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    Le dépanneur du coin à la 56e Biennale de Venise

    Le collectif BGL transfigurera le pavillon canadien en un parcours insolite

    28 mars 2015 | Marie-Ève Charron - Collaboratrice | Arts visuels
    Moqueur, le surnom « Canadassimo » secoue réciproquement l’image stéréotypée du Canada et de l’Italie.
    Photo: Ivan Binet/BGL/Parisian Laundry/Diaz Contemporary Moqueur, le surnom « Canadassimo » secoue réciproquement l’image stéréotypée du Canada et de l’Italie.
    Arts visuels
    BGL : Canadassimo
    Pavillon du Canada 56e Biennale de Venise 9 mai au 22 novembre

    Joint cette semaine par téléphone, la veille de son départ en direction de Venise pour un montage soutenu de cinq semaines, BGL affichait sa bonne humeur habituelle. « On est plus contents que stressés », s’empresse d’affirmer une des voix du trio, composé de Jasmin Bilodeau, de Sébastien Giguère et de Nicolas Laverdière.

     

    Le collectif a expédié vers les Giardini de la prestigieuse et plus ancienne biennale d’art contemporain trois conteneurs de 40 pieds emplis des matériaux méthodiquement préparés à Québec. Durant l’année, deux autres lieux ont servi de point de chute au travail des artistes dont l’atelier régulier s’est rapidement avéré insuffisant.

     

    C’est que, pour cet événement de grande visibilité, BGL a prévu une installation immersive d’envergure. Le pavillon sera rendu méconnaissable par les interventions planifiées, à commencer par le nom du pays sur la façade qui se lira « Canadassimo ». Moqueur, le surnom secoue réciproquement l’image stéréotypée du Canada et de l’Italie, dans le contexte de cette biennale où la formule mise encore sur les représentations nationales.

     

    Souvent jugée ingrate par sa forme biscornue, l’architecture du pavillon a servi de moteur à BGL dans le développement du projet. La petitesse du bâtiment, coincé entre les imposants pavillons de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, sera compensée par un immense échafaudage sur la façade avant. Le dessus sera prolongé en patio, offrant ainsi aux visiteurs une vue en surplomb des fameux jardins.

     

    La suite promet d’être encore plus dépaysante, avec un parcours faisant traverser différents espaces fabriqués à même des matériaux trouvés et transformés. Le pavillon et ce qu’on lui connaît disparaîtront complètement pour accueillir les visiteurs dans un dépanneur suranné. À tâtons, un espace de vie puis un atelier se laisseront ensuite découvrir, donnant à imaginer le propriétaire de ces lieux, un personnage visiblement bricoleur animé d’une passion maniaque pour la boîte de conserve engluée de peinture colorée.

     

    Ces conserves ont donné du fil à retordre au trio, qui a eu de la « difficulté à en trouver toujours avec leur couvercle attaché », pour en rassembler plus de 500. Compulsif et détaillé, le travail des artistes, en plus de révéler comment nous usons des produits du commerce, repose sur la recherche de matériaux bien spécifiques. « Pour créer notre dépanneur, il fallait des tablettes et des murs qui ont de l’âme. Il a fallu prendre le temps de trouver les bons matériaux, avec de la patine. » Leur quête obstinée fut comblée par une maison en démolition et un dépanneur fermé près de chez eux.

     

    Ce souci de vraisemblance est pourtant au service du faux. « Tout sera factice, précise BGL. Il n’y aura rien à vendre dans ce dépanneur, ce ne sont pas de vrais produits alimentaires, rien n’est vrai… » En reproduisant ce lieu typique au Québec qu’est le dépanneur, BGL dit s’intéresser surtout « à l’idée du petit commerce, comme on en retrouve partout », en marge bien sûr des supermarchés. La culture du recyclage et du « faites-le vous-même » triomphe ici. Pour le trio, un premier objectif demeure avec leur installation : « surprendre, créer un instant magique et… donner de l’amour ».

     

    Installation labyrinthique

     

    La folie bienfaitrice qui caractérise le groupe, perceptible dans l’humour et l’ingéniosité de leur travail, n’est pas un mythe. Elle est contagieuse, même au bout de quelques minutes d’entrevue. Elle semble avoir aussi contaminé depuis longtemps Marie Fraser, commissaire responsable du projet, invitée par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) qui chapeaute depuis 2011 le concours menant à la sélection de la représentation canadienne à Venise.

     

    Dans sa voix au bout du fil, elle aussi la veille du départ, s’entend une fébrilité légère. « Je me sens privilégiée de travailler avec BGL, de pouvoir suivre l’élaboration de cette oeuvre du début jusqu’à l’installation là-bas. Tout l’accent est mis sur la réalisation de cette production inédite… Je crois tellement en BGL, depuis en fait la première fois que j’ai vu une de leurs oeuvres, Àpeine débuté, le chantier fut encore. » C’était en 1997, un an après la formation du collectif dont elle suit depuis les aventures, et plus d’une fois déjà en tant que commissaire.

     

    « C’est le plus ambitieux projet jamais réalisé dans le pavillon canadien et assurément, à ce jour, de BGL », affirme celle qui, dans le catalogue dont la maquette a pu être consultée, analyse le travail du collectif sous l’angle théorique de la culture matérielle et de l’improductivité. La particularité sera de faire connaître de BGL à l’étranger, où il a déjà exposé, son travail d’installation immersive labyrinthique, une part mieux connue au Québec et au Canada. Font partie de ce lot des oeuvres marquantes, exceptionnelles, dont À l’abri des arbres (Musée d’art contemporain de Montréal, 2001) et Le discours des éléments(MBAC, 2006).

     

    De coutume livrée au compte-gouttes jusqu’à l’inauguration, l’information sur le contenu du pavillon est cette année dévoilée avec plus de précocité. Comme BGL a le secret de concocter des installations truffées de trompe-l’oeil, de trouvailles fascinantes, d’espaces ambigus et de points de vue réversibles, il y a fort à parier que les effets de surprise seront néanmoins préservés. BGL raconte d’ailleurs vouloir faire de la façade un « chantier ludique » où les gens pourront disposer de leur menue monnaie…

     

    La mise au point du dispositif ferait justement partie des choses à régler sur place. Le montage de cette installation constitue en soi une curiosité que le trio, et l’équipe qui l’accompagne, a prévu de filmer. À défaut peut-être de pouvoir se rendre sur place expérimenter l’installation, on peut déjà espérer voir le film de sa réalisation.

    Moqueur, le surnom « Canadassimo » secoue réciproquement l’image stéréotypée du Canada et de l’Italie. Pour la Biennale de Venise BGL a prévu une installation immersive d’envergure.
    BGL : Canadassimo
    Pavillon du Canada, 56e Biennale de Venise, 9 mai au 22 novembre.












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