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    Biennale

    Québec en Venise, un peu, pas mal

    6 mai 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    L’atelier fait aussi partie de l’installation du groupe BGL.
    Photo: Ivan Binet / BGL / Parisian Laundry / Diaz Contemporary L’atelier fait aussi partie de l’installation du groupe BGL.

    La Mongolie, le Mozambique et trois pays insulaires, la Grenade, l’île Maurice et les Seychelles, font leur apparition cette année à la Biennale de Venise. La 56e édition de la toujours attendue Esposizione Internazionale d’Arte, qui se met en branle mercredi avec les trois journées réservées aux « professionnels » et à la presse, réunit 89 pavillons nationaux, en plus d’en inclure d’autres parmi les « événements collatéraux ». C’est dans cette section du programme que figurent la Catalogne et l’Écosse. Et le Québec ? Ni vu ni connu.

     

    Pourtant, il y aura dans l’air vénitien un peu, beaucoup, pas mal du Québec. Juste avant d’entrer dans les Giardini, un des principaux sites de la Biennale, les visiteurs croiseront, peut-être sans le savoir, l’artiste montréalais Jean-Pierre Aubé, en pleine collecte de données électromagnétiques avec un bâton de hockey transformé en antenne radio.

     

    Situé dans ces mêmes Giardini, quelque part entre les représentations allemande et britannique, le bâtiment du Canada, rebaptisé pour cette édition « Canadassimo », a subi une cure signée BGL. Le collectif de Québec, connu pour son humour grinçant, a revu, à travers une installation immersive, le concept de pavillon national. Accueillis par un écriteau en français seulement, les gens déambuleront dans différents espaces très réalistes, dont un atelier branché sur une station radio habituellement en ondes chez Régis Labeaume et un dépanneur typiquement québécois.

     

    « Les références sont nord-américaines, mais chaque pays a ce modèle de petit commerce. Ça se décline seulement de manière différente d’un lieu à l’autre », raisonne Marie Fraser, la commissaire qui accompagne BGL depuis plus d’un an dans l’élaboration de ce projet démesuré.

     

    Universalité de l’oeuvre

     

    Elle est convaincue de l’universalité de cette oeuvre et les premières réactions, de la part des voisins allemands, lui ont, estime-t-elle, donné raison. « Un technicien est venu nous voir parce qu’il croyait qu’il pouvait acheter ici une bouteille d’eau. L’effet fonctionne », s’exclame-t-elle, avant de saisir l’ordinateur et de s’offrir comme guide d’une visite virtuelle grâce à Skype.

     

    Plutôt que de considérer Canadissimo en commentaire à l’endroit de la politique canadienne, Marie Fraser voit l’installation de BGL, réalisée en bonne partie avec des matériaux recyclés, comme une flèche lancée au monde économique.

     

    « On vit dans une société de consommation. On consomme, oui, mais on bricole aussi, on recycle [ce qui nuit] au processus économique. On crée de la beauté avec de l’art, mais c’est improductif. Toute l’installation parle du [passage] de l’utilité à la non-utilité, de la productivité à la non-productivité, du non-art à l’art. Du grand BGL. Il s’est dépassé », finit-elle par clamer.

     

    Aubé dans les basses fréquences

     

    En comparaison de cette oeuvre toute en excès, les interventions de Jean-Pierre Aubé seront bien discrètes. Soutenu par la Galerie de l’UQAM et le Conseil des arts et lettres du Québec, il est présent à Venise pour poursuivre ses recherches des basses fréquences et de ce qui est peu perceptible. À l’entrée des Giardini, il ne sera pas pour autant invisible, dit-il, avant de montrer, à la webcam, le kangourou avec un logo radio que lui et ses collaborateurs porteront.

     

    « Je serai sur place avec un équipement très léger, de la taille d’un paquet de cigarettes. Le bâton de hockey me sert d’antenne pour capter les fréquences des téléphones cellulaires, des micro-impulsions d’énergie », dit celui qui veut ainsi saisir, non pas des paroles, mais tout le « spectre » de la circulation liée à la téléphonie sans fil.

     

    Le jour, entouré de la clique de l’art, il se fera discret. Le soir, dans un autre lieu, fréquenté par la jeunesse locale, il agira bien plus chargé, avec tout un appareillage électronique. Il s’attend ainsi à ébruiter davantage cette cueillette de données que certains « voudraient qu’elle reste obscure ». « Je veux faire la preuve, dit l’artiste, que, malgré tout ce qui est prétendu, les citoyens peuvent intervenir dans cette technologie. »

     

    D’autres artistes

     

    Une semaine après Venise, Jean-Pierre Aubé exposera à Rome une bonne part de ses images et ses oeuvres sonores réalisées depuis plusieurs années.

     

    D’autres artistes québécois, tous défendus par la galerie montréalaise Art Mûr, exposeront en marge de la Biennale de Venise. Des oeuvres des sculpteurs Simon Bilodeau et Guillaume Lachapelle ont été retenues pour la manifestation Time, Space, Existence, qui prend place dans un édifice de l’époque byzantine, le Palazzo Bembo. La peintre Jinny Yu investira une église, mais en septembre seulement, l’Oratorio San Ludovico, un lieu d’art situé dans l’île de Giudecca. Enfin, Jannick Deslauriers participera avec une autre de ses installations en tissu à la 25e Miniartextil de Côme, à 300 km de Venise.

    L’atelier fait aussi partie de l’installation du groupe BGL. Dans l’installation du groupe BGL, les gens déambuleront dans différents espaces très réalistes, dont un dépanneur typiquement québécois.












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