Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Statut de «star»

    Le MACM présente une rétrospective du sculpteur québécois David Altmejd

    16 avril 2015 |Jérôme Delgado | Arts visuels
    David Altmejd, «Le spectre et la main», 2012
    Photo: Guy L'Heureux David Altmejd, «Le spectre et la main», 2012
    The Flux sera à l’affiche du 20 juin au 13 septembre au Musée d’art contemporain de Montréal

    Il est un peu une rock star. La rock star, si ça se peut, de l’art contemporain québécois. Pris ailleurs plus que dans la ville qui l’a vu naître comme homme et artiste, David Altmejd était de passage chez lui… une journée. Et encore.

     

    Il n’avait qu’une heure à consacrer à la presse montréalaise. Pas de tête-à-tête. L’entretien se fera en groupe : au micro, l’auteur d’êtres hybrides et morbides, la demi-douzaine de journalistes, face à lui, à l’autre bout de la table. Statut de star.

     

    David Altmejd, jeune quarantaine, New-Yorkais depuis plus de 10 ans, était en ville. Ses sculptures, non. Sa prochaine exposition montréalaise, la première d’envergure depuis 2007, ne prendra place que dans deux mois. Il s’agira d’une affaire monstre, un bilan de 15 ans de travail, dont le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) en fera son gros show d’été. Parler d’un événement avec autant d’empressement n’est propre qu’aux vedettes, ça va de soi.

     

    Une oeuvre, 73 caisses de transport

     

    L’expo Flux rassemblera une trentaine d’oeuvres, de la lointaine Sarah Altmejd (2003), portrait si singulier de la soeur de l’artiste, à The Flux and The Puddle (Le flux et la flaque, 2014), l’imposante installation créée pour l’occasion. Cette dernière, qui nécessite à elle seule 73 caisses pour son transport, imposera d’ailleurs au musée tout un défi technique. Josée Bélisle, conservatrice responsable de l’expo, annonce déjà « une chorégraphie de livraisons de caisses sur la rue Jeanne-Mance ».

     

    David Altmejd voit dans The Flux and The Puddle le résumé de sa carrière, entamée dans les centres d’artistes montréalais à la fin des années 1990.

     

    « C’est la pièce la plus importante de l’expo. C’est une sculpture synthèse, qui contient tout ce que j’ai fait depuis le début, tous les matériaux, toutes les références », dit le sculpteur, en toute humilité.

     

    Vedette ou pas, David Altmejd reste d’une franchise et d’une simplicité étonnantes. Il avoue ainsi préférer la peinture. Mais il pratique la sculpture. Il le fait par proximité naturelle avec l’objet. Qu’il travaille le motif du corps, qu’il élabore des métaphores de la vie ou qu’il cherche à montrer le processus de création, c’est par intérêt pour le concret.

     

    « La sculpture n’existe pas dans un espace de représentation, comme la peinture ou la photo, elle existe dans le même espace que vous, ça respire le même air », note-t-il.

     

    Ses pièces, de fil ou de verre, de céramique ou de matières organiques, à ses yeux, vibrent d’énergie. Elles sont comme le corps humain qui « contient l’infini » et qui, comme lui, « génèrent du sens ». Petites ou monumentales, les sculptures de David Altmejd sont comme des êtres en évolution, dont chaque parcelle est « la mutation d’une structure ».

     

    « Ce n’est pas vraiment moi l’auteur. Je suis juste là pour m’assurer que la sculpture soit en santé, qu’elle se développe de manière saine, comme un enfant, puis devienne indépendante. Ce n’est pas le cas, ce n’est pas ce qui arrive, dit-il, finalement. C’est moi l’auteur. Mais j’aime ce feeling. »

     

    Cité comme rarement l’aura été un artiste québécois, sujet notamment en 2014 d’un portrait dans le hors-série Québec livré par le Télérama parisien, David Altmejd semble se trouver depuis longtemps sur une pente ascendante. Son parcours est jalonné de pics, rarement de chutes, parmi lesquels figurent ses participations à la biennale new-yorkaise du Whitney, en 2004 — il est le premier non-Américain à y être invité —, et à la grande Biennale de Venise en 2007, ainsi que le prix Sobey glané en 2009.

     

    The Flux n’est pas, d’ailleurs, qu’une expo du MACM. Elle a été présentée en France, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, puis au Luxembourg, où elle se trouve actuellement. Pour le musée québécois, cette expo lui a permis de signer une première collaboration avec l’établissement parisien. Mieux encore : pour une rare fois, un solo d’un artiste local présenté au MACM circule en dehors du pays. Ce n’est pas rien.

     

    Une expo idéale

     

    Le parcours montréalais bénéficiera, de l’avis de l’artiste, de la flexibilité des salles du MACM. À Paris, l’architecture du « vieux musée » l’a contraint à la présentation linéaire et contraignait les visiteurs à expérimenter les oeuvres l’une après l’autre. Ici, Altmejd fera « l’expo idéale », avec des chapitres, un brin thématiques, un brin chronologiques.

     

    « Je veux que chaque salle produise une atmosphère différente, annonce-t-il. La première salle, où les sculptures [horizontales] correspondent à mes débuts, sera sombre. J’aime que l’on commence avec un espace noir, avec des pièces qui ont l’air de flotter. Comme si on était au début, un peu après le Big-Bang, dans un univers où les choses ne se sont pas encore agglomérées. »

     

    À la première salle suivra la verticalité, si caractéristique aujourd’hui de la signature Altmejd — les figures du loup-garou et du géant, puis les personnages inventés du « bodybuilder » et du « watcher » se sont succédé avec les années. Et ainsi jusqu’à aboutir à la pièce maîtresse, un labyrinthe ancré dans une structure translucide en plexiglas. Cette forme, élaborée depuis 2012, magnifie tout son travail autour des rapports de grandeur.

     

    « J’aime, dit David Altmejd, que le voyage vers l’infiniment petit et le voyage vers l’infiniment grand soient la même chose. Que l’intérieur et l’extérieur, ce soit la même chose. Que ce qui est dans la tête et ce qui est dans l’univers, ce soit la même chose. »

     

    Être capable de joindre ces deux extrêmes, c’est le lot, suppose-t-on, des grandes étoiles. Rock star, notre Altmejd, pas de doute.

    David Altmejd, «Le spectre et la main», 2012 David Altmejd, «Sarah Altmejd», 2003 David Altmejd, «The Island» (détail), 2011 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014 David Altmejd, «The Flux and The Puddle» (détail), 2014
    The Flux
    Sera à l’affiche du 20 juin au 13 septembre au Musée d’art contemporain de Montréal












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.