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    Carlos et Jason Sanchez: nos maîtres de l'horreur sont de retour

    28 mars 2015 | Jérôme Delgado - Collaborateur | Arts visuels
    «Maintenance»
    Photo: Les Frères Sanchez «Maintenance»
    Photographie
    Carlos Jason Sanchez
    Parisian Laundry, 3550, rue Saint-Antoine Ouest, du 26 mars au 25 avril.
    Deux mains dans la photographie, deux autres dans le cinéma, les frères Sanchez ont les quatre pieds bien plantés dans les drames les plus terrifiants. Après une absence de près de huit ans, les revoilà, les griffes toujours aussi aiguisées. À se mettre sous la dent : sept grandes photos, en attendant leur premier film.
     

    La Belgique a les frères Dardenne, les États-Unis, les Coen, la Grande-Bretagne, pour un exemple en art contemporain, les Chapman. Et le Québec ? Les Sanchez. Fils spirituels d’un Jeff Wall, Carlos et Jason Sanchez ont marqué la première décennie du XXIe siècle de la violence de leurs récits. Images fortes, peu faciles aux âmes sensibles. Mises en scène minutieuses, rarement chiches en détails.

     

    Leurs photos étaient partout, y compris dans l’espace public — les trois canidés enragés que les automobilistes voyaient de l’autoroute Bonaventure, c’étaient eux. Puis, paf ! On ne les voyait plus. Ni dans le Vieux ni ailleurs. La disparition a été brutale et inexpliquée. Une expo des frères Sanchez en 2015 ? C’est la surprise du printemps, gracieuseté de la galerie Parisian Laundry. C’est commencé depuis jeudi.

     

    De père espagnol et de mère francophone, eux-mêmes plutôt anglophones, Carlos et Jason Sanchez parlent d’une voix uniforme, sans éclat, en véritables frères qui se ressemblent, bien qu’ils soient nés, à Montréal, à cinq ans d’intervalle. Difficile de dire qui est le leader.

     

    Leur association remonte à leurs années étudiantes, à l’Université Concordia. Carlos, l’aîné, alors déjà photographe, faisait appel à des modèles. Jason était l’un d’eux. « Je n’aimais pas ça, alors je suis passé de l’autre côté », dit-il. Aujourd’hui âgés de 35 à 40 ans, les deux pères de famille demeurent unis, y compris au bureau — ils bossent comme réalisateurs de pub dans une agence du Vieux-Montréal.

     

    Le précédent solo montréalais des Sanchez remonte à 2007 et, parmi leurs subséquentes expos collectives, figure la Triennale québécoise de 2008. Ça fait si longtemps qu’ils ont montré leur travail ici qu’ils ne se souviennent plus de la dernière fois. Il faut dire que le monde s’est entiché d’eux, notamment les Pays-Bas, où la Torch Gallery d’Amsterdam les représente depuis cinq ans.

     

    Alors, quoi de neuf ? Une série de photos, sept en tout, aussi frappantes qu’autrefois. Puis, l’explication de leur absence : ce n’est pas l’Europe, pas plus que Toronto, qui avait ravi nos frérots, mais le cinéma. Depuis quatre ans, Carlos et Jason Sanchez pensent images en mouvement. De cette période d’incubation, il est sorti un scénario, travaillé et retravaillé. Les demandes de bourse, souvent conclues d’un refus, il a aussi fallu les reformuler. Les voilà prêts, disent-ils, à lancer la machine, appuyés notamment par micro_scope, la boîte derrière Incendies et Monsieur Lazhar. Ils ont un titre, A Worthy Companion. En mai, ils entament la préproduction, en juin, le tournage. La sortie ? Ça, c’est flou, les deux hommes n’osant se prononcer sur 2016.

     

    « Ça faisait douze ans qu’on faisait de la photo à temps plein, à conter des histoires en une image, mais on a toujours souhaité réaliser un film. C’est juste qu’on ne trouvait pas la bonne histoire », explique Jason, pour qui la conversion n’est ni forcée ni factice.

     

    « Nos images sont toutes cinématiques, renchérit Carlos. C’était juste une question de temps, je pense, avant de trouver la bonne idée pour le cinéma. »

     

    A Worthy Companion sera du Sanchez tout cru, un drame torride pour une plongée abyssale dans l’âme intérieure des personnages. Le synopsis parle d’un homme qui kidnappe une adolescente et qui veut « en faire sa compagne idéale ».

     

    « Ce que nous voulons, c’est filmer leur relation, et non parler de la police ou des parents, confie Carlos. Nous poussons les spectateurs à l’intérieur du drame, mais ne cherchons pas à l’expliquer par des réponses. L’issue sera invisible. »

     

    Les Sanchez ne feront ni dans la sobriété des Dardenne ni dans l’humour noir des Coen. « C’est la seule fois qu’on rira », lance Jason, après avoir fait croire qu’A Worthy Companion flirterait avec la comédie. La fratrie québécoise se sent davantage proche de Paul Thomas Anderson, de qui ils apprécient les mouvements de caméra.

     

    En route vers le cinéma, l’exposition à la Parisian Laundry signe-t-elle dès lors leurs adieux à la photographie ? Non, clament-ils d’une seule voix.

     

    « Le processus d’écriture et de financement nous a paru très long. Nous avons eu l’impression de perdre le contrôle de ce que nous voulions et avions besoin d’exprimer, avance Carlos. [L’expo], c’est pour reprendre le contrôle de notre production. Nous avions les idées et le timing était bon. »

     

    Sept photographies de grand format : pour leur retour, les frères font ce pour quoi ils sont connus. Ceux qui apprécient la tension narrative qui se dégage de leurs oeuvres seront servis.

     

    Le nouveau corpus sera aussi méticuleux que ceux d’autrefois, aussi disparate dans ses sujets. Une scène d’immolation publique, l’angoisse d’un drame familial dans une composition sans point de fuite, une vue plus sereine autour d’une tombe, etc. Entre cinéma et photojournalisme, les Sanchez font aussi dans l’histoire, telle cette étrange scène, presque effroyable, qui semble être une réunion nazie. Des maîtres de l’horreur, les frérots, pas de doute.

     

    « J’aime les histoires qui ont une forte charge émotionnelle, qui vous hantent, qui me font peur,dit l’aîné du duo. Je crois que c’est une façon d’affronter les ténèbres du monde, une manière de nous préparer à ce que le futur nous réserve. »

    «Maintenance» «Home Invasion» Les frères Sanchez «In Protest» «Backstage» «By the Skin of His Teeth»
    Carlos & Jason Sanchez
    Parisian Laundry, 3550, rue Saint-Antoine Ouest, du 26 mars au 25 avril.












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