’est précisément en ce sens qu’Auguste Rodin a révolutionné la sculpture, qui s’appliquait jusque-là à faire des copies fidèles des sujets existants.

     

    Oeuvres inachevées

     

    Passionné du monde antique, s’inspirant des fragments trouvés lors de fouilles archéologiques, Rodin retranche des membres à ses modèles, en modifie l’allure générale, ajoute et coupe à sa guise sur le modelage d’origine. Ses oeuvres, aux bras, aux troncs ou aux têtes absents, s’attirent d’ailleurs les foudres de l’opinion publique, qui les juge mal dégrossies et inachevées.

     

    C’est le cas de l’oeuvre La méditation, cette sculpture de femme les bras et une partie de la jambe coupés, qui fut mal reçue par le public en 1897, et qui pose, pensive, à Montréal.

     

    Faisant et refaisant les oeuvres à différentes échelles, reprenant des fragments de l’une pour en créer une autre, Rodin apparaît ici comme un docteur Frankenstein au milieu de son atelier, dit Mme Bondil.

     

    La majorité des oeuvres présentées à Montréal proviennent du Musée Rodin, de Paris, qui rouvrira d’ailleurs ses portes en novembre prochain après des années de rénovations.

     

    L’exposition, la plus imposante jamais présentée sur Rodin au Canada, selon Nathalie Bondil, compte, outre les plâtres, les bronzes et les marbres, des dessins, des photos, et même un film tourné par Sacha Guitry qui présente Rodin dans son atelier.

     

    Dans sa collection permanente, le Musée des beaux-arts comptait déjà, entre autres, un bronze du Penseur de Rodin. Cette pièce a été acquise pour 3000 $ lors d’une exposition qui se tenait à Montréal en 1909, et organisée par l’ancêtre du MBAM, la Art Association of Montreal. Plus tard, un fondeur reprendra Le penseur pour en faire une oeuvre énorme, dont on peut voir le plâtre dans l’une des salles de l’exposition. Une autre pièce de l’expo, intitulée La France, a été prêtée au MBAM par la Chambre des communes du Canada. Rodin s’est inspiré du visage de son émule et maîtresse, Camille Claudel, pour réaliser ce buste, qui fut donné par la France au Canada en 1921. Réalisée par Rodin en 1904, cette sculpture a été coulée dans le bronze après sa mort.

     

    En 2012, le musée a aussi acquis une série de photographies d’Eugène Druet et de Pierre Choumoff sur Rodin et son oeuvre. Ces photographies sont présentées ici pour la première fois au public.

    L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal L'exposition «Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin» au Musée des beaux-arts de Montréal Auguste Rodin, «L'Âge d'airain», 1911 Auguste Rodin, «L’Homme qui marche», 1907 Auguste Rodin, «Le Penseur», 1903 Auguste Rodin, «La main de Dieu», vers 1896-1902. Marbre, praticien: Louis Mathet.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.