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    Rêver à Stanley

    L’artiste Marc-Antoine K. Phaneuf présente, à Québec, une expo sur le fanatisme sportif

    10 avril 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    Marc-Antoine K. Phaneuf a conçu 25 coupes Stanley en carton, de taille réelle et recouvertes de papier aluminium.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Marc-Antoine K. Phaneuf a conçu 25 coupes Stanley en carton, de taille réelle et recouvertes de papier aluminium.
    Le pari est gros : parler avec passion du Canadien de Montréal à Québec. Aussi gros que ce qui plane sur le hockey québécois. Le CH cherche sa 25e coupe Stanley, Québec rêve de faire renaître les Nordiques. Un projet artistique rend tout cela très concret.


    Vingt-quatre coupes Stanley. En carton et recouvertes de papier aluminium peut-être, mais quand même 24, de taille réelle, une pour chacune des vraies de vraies Stanley remportées par le Canadien de Montréal. L’artiste Marc-Antoine K. Phaneuf les a toutes fabriquées, de ses propres mains, dans son appartement d’Hochelaga-Maisonneuve.

     

    Mieux : il en a fait une 25e, « pour la luck », dit-il. À quelques jours du début des séries éliminatoires, c’est un geste qui ne pouvait venir que d’un authentique fan de hockey.

     

    Ses 25 trophées, Marc-Antoine K. Phaneuf, appelé aussi MAKP, les expose à compter de vendredi au centre d’art actuel Le Lieu, situé dans le quartier Saint-Roch à Québec. Il a aussi imprimé 18 bannières rouges, identiques à celles correspondant aux chandails retirés par le club de la Sainte-Flanelle, celles des Richard, Béliveau et cie. Tout ça exposé à Québec, on le répète. Effronté, l’artiste ? Non, non, assure-t-il.

     

    « J’aime beaucoup le bricolage et j’aimais l’idée que ces coupes semblent avoir été faites par un fan. La forme rejoint l’amateur. C’est pour ça qu’il fallait qu’il y en ait une de plus. Toute l’expo parle de partisanerie », dit-il, convaincu qu’à Québec le CH a aussi ses supporteurs.

     

    À mi-chemin entre le sport et l’art, l’exposition intitulée P.K.P. Hockey P.Q. se tourne aussi vers la politique et les belles paroles de ses protagonistes. Il n’y a pas que les Stanley et les bannières. Il y a aussi des portraits, plus grands que nature et imprimés sur du papier peint, de quatre hommes concernés de près ou de loin par les Nordiques de Québec.

     

    Un quatuor aux dents longues : Pierre Karl Péladeau, lié à la construction du nouvel amphithéâtre, le maire Régis Labeaume, Gary Bettman, le commissaire de la LNH, et même ce cher Marcel Aubut, dernier propriétaire des Nordiques et aujourd’hui à la tête du Comité olympique canadien.

     

    Pour Phaneuf, ces personnages représentent la cacophonie ambiante et l’insensé du projet de faire revivre les Nordiques. De PKP à Labeaume, aucun point en commun. Leur insolite réunion reflète aussi l’énormité de l’industrie du spectacle sportif. L’artiste s’est approprié les quatre portraits, tirés de l’actualité, sur lesquels il a inscrit à la main une déclaration plus ou moins inventée. Péladeau apparaît comme le sauveur au poing levé, alors que Marcel Aubut, dans les bras de Vladimir Poutine, se moque, en russe, de la situation.

     

    Auteur d’une oeuvre protéiforme, écrivain également, Marc-Antoine K. Phaneuf voue une grande admiration à la culture populaire. Il travaille beaucoup par accumulation et ses projets se démarquent souvent par la mise en place d’une collection d’objets. Livres de cuisine, petites annonces, drapeaux du Québec, le kitsch prend chez lui ancrage dans de multiples thèmes.

     

    Sa précédente installation, montée pour l’espace satellite de la galerie Leonard et Bina Ellen de l’Université Concordia, avait déjà révélé sa passion pour le sport numéro 1 au Québec : 30 000 cartes de hockey composaient la matière première. Il les avait disposées de telle manière que, de loin, on croyait voir un tableau de Riopelle. L’oeuvre s’appelait Peinture canadienne.

     

    Phnaeuf confie vouloir amener des gens à l’art contemporain par le biais du hockey et de la culture populaire. Quelque part, il pousse aussi le milieu culturel dans la sphère populiste. Ou dans l’arène des loisirs, comme dans le cas du Lieu, un centre reconnu pour son militantisme en faveur d’un art critique de la société du spectacle.

     

    « Je donne une grande importance à des objets sans valeur. Je leur donne de la valeur », dit ce passionné de ready-made. Il aime faire remarquer que ses cartes de hockey, en grande partie acquises sous forme de dons après un appel sur Facebook, ne sont pas celles que s’arrachent les collectionneurs. Marc-Antoine K. Phaneuf ne s’en cache pas : il est un supporteur du Canadien. Mais c’est plutôt récent et son intérêt pour le hockey n’égale pas la passion qui l’habitait à l’adolescence. Curieux amateur, néanmoins : à la seule Coupe Stanley glanée par Montréal de son vivant de fan, en 1993, il supportait… les Nordiques.

     

    L’expo P.K.P. Hockey P.Q. conjure les mauvais sorts. MAKP se plaît à jouer les fans finis. Il rêve d’une 25e coupe, comme il tente de faire renaître dans la salle du Lieu la rivalité Québec-Montréal. Quête impossible, croit-il, lorsqu’il reprend sa tête d’artiste. D’un, le retour de la LNH à Québec est loin d’être annoncé. De deux, le Canadien vainqueur… « L’histoire est derrière nous », admet-il, un brin fataliste.

     

    P.K.P. Hockey P.Q. de Marc-Antoine K. Phaneuf, 
    Au Centre en art actuel, 345, rue du Pont à Québec, jusqu’au 3 mai. 
    Vernissage ce vendredi 10 avril à 17h.

    Marc-Antoine K. Phaneuf a conçu 25 coupes Stanley en carton, de taille réelle et recouvertes de papier aluminium. Dans l’exposition, il y a aussi des portraits imprimés sur du papier peint. Ici : dans les bras de Vladimir Poutine, Marcel Aubut se moque, en russe, du désir de voir revenir les Nordiques.












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