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    Parler de toutes les voix

    18 avril 2015 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    Sophie Castonguay, Isegoria, 2011-2015. Performance avec récitants.
    Photo: Simon Gosselin Sophie Castonguay, Isegoria, 2011-2015. Performance avec récitants.

    Quand plusieurs voix s’expriment en même temps, on ne devrait pas désigner ça par cacophonie, mais par polyphonie, comme dans l’exposition Polyphonies, dont on dévoilait jeudi les grandes lignes au centre Optica, situé dans le Mile-End. Le projet, monté par une commissaire de la « relève », Véronique Leblanc, regroupe une série d’oeuvres sonores, très parlantes. Rien de gigantesque, juste six propositions, moitié de l’Europe, moitié du Québec, mais suffisamment fortes et multiples pour discuter d’un ensemble d’enjeux propres à la prise de parole.

     

    C’est une expo politisée. Véronique Leblanc assume cette couleur, sans pour autant avoir voulu s’immiscer dans un débat particulier. Ni charte des valeurs ni grève étudiante sont l’objet des discussions, mais, tout même, les « résonances avec l’actualité » font sourire la diplômée de l’UQAM.

     

    « Il faut parler de façon plus élargie, autrement que par des débats fermés. Ce n’est jamais ni tout noir ni tout blanc. Il y a plus que deux postures », dit-elle, en évoquant l’installation performative, Penser le futur, d’Anne-Marie Ouellet, basée sur l’analyse des résultats d’un sondage. « L’artiste, poursuit-elle, a séparé les réponses positives des négatives. Ça parle de la polarisation des opinions qui se fait par le biais des médias. »

     

    À la fois documentaire et fictive, Polyphonies tend fortement vers des pratiques performatives où la participation du public est prise en compte. Le projet le plus singulier, qui ne prend pas place à Optica, mais dans un appartement privé, repose sur la présence très active de huit individus. Quatre d’entre eux sont invités à partager un repas et à discuter selon ce que leur dicte le second quatuor, isolé, lui, dans des pièces fermées. Le projet The Dinner Party, des Britanniques Dave Ball et Oliver Walker, qui parle de l’influence des idées, aboutit, selon la commissaire, à la création d’une troisième identité dont les expressions verbale et non verbale ne correspondent pas.

     

    Pour participer à cette expérience dissonante, les intéressés doivent réserver leur place auprès d’Optica — il restait une dizaine de places pour les repas prévus d’ici le 22 avril. Les autres, simples spectateurs, n’auront accès qu’aux témoignages livrés dans un document vidéo.

     

    Dans l’installation La part du lion, de Sophie Castonguay, les visiteurs d’Optica seront confrontés à un performeur très envahissant. Pour ce projet où elle expose des tableaux, mais pas les siens, la peintre cherche à explorer la posture du spectateur, à le confronter à ses idées reçues. « Le spectateur complète l’oeuvre, sans lui, elle n’est pas finie. Il n’est plus qu’un consommateur, il est actif. Et il a le dernier mot », dit-elle.

     

    Dans Polyphonies, il y a aussi des vidéos davantage contemplatives, tournées vers des communautés bruyantes, comme les enfants de Don’t Do It Wrong, de Katarina Zdjelar, ou bavardes, comme les clients d’un bar invités à partager leur vision de la mort (La taverne, d’Emmnauelle Léonard).

     

    Là, comme ailleurs, il est question de la manière dont on s’adresse aux gens, dans des sociétés où la différence est de moins en moins écoutée. La présentation de Véronique Leblanc mise d’ailleurs sur la « contamination » de la pluralité des voix. Chacune des oeuvres n’est pas mise à l’abri des sons venant de ses voisines.

     

    Le caractère international de Polyphonies a été rendu possible grâce au soutien financier d’organismes comme le Goethe Institut et le British Council.













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